lun. Mar 4th, 2024

La Banque centrale européenne (BCE) prévoit un taux d’inflation dans la zone euro de 2,7 % en 2024 et de 2,1 % en 2025 contre plus de 5 % en 2023. Si la baisse de l’inflation constatée au cours du dernier trimestre 2023 peut donner raison à la BCE, plusieurs facteurs pourraient néanmoins contrarier cette prévision.

 

La prévision de la BCE de décembre 2023 repose sur un certain nombre d’hypothèses qui pourraient être contredites par les faits. La banque centrale a fait le pari d’un maintien d’un faible taux de chômage autour de 6,6 % de la population active, contre 6,5 % en 2023. La faible augmentation du taux de chômage malgré le ralentissement sensible de la croissance (0,8 % attendu en 2024 pour la zone euro) s’explique par la contraction de la population active, -0,5 % en 2024. Les tensions sur le marché du travail devraient conduire à la persistance de la hausse des salaires (4,6 % en 2024, contre 5,3 % en 2023). Ces augmentations salariales ne pourront être guère compensées par des gains de productivité. La BCE les évalue pour 2024 à +0,4 % contre -0,8 % en 2023. Cette légère progression des gains de productivité est jugée par certains optimiste. Le vieillissement de la population pèse sur la productivité quand la faiblesse des investissements ces dernières années ne permet pas d’entrevoir une hausse rapide de celle-ci dans les prochains mois. Si les gains de productivité étaient au rendez-vous, les coûts salariaux unitaires seraient, malgré tout, en hausse de 4,1 % en 2024 après +6,1 % en 2023. 

 

Pour faire revenir l’inflation autour de 2 %, la BCE parie sur une baisse sensible des taux de marges des entreprises, de l’ordre de deux points. Or, depuis l’épidémie de covid, les entreprises préservent leurs résultats. Seule une récession marquée pourrait, à l’heure actuelle, entraîner une baisse des taux de marge. 

 

La BCE est dans son rôle de fixer un objectif de retour de l’inflation autour de 2 % mais en l’état actuel, il parait difficile à atteindre. L’évolution des salaires et de la productivité jouent à l’encontre de la baisse de l’inflation. Par ailleurs, la transition énergétique et le vieillissement de la population sont des facteurs qui conduisent structurellement à une hausse des prix. Le développement des énergies renouvelables suppose la réalisation de nouvelles infrastructures. En l’état actuel des techniques, le solaire comme l’éolien ont une efficience moindre que les énergies carbonées. Pour faire face à l’absence éventuelle de soleil et de vent, il est nécessaire de disposer de moyens de stockage de l’énergie ou de centrales thermiques classiques. Le vieillissement de la population contribue à la baisse de la population  active et à la diminution de la productivité. Par ailleurs, les retraités sont de consommateurs importants de services, or ces derniers générateurs de faibles gains de productivité. L’inflation sous-jacente (hors aliments non transformés et hors énergie) pourrait rester plus élevé que prévu. Elle pourrait se situer entre 3,4 et 3,8 %. Si ce scénario se concrétise, la BCE pourrait être dans l’obligation de maintenir plus longtemps que prévu ses taux directeurs à des niveaux élevés. 

Par Philippe Crevel

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