mar. Fév 10th, 2026

Par Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM

Comment expliquer la volatilité ambiante ? Certes, il y a de nombreux sujets d’inquiétudes. Prenons deux exemples en lien avec l’intelligence artificielle. Comme c’est systématiquement le cas tous les ans, les investisseurs craignent que l’IA ne mette à genou certains secteurs. Cette fois, ce sont les logiciels qui en ont fait les frais. Beaucoup craignent un risque de commoditisation et une pression à la baisse sur les prix, d’où une chute récente des actions du secteur. Ce n’est en rien prouvé.

Il y a en revanche des excès réels résultant de l’engouement boursier pour l’IA. Oracle en est le meilleur exemple. L’entreprise a signé un contrat de 300 milliards $ avec OpenAI pour louer des serveurs. Problème, les banques américaines refusent désormais de financer les projets de data centers liés à Oracle. L’entreprise est donc contrainte de lever en urgence 50 milliards $ via de la dette et des actions. Le contexte n’est pas favorable. L’entreprise brûle du cash à une vitesse record, suscitant à juste titre l’inquiétude des investisseurs.

 

Mais il y a un autre facteur à prendre en compte qui est trop rarement mentionné : la structure des marchés financiers. Les algorithmes dominent, allant jusqu’à représenter 80% des volumes échangés sur certains marchés. Ils se contentent d’acheter ou de vendre en fonction des flux, le tout souvent en ayant recours à des effets de levier x2 voire x3. Quand tout le monde est optimiste, pas de problème. En revanche, si la confiance s’effrite, des pics de volatilité soudains peuvent se produire qui sont amplifiés par les effets de levier. C’est en partie ce qui s’est passé sur l’argent, et qui s’est propagé à d’autres actifs, lors de la séance houleuse du 30 janvier. Il faut certainement s’attendre à ce que ces regains de volatilité, qu’on a pu observer par le passé en particulier sur les devises, deviennent de plus en plus fréquents. Il y a toutefois une bonne nouvelle : tant que la liquidité reste abondante, les dommages qui en résultent restent mineurs.

 

À surveiller

 

Au niveau des statistiques, la semaine est calme. Les prix à la consommation aux États-Unis en janvier constituent le point d’attention majeur. Sauf surprise, ils devraient ressortir proches de leur niveau de décembre à 2,7% sur un an. L’inflation américaine est plus élevée que dans d’autres économies développées. Ce n’est pas particulièrement inquiétant car c’est en partie la conséquence d’une demande plus soutenue qu’ailleurs. De notre point de vue, cela ne devrait pas empêcher la Réserve Fédérale de baisser à deux reprises les taux directeurs pour un total de 50 points de base ce semestre. C’est déjà en partie intégré par le marché.

Enfin, le Royaume-Uni va publier jeudi sa première estimation du PIB pour le T4 2025. Pas d’impact important à attendre. Nous nous attendons cependant à ce que la politique britannique continue de peser sur la devise et le marché obligataire britanniques. Le 26 février, une élection partielle importante pour le Parti travailliste au pouvoir va avoir lieu. Selon les sondages, il pourrait perdre le siège qui est en jeu au profit du parti populiste Reform UK, ce qui risque d’accentuer la pression sur le Premier ministre Keir Starmer. Des élections législatives anticipées ne sont pas à exclure après les municipales du printemps.

 

Le bras de fer sino-américain continue. Pour l’instant, les Américains continuent d’enchaîner les victoires en Amérique latine. La Cour suprême du Panama a annulé la concession du hongkongais CK Hutchison pour l’exploitation des ports de Balboa (côté Pacifique) et Cristóbal (côté Atlantique) qui donnent accès au stratégique canal de Panama. Le tribunal juge les termes de la concession inconstitutionnels, mettant fin à près de trois décennies de présence chinoise dans les infrastructures portuaires du pays.

 

 

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