| Qui est Kevin Warsh ? Originaire d’Albany, dans l’État de New York, Kevin Warsh incarne le parcours classique de l’élite universitaire américaine, ayant étudié à Stanford en Californie puis à Harvard dans le Massachusetts. Il débute sa carrière à New York, où il exerce pendant sept ans en fusions-acquisitions (1995–2002). En 2006, il rejoint la Réserve fédérale en tant que gouverneur. À seulement 35 ans, il devient le plus jeune membre jamais nommé au conseil d’administration, composé de sept personnes et placé sous la direction du président de la banque centrale américaine, la Fed. Il y restera cinq années marquées par de nombreux défis, notamment en jouant un rôle central dans la gestion de la crise financière de 2008.
Comment la politique monétaire de la Fed pourrait-elle évoluer sous la présidence de Warsh ? Sous la présidence de Warsh, la politique monétaire de la Fed pourrait s’orienter vers davantage de souplesse, avec une préférence affichée pour des taux directeurs plus bas, conformément à ses récentes prises de position. Néanmoins, un changement radical reste peu probable : les ajustements immédiats du cycle d’assouplissement pourraient être limités, car Warsh n’est pas perçu comme un candidat de continuité et sa capacité à faire consensus au sein du FOMC demeure incertaine. L’inertie institutionnelle, la sensibilité du comité aux pressions politiques et la nécessité d’un large accord devraient rendre toute évolution progressive.
Depuis la crise financière, Warsh se montre critique envers l’expansion du bilan de la Fed et privilégie une réduction de celui-ci (graphique 1), une orientation partagée par certains membres du FOMC. Toutefois, des changements majeurs sur ce point semblent peu probables sans une réforme de la réglementation bancaire, un processus généralement long et complexe.
La réaction des marchés obligataires à sa nomination a été mesurée, traduisant l’idée que l’orientation globale de la politique monétaire resterait stable. Attaché à des principes orthodoxes et au consensus, Warsh pourrait néanmoins faire évoluer la méthode : il a exprimé des réserves sur la dépendance excessive aux données et sur la publication systématique de prévisions. Cela suggère une posture potentiellement plus accommodante sur les taux directeurs : Warsh pourrait être plus enclin à les abaisser en anticipant un recul de l’inflation, ce qui réduirait la prime de risque sur les échéances courtes. À l’inverse, sa préférence pour un bilan plus restreint pourrait inciter les investisseurs à exiger une prime de terme plus élevée sur les maturités longues.
Des obstacles juridiques et politiques pourraient également perturber la transition. La possible nomination de Warsh intervient après plusieurs mois de critiques du président Trump à l’encontre du président actuel, Jerome Powell. Le ministère de la Justice (DoJ) a ouvert une enquête criminelle sur le témoignage de Powell devant la commission bancaire du Sénat en juin 2025, tandis que Lisa Cook, autre gouverneure votante, attend la décision de la Cour suprême concernant sa révocation d’août 2025. Le sénateur républicain Thom Tillis, membre clé de la commission bancaire du Sénat, a indiqué qu’il s’opposerait à toute confirmation d’un candidat à la Fed tant que l’enquête du DoJsur Powell ne serait pas close. Bien que ce ne soit pas notre scénario central, des retards pourraient amener Powell à prolonger son mandat au-delà de son échéance en mai si ces questions juridiques restent en suspens.
Les dernières indications et les fondamentaux économiques plaident pour un nouvel assouplissement. Les données récentes sur l’inflation montrent que les pressions sur les prix restent élevées, principalement en raison de l’inflation des biens liée aux tarifs douaniers. Le marché du travail demeure faible, ce qui soutient la perspective d’un nouvel assouplissement, même si la Fed, moins préoccupée par les risques sur l’emploi et plus optimiste sur la croissance, fixe désormais la barre plus haut pour de nouvelles baisses de taux. Nous continuons d’anticiper un assouplissement supplémentaire, mais celui-ci dépendra des données à venir, et nous reconnaissons que les anticipations de marché pointent désormais vers une action plus tardive que ce que nous avions initialement prévu.
Fig. 1 – Le bilan de la Fed a fortement augmenté depuis le mandat de Warsh comme gouverneur (par rapport au PIB)
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Nos nouvelles prévisions. Nous anticipons désormais deux baisses de taux en 2026 : la première en juin (au lieu de mars initialement) et la seconde en septembre, soit un assouplissement total de 50 points de base, contre 25 points de base précédemment envisagés. Nous continuons d’anticiper un recul du rendement des bons du Trésor américain à 10 ans au second semestre. À court terme, nous maintenons un biais de pentification de la courbe et restons attentifs aux prochaines publications économiques pour ajuster notre analyse des conditions de marché.
Les fortes corrections sur l’or et l’argent, ainsi que l’appréciation de près de 1 % du dollar, ont constitué les principales réactions de marché à l’annonce concernant Warsh. Ces mouvements traduisent une perspective de politique monétaire nettement plus restrictive que celle reflétée aujourd’hui par le marché obligataire américain. Toutefois, ces variations importantes semblent davantage résulter d’un rattrapage après des performances extrêmes observées depuis le début de 2026, plutôt que d’une anticipation claire de futures baisses de taux par la Fed.
Ces épisodes rappellent également aux investisseurs l’importance de rééquilibrer leurs allocations après de tels mouvements de prix, et de diversifier leurs portefeuilles afin de profiter d’un élargissement du rebond sur plusieurs classes d’actifs.
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