Jean-Paul van Oudheusden, analyste de marchés chez eToro
- Des nouvelles commandes de 13,2 milliards d’euros, près du double des attentes
- L’EUV, technologie phare sur laquelle les géants de la tech et les fondeurs comptent pour prendre l’avantage dans la course à l’IA
- ASML figure désormais parmi les 20 plus grandes entreprises mondiales
La volonté presque sans réserve des États-Unis de gagner en autonomie sur les semi-conducteurs les plus avancés, indispensables à l’IA, produit aussi ses effets à Veldhoven. Pour ceux qui avaient pris au pied de la lettre les propos prudents du PDG d’ASML, Christophe Fouquet, il y a six mois, les résultats exceptionnellement solides du quatrième trimestre 2025 ont de quoi surprendre. Pour ceux qui suivent de près la course mondiale à l’IA, ces chiffres sont au contraire la conséquence logique d’un appétit d’investissement toujours très élevé chez les géants américains de la tech, renforcé par la hausse des dépenses d’investissement annoncée il y a deux semaines par TSMC.
Les machines EUV, indispensables aux puces logiques comme aux mémoires
ASML a enregistré au quatrième trimestre un chiffre d’affaires de 9,7 milliards d’euros, portant le total 2025 à 32,7 milliards. Le bénéfice net annuel atteint un record de 9,6 milliards d’euros. De quoi ouvrir la voie à une hausse du dividende de 17% et à un nouveau programme de rachat d’actions de 12 milliards d’euros étalé sur trois ans.
Mais la véritable accélération vient surtout des nouvelles commandes : avec 13,2 milliards d’euros, elles frôlent le double de ce que le marché anticipait. Le moteur principal, ce sont les très coûteuses machines EUV, absolument incontournables pour fabriquer les puces les plus avancées (donc les plus fines), un domaine où ASML occupe une position dominante. TSMC n’est pas seul : Intel et Samsung se placent aussi en file d’attente côté puces logiques. En parallèle, SK Hynix, Micron et de nouveau Samsung investissent des milliards en tant que producteurs de puces mémoire. Selon le patron de NVIDIA, Jensen Huang, c’est précisément la combinaison des puces logiques et des mémoires qui permet d’obtenir les meilleures performances en IA.
ASML s’installe dans le Top 20 mondial
Déjà première capitalisation boursière d’Europe, ASML renforce avec ces chiffres son statut de référence mondiale et s’ancre dans le Top 20 des plus grands groupes cotés. Sa capitalisation est du même ordre que celle d’entreprises comme Visa ou ExxonMobil. L’objectif d’un chiffre d’affaires annuel compris entre 44 et 60 milliards d’euros à partir de 2030 apparaît désormais à portée de main. Le titre semble donc avoir le potentiel de progresser aujourd’hui. Reste un point à garder en tête : historiquement, le secteur des semi-conducteurs a toujours avancé par grandes vagues suivies de corrections parfois marquées, même si, un jour comme celui-ci, aucun investisseur n’a vraiment envie qu’on lui rappelle cette réalité.