jeu. Avr 25th, 2024

Depuis deux ans, les taux d’intérêts à long terme augmentent avec le durcissement de la politique monétaire et l’inflation. Cette remontée n’est pas sans conséquence sur le coût de la dette et sur les capacités d’investissement des agents économiques. Compte tenu des besoins de financement notamment public, cette hausse est-elle amenée à se poursuivre ?

 

Les taux d’intérêt à long terme étaient négatifs en 2021 en zone euro et étaient inférieurs à 2 % aux États-Unis. Leur remontée a débuté en 2022 avec l’abandon des politiques monétaires accommodantes et la reprise de l’inflation. Cette hausse s’est poursuivie ces derniers mois. Fe fin décembre 2023 à début mars, le taux d’intérêt à 10 ans sur les swaps est passé de 3,70 % à 4,10 % aux États-Unis, et de 2,40 % à 2,70 % dans la zone euro. L’évolution des taux dépend de la perspective de court terme pour l’inflation et la politique monétaire. La Banque Centrale Européenne comme la FED américaine ont indiqué, à plusieurs reprises, qu’elles seraient prudentes en ce qui concerne la baisse de leurs taux directeurs. Ces annonces ont contribué à une remontée forte des anticipations de taux d’intérêt à court terme avec l’horizon de juin ou de décembre 2024. 

 

Le deuxième facteur influant sur le niveau des taux à long terme est la perspective de moyen terme pour l’inflation. Or, l’inflation sous-jacente sera difficile à ramener vers 2 %. Celle-ci est alimentée par la hausse des salaires favorisée par les pénuries de maind’œuvre en lien avec le vieillissement démographique. Le recul de la productivité en particulier en zone euro complique la donne pour la baisse de l’inflation sur longue période. La productivité par tête a diminué, en zone euro, de 5 % de 2019 et 2023. Sur longue période, elle n’a augmenté que de 5 % de 2010 à 2022. En zone euro, le coût salarial progresse, en mars 2024 de plus de 5 % sur douze mois  et de 2,5 % aux ÉtatsUnis. La transition énergétique est également une source d’augmentation des prix. Dans un contexte plus inflationniste que dans le passé, les banques centrales seront contraintes de maintenir des taux directeurs plus élevés. En étudiant les contrats Eurodollar à échéance 3 mois à échéance 2025 ou 2026, les taux se situent autour de 3,5 % aux États-Unis et 2,4 % % en zone euro (source Datastream). 

 

Les taux d’intérêt à long terme sont, par ailleurs, influencés par l’équilibre épargne investissement. Le taux d’intérêt réel à long terme s’accroît si l’équilibre se déplace dans le sens d’une insuffisance ex-ante de l’épargne par rapport à l’investissement. Les années 2010 ont été marquées par une abondance de l’épargne, ce qui a contribué au maintien de faibles taux d’intérêt. Avec l’augmentation des besoins de financement (santé, retraite, éducation, défense, dépendance, transition énergétique), les taux d’intérêt sont susceptibles d’augmenter. La diminution du niveau des pensions de retraite amènera les retraités à puiser dans leur épargne afin de maintenir autant que possible leur niveau de vie. Cette désépargne alimentera la hausse des taux. 

 

Dans les prochaines années, plusieurs facteurs concourront à des taux d’intérêt supérieurs à ceux des années 2010. Les banques centrales afin de limiter les risques d’une reprise de l’inflation conserveront des taux directeurs plus élevés. La forte progression des besoins de financement conduit à la hausse des taux. La soutenabilité des dettes constitue néanmoins une menace amenant les banques centrales à surveiller avec attention l’évolution des taux. 

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