mar. Fév 10th, 2026

Le Point Marché est signé Florent Wabont, Economiste chez Ecofi.

Sans surprise, la BCE a maintenu inchangés ses taux directeurs lors de sa réunion du 5 février. Des éléments plus subtils se cachent-ils, malgré tout, derrière ce « non-événement » ? Quels sont les facteurs clés à surveiller pour tenter d’anticiper la suite du mouvement ?

 

La Banque centrale européenne a de nouveau opté pour le statu quo lors de sa réunion du 5 février dernier. Le taux de facilité de dépôt se situe donc toujours à 2 % (contre 3 % à fin 2024), le taux de refinancement à 2,15 % et le taux de prêt marginal à 2,40 %. Peu de changements sont égale ment à noter s’agissant des éléments de langage employés, si ce n’est la mention de la résilience et de la bonne tenue de l’économie européenne. La BCE reste dépendante des données économiques qui lui parviennent et considère que le niveau actuel des taux directeurs est toujours à la « bonne place ». Dès lors, il nous a paru pertinent de détailler cette semaine les facteurs susceptibles selon nous d’infléchir ce positionnement d’attente, en raisonnant à travers trois piliers.

1er pilier : l’inflation

Selon les données préliminaires publiées par Eurostat, l’inflation totale en zone Euro est passée de 2 % sur un an en décembre 2025 (chiffre révisé à la hausse) à 1,7 % en janvier 2026. L’inflation hors énergie et alimentation est quant à elle ressortie à 2,2 %, légèrement en dessous des attentes du consensus et en recul par rapport aux 2,3 % du mois précédent. Cette baisse s’explique principalement par deux éléments : la contribution négative de la catégorie de l’énergie et la diminution de l’inflation dans les services. Si cette baisse de l’inflation en deçà la cible des 2 % pourrait laisser penser que la BCE se doit d’agir, il convient néanmoins de rappeler plusieurs éléments. Premièrement, l’évolution de l’inflation en janvier s’est révélée relativement en ligne avec les prévisions de la BCE de la fin d’année dernière; un peu moins s’agissant de l’inflation hors énergie et alimentation. Lors de la conférence de presse, Christine Lagarde a même semblé montrer une forme de « tolérance » à l’égard de ce léger écart par rapport aux projections. Deuxièmement, ces effets de base énergétiques étaient attendus et devraient continuer de peser sur l’inflation au premier trimestre, avant de s’atténuer progressivement ensuite. Troisièmement, la cible des 2 % d’inflation de la BCE s’éva lue sur un horizon de moyen-terme. Par conséquent, seule une importante déviation en-dessous des prévisions de court terme de la BCE, susceptible d’abaisser la trajectoire de moyen terme, pourrait faire sortir la BCE de sa position de statu quo en direction d’une baisse des taux directeurs. L’appréciation de l’euro face au dollar (13,4 % en 2025) et aux principales devises internationales représente à ce titre la principale menace, via une diminution de l’inflation des produits importés. Si Christine Lagarde a tenu, lors de la conférence de presse, à rappeler que la BCE ne vise pas un taux de change spécifique, elle a néanmoins indiqué que l’appréciation rapide de l’euro l’an dernier pourrait entraîner des pressions à la baisse sur l’inflation au cours des prochains mois. Aucun seuil de « tolérance » ou de « vigilance » sur la parité euro dollar, à l’instar du niveau de 1,20 évoqué par le vice-président de la BCE Luis de Guindos, n’a non plus été mentionné.

D’autre part, il convient également de noter la relative stabilité du taux de change depuis le mois de septembre 2025, à l’exception du regain de volatilité du début 2026. Si la question de l’évolution de l’euro, à laquelle on pourrait également ajouter celle de la réorientation des marchan dises chinoises dans le contexte de la guerre commerciale sino-américaine, rouvre la possibilité d’une éventuelle baisse de taux à horizon six mois, un autre paramètre s’ajoute à l’équation, ce qui nous amène au deuxième pilier.

2ème pilier : l’activité

La BCE l’a indiqué dans son communiqué, l’économie européenne a fait preuve de résilience en 2025. En outre, de plus en plus d’indicateurs avancés du cycle, principale ment issus d’enquêtes conjoncturelles, signalent par ailleurs

une amélioration du climat des affaires et de la confiance des ménages en ce début d’année. Le déploiement du plan allemand de réarmement et d’infrastructures, combiné aux effets différés des baisses de taux de la BCE et à la hausse des revenus réels, devrait favoriser une accélération de l’activité en 2026. S’ajoutent également une possible accalmie « durable » des tensions commerciales, une moindre incertitude politique, tout particulièrement en France, et une poursuite de la baisse du taux de chômage. Ainsi, la probabilité que la BCE rehausse ses prévisions de crois sance (1,2 % pour 2026 et 1,4 % pour 2027 selon les prévisions de décembre 2025) au cours des prochains trimestres est selon nous élevée. Cet environnement porteur pour l’acti vité invite par ailleurs à envisager que des pressions infla tionnistes haussières puissent émerger progressivement, contrebalançant ainsi les risques déflationnistes évoqués précédemment et limitant la nécessité d’abaisser les taux directeurs en territoire potentiellement accommodant.

Outre les tensions commerciales et les droits de douane, d’autres facteurs extérieurs pourraient également exercer une influence sur le comportement de la BCE, ce qui nous offre une transition vers le troisième et dernier pilier.

3ème pilier : L’environnement international

Parmi les multiples facteurs extérieurs pouvant intervenir dans la fonction de réaction de la BCE, l’orientation de la politique monétaire de la Fed figure en bonne place. En effet, une reprise des baisses de taux de la Fed, au-delà de celles déjà anticipées par les marchés, pourrait renchérir l’euro face au dollar. Cependant, compte tenu de notre scénario tablant sur une réaccélération de l’activité aux Etats-Unis grâce notamment aux effets différés des baisses de taux effec tuées en 2025, les perspectives de perspectives d’assou plissement monétaire semblent compromises au-delà du simple ajustement, et ce, malgré la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed. De plus, toute bonne surprise économique des Etats-Unis, en particulier en provenance du secteur manufacturier, pourrait également avoir des retombées positives indirectes pour l’économie de la zone Euro, et ainsi accroître la probabilité d’une révision à la hausse des prévi sions de croissance.

 

Le Marché du lundi

En conclusion, notre scénario central demeure celui d’une BCE laissant sa politique monétaire inchangée à horizon six mois. La probabilité d’une baisse des taux directeurs à court terme a néanmoins augmenté. En parallèle, compte tenu

de l’embellie conjoncturelle se profilant en zone Euro et des pressions inflationnistes domestiques susceptibles de se renforcer, nous continuons d’envisager la possibilité que le prochain mouvement de la BCE, puisse être une hausse des taux sur un horizon de 12 à 18 mois, avec pour objectif d’ajuster légèrement le degré de restriction de la politique monétaire.

Florent Wabont,

Économiste

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