sam. Fév 24th, 2024

Deux ans après les difficultés rencontrées par le promoteur immobilier Evergrande, un deuxième promoteur en Chine connaît des problèmes, Country Garden. Ce dernier est dans l’incapacité d’honorer le versement des intérêts de sa dette provoquant la chute de la valeur des obligations qu’il a émises. Le promoteur a bénéficié d’un délai de grâce d’un mois pour régulariser sa situation, avant d’être officiellement en défaut. Il a été néanmoins contraint d’arrêter la cotation de onze de ses lignes obligataires. Country Garden est exposé aux villes moyennes durement touchées par la crise immobilière. Morgan Stanley a estimé que plusieurs années seront nécessaires pour résoudre les problèmes de liquidité de ce promoteur.

Ces dernières années, les difficultés d’un nouveau promoteur accentuent les suspicions d’éclatement de la bulle immobilière et des dangers de l’essor du shadow banking. La population est de plus en plus inquiète de la détérioration de la situation financière des promoteurs. De nombreux ménages chinois ont affecté une grande partie de leur épargne dans des actifs immobiliers afin de se constituer un patrimoine en vue de la retraite. La crise immobilière en cours incite ces derniers à réduire la consommation ce qui pèse négativement sur la croissance.

En Chine, la finance parallèle (shadow banking) représente, selon Bloomberg, 2 900 milliards de dollars. Des établissements non financiers ou agréés en tant que tels collectent l’épargne des particuliers et des entreprises qui sert de base à des prêts qui sont consentis au profit de promoteurs. Les acteurs de la finance parallèle investissent également dans des actions et des obligations. La baisse des prix de l’immobilier et les besoins financiers des promoteurs ont entraîné la mise en défaut de 106 produits d’investissement en 2023 pour un total de 44 milliards de yuans, dont les trois quarts liés à l’immobilier.

Craignant un emballement de la crise et l’enclenchement d’une spirale déflationniste, la banque centrale chinoise a décidé de baisser ses taux directeurs. Comme les taux d’intérêt augmentent dans le reste du monde, les capitaux chinois ont tendance de sortir du territoire entraînant une baisse du yuan. Ce dernier s’approche de son plus bas niveau face au billet vert en plus de quinze ans, à près de 7,3 pour un dollar. Les autorités sont condamnées à prendre de nouvelles mesures au risque de contribuer à la poursuite du gonflement de la bulle immobilière et à l’augmentation de la dette. Les agences de notation étudient désormais la possibilité de dégrader la note de la Chine.

 

Chine/Occident, le découplage commercial est-il un mirage ?

Le commerce international est en pleine mutation. Sur fond de tensions persistantes, au cours du premier semestre 2023, les Etats-Unis ont échangé davantage avec le Mexique et le Canada qu’avec la Chine pour la première fois en près de deux décennies. Ce changement est la conséquence des mesures prises depuis le mandat de Donald Trump.
Joe Biden a poursuivi la politique de son prédécesseur. Il a ainsi le 9 août dernier, publié un décret visant à durcir les modalités d’investissements directs en Chine. Ceux concernant, par exemple, l’informatique quantique sont interdits tout comme les projets d’intelligence artificielle et ceux permettant la fabrication de microprocesseurs de haute technologie. Les États-Unis souhaitent ralentir la marche en avant de la Chine, éviter tout dépendance à l’encontre de ce pays et préparer le cas échéant un conflit concernant Taïwan avec ce dernier. Si l’objectif est clair, la traduction en acte l’est moins. Les liens économiques et financiers entre les deux pays sont nombreux et complexes.

Si le commerce avec la Chine recule, celui des alliés des États-Unis avec cette dernière augmente. Au deuxième trimestre 2023, 51 % des importations américaines en provenance des pays asiatiques étaient chinoises, contre 66 % avant l’élection de Donald Trump en 2016. Durant cette période, les entreprises américaines ont acheté plus de produits aux autres pays asiatiques qui ont fait appel à des biens intermédiaires d’origine chinoise en plus grande quantité. La structuration de la chaine de valeur a évolué mais le poids des intrants chinois est resté à peu près le même. Selon une étude de l’Université de
Californie à San Diego, les pays les plus intégrés à l’économie chinoise comme le Vietnam, Taïwan ou le Cambodge sont les grands gagnants de cette réorganisation du commerce international. Parfois, les exportations vers les pays de l’OCDE ne sont rien de plus que des produits chinois qui ont été simplement reconditionnés pour éviter les droits de douane et les sanctions.

Le plus souvent, les intrants sont des pièces mécaniques ou électriques de base pouvant être fabriqués ailleurs qu’en Chine mais qui sont moins chères et plus abondantes dans ce pays. Le découplage ne serait qu’apparent. Les données douanières prouvent que le volume final des échanges au profit des Occidentaux en provenance de Chine continuerait à augmenter. Au cours des six premiers mois de l’année 2023, les ventes chinoises de batteries, de biens électroniques ou électriques en Indonésie, en Malaisie, en Thaïlande, aux Philippines et au Vietnam ont atteint 49 milliards de dollars, en hausse de 80 % par rapport à 2018. La quasi-totalité de ces échanges donnent lieu à une réexportation.

L’autre preuve de cette adaptation des entreprises chinoises aux sanctions américaines est la progression des investissements directs étrangers dans les pays d’Asie du Sud-Est. En la matière, la Chine a dépassé les États-Unis. Apple, la première capitalisation boursière mondiale, a décidé de limiter au maximum sa production en Chine en délocalisant dans plusieurs autres pays d’Asie du Sud Est de ses usines. Une grande partie de la production repose néanmoins sur des entreprises chinoises.

Sur les 25 producteurs au Vietnam sur sa liste officielle de fournisseurs d’Apple, neuf sont originaires de Chine continentale. Toujours pour échapper aux mesures protectionnistes, les entreprises chinoises s’implantent dans des pays bénéficiant d’accords commerciaux avec les Européens ou les Américains. Au Mexique membre de l’accord de libre-échange Alena qui comprend les États-Unis et le Canada, 40 % des investissements directs étrangers dans le secteur de l’automobile sont d’origine chinoise. En 2022, les entreprises chinoises ont exporté pour 300 millions de dollars par mois de pièces dans ce pays, soit plus du double du montant enregistré en 2017. En Europe centrale et orientale, en 2018, la Chine ne fournissait que 3 % des pièces automobiles importées en République tchèque, en Hongrie, en Pologne, en Slovaquie, en Slovénie ou en Roumanie.

En 2022, ce taux dépasse 10 %. Cette montée en puissance s’explique par la progression de la production des véhicules électriques qui intègrent un grand nombre de pièces chinoises.
Les États-Unis sont de plus en plus critiqués par leurs alliés en ce qui concerne leur politique vis-à-vis de la Chine. Les pays européens et les pays asiatiques n’entendent pas perdre leurs parts de marché en Chine qui est un marché de plus en plus rentable pour nombre d’entreprises. Ces pays jouent sur les deux tableaux en affichant une solidarité de façade avec les États-Unis, solidarité qui n’est pas obligatoirement suivi d’effets.

 

Par le cercle de l’épargne

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