lun. Fév 26th, 2024

Le 10 mars, les régulateurs bancaires californiens et fédéraux ont acté la fermeture administrative de la Silicon Valley Bank (SVB) et ont saisi ses dépôts expliquant qu’elle faisait face à une situation d’insolvabilité et d’illiquidité. Il s’agit de la 2eme plus grande faillite d’une institution financière américaine après celle de Washington Mutual en 2008. Cette banque, spécialisée dans les services bancaires aux startups technologiques de la Silicon Valley, était la 16eme banque commerciale des États-Unis avec environ 209 milliards USD d’actifs consolidés à la fin 2022. Sa faillite ne semble pas être systémique, mais elle met en évidence l’impact des hausses de taux sur la stabilité financière et des risques accrus pour l’industrie technologique américaine. Ces événements nous rappellent également que les impacts du resserrement monétaire sont encore largement à venir.

 

Un échec qui peut être attribué à une clientèle insuffisamment diversifiée, mais aussi au resserrement de politique monétaire

 

La SVB était spécialisée dans la fourniture de services bancaires aux entreprises technologiques et biotechnologiques. Lors de la pandémie et alors que l’industrie technologique californienne connaissait un boom, SVB a vu ses dépôts augmenter de manière significative (+86% en 2021) et a investi de manière substantielle dans des bons du Trésor et des titres adossés à des créances hypothécaires.

Ce modèle a rendu SVB vulnérable aux hausses de taux d’intérêt à deux titres :

 

  • Premièrement, la hausse des taux d’intérêt a frappé de plein fouet sa clientèle technologique. Elle a entraîné une baisse des financements par capital-risque et une augmentation de la consommation de liquidités des entreprises technologiques. Cela a entraîné de forts retraits par les clients de SVB en 2022.
  • Deuxièmement, la hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine (Fed) a entraîné une baisse de la valeur des titres américains, ce qui a pesé sur la valorisation des actifs détenus par la SVB.

 

La détérioration de la situation financière de SVB a provoqué la perte de confiance de ses clients et investisseurs et une panique bancaire (« bank run »). Le 9 mars, l’action de la banque a chuté d’environ 60 %. Le même jour, les investisseurs et déposants ont commencé à retirer environ 42 milliards de dollars américains. Les régulateurs n’ont ainsi eu d’autre choix que de fermer administrativement la SVB. Le 12 mars, les autorités ont annoncé que tous les déposants seraient protégés et remboursés intégralement, au-delà des garanties normalement prévues par la loi.

 

 

Le principal risque est celui d’une contagion

 

Pour l’instant, les problèmes de la SVB semblent plus idiosyncratiques que systémiques, même si la Federal Deposit Insurance Corporation estime que les pertes non réalisées des banques américaines s’élèvent à 620 milliards de dollars. Les grandes banques américaines sont bien plus diversifiées que la SVB. Les inquiétudes portent davantage sur des banques régionales avec un profil proche de celui de la SVB. Les échanges d’actions de plusieurs autres banques, dont First Republic Bank, PacWest Bancorp et Signature Bank, ont été suspendus le 10 mars. Les autorités de régulation ont annoncé la fermeture de cette dernière, l’une des principales banques de l’industrie de la crypto industrie, le 12 mars.

 

Pour endiguer la contagion, les régulateurs américains ont annoncé la mise en place d’une nouvelle facilité de prêt d’urgence visant à garantir que “les banques aient la capacité de répondre aux besoins de tous leurs déposants” et ont déclaré qu’ils étaient prêts à faire face à toute pression sur les liquidités qui pourrait survenir.

 

L’effondrement de la SVB met en évidence les risques accrus dans l’industrie technologique américaine

 

La hausse des taux d’intérêt a rendu plus difficile l’accès à des capitaux dont l’abondance au cours des dernières années avait permis une hausse de valorisation des startups, et le financement de leurs projets ambitieux. En outre, le secteur a dû faire face à une baisse des recettes publicitaires dans un environnement macroéconomique plus difficile. Tout cela s’est récemment traduit par des vagues de licenciements dans le secteur. Nous pensons que la hausse des taux d’intérêt et la disparition d’un acteur majeur du financement pourraient créer de nouvelles turbulences au sein de l’industrie technologique américaine.

 

Un dilemme renforcé pour les banques centrales dont les hausses de taux commencent à produire leurs premiers effets

 

Ces événements mettent en évidence un trilemme pour la Fed : elle doit maintenir la stabilité des prix, garantir le plein emploi, mais également assurer la stabilité financière.  L’effondrement de la SVB a contribué à changer les anticipations des investisseurs qui sont désormais moins nombreux à parier sur une hausse de 50 points de base lors de la réunion des 21 et 22 mars.  Ces événements rappellent également que l’impact du resserrement monétaire est encore à venir, non seulement d’un point de vue macroéconomique, mais aussi, et c’est un sujet d’autant plus sensible, d’un point de vue financier.

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