mar. Fév 27th, 2024

Depuis 2016, les pays de l’OPEP ainsi que la Russie mettent en œuvre une politique de régulation de l’offre de pétrole afin de maintenir un prix élevé. Cette politique se fonde sur une élasticité prix faible et sur la volonté des pays producteurs de préparer l’après pétrole. Cette politique a comme limite la capacité des pays non-membres de l’OPEP dont les États-Unis à augmenter leur production. 

 

Les pays signataires de l’accord OPEP + (pays membres de l’OPEP ainsi que la Russie, le Mexique, le Kazakhstan, Oman, l’Azerbaïdjan, la Malaisie, le Bahreïn, le Brunéi, le Soudan, et le Soudan du Sud) ont décidé de réduire leur production de 6 millions de barils jour afin de soutenir les prix du baril. Cette politique a été mis en œuvre en 2016 en raison de l’effondrement des cours avec l’arrivée du pétrole de schiste d’Amérique du Nord. Si en 2017, la production de pétrole des seuls pays de l’OPEP avoisinait 40 millions de barils/jour, elle n’est plus que de 36 millions de barils jours en janvier 2024. L’effort de régulation pèse essentiellement sur l’Arabie saoudite qui a limité sa production de deux millions de barils/jour sur la période. Le prix du baril (Brent) qui était tombé à 27 dollars en 2016 tourne autour de 80 dollars depuis un an. La consommation de pétrole est, à court terme, faiblement influencée par le prix de ce dernier. La réduction de la production accroît ainsi les revenus des pays producteurs. La consommation de pétrole s’est élevée à 125 millions de barils/jour en 2023. Hors période covid, elle est relativement stable depuis 2019. Elle s’élevait à 87 millions de barils/jour en 2010. 

 

La hausse des cours du pétrole a comme effet de rentabiliser de nombreux gisements américains, amenant une forte hausse de la production américaine. Fin 2023, elle dépassait 13 millions de barils/jour contre 9 millions de barils/jour en 2017. Cette augmentation de la production pétrolière américaine pèse en permanence sur les cours et permet l’ajustement entre l’offre et la demande. Elle a permis aux États-Unis de redevenir les premiers producteurs mondiaux de pétrole et les premiers exportateurs. 

 

La politique de l’OPEP est de plus en plus contestée en interne car elle est de moins en moins efficace. Elle n’arrive pas à maitriser les prix du fait que les États membres ne contrôlent désormais que 35 % de la production mondiale de pétrole et les ÉtatsUnis 19 %. En 1970, les pays de l’OPEP assuraient à eux seuls 55 % de la production mondiale de pétrole. Les pays de l’OPEP souhaitent un prix du baril proche de 90 dollars, or celui-ci peine à dépasser 80 dollars malgré une nouvelle réduction de production décidée en décembre. Les recettes de l’OPEP issues du pétrole ont atteint 1 600 milliards de dollars de pétrole en 2022 grâce à l’augmentation des cours provoquée par le déclenchement de la guerre en Ukraine. En 2023, elles ont baissé à 1 200 milliards de dollars. Les pays africains producteurs de pétrole comme le Nigeria et l’Angola estiment que la régulation de l’offre leur nuit. Les divisions croissantes au sein de l’OPEP aboutissent à un non-respect des quotas. Face à cette situation, l’Arabie saoudite qui jusqu’à maintenant consent l’effort le plus important, menace de mettre du pétrole en grande quantité sur le marché. Une chute brutale des prix menacerait les pays le plus pauvres qui sont souvent ceux qui contestent la politique de l’Arabie saoudite. 

 

Dans les prochaines années, les pays de l’OPEP pourraient reprendre la main sur le marché. Ils ont l’avantage de détenir plus de 70 % des réserves de pétrole brut. À terme, ils devraient contrôler 50 % des parts de marchés. Le sous-investissement dans le pétrole des entreprises occidentales, au nom des impératifs environnementaux, devraient peser sur la production hors OPEP. De nombreux gisements devraient se tarir dans les prochaines années, en particulier en Russie et aux États-Unis. Sans une nouvelle révolution technique comme celle du début des années 2010 avec le pétrole de schiste, des tensions pourraient apparaître sur le marché surtout en cas d’accélération de la croissance de l’économie mondiale. 

par Philippe crevel

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