Une étude menée par l’OCDE auprès de 8 pays, dont la partie France a été conduite par l’ESSEC Business School

L’IA interroge le monde du travail : entraînera-t-elle un bouleversement du monde du travail avec un rôle plus limité pour les collaborateurs ? ou procurera-t-elle une augmentation de productivité et de bien-être ?

L’ESSEC Metalab for Data, Technology & Society et l’OCDE ont travaillé ensemble sur une étude consacrée à l’impact de l’IA sur le travail dont les résultats ont été publiés fin avril 2023. Celle-ci vise à comprendre les conséquences de son déploiement sur l’organisation du travail, l’adaptabilité des salariés, et les enjeux nouveaux introduits par l’adoption de ces technologies.

En tout, ce sont 2053 entreprises dans le secteur de la production, de la finance et de l’assurance interrogées dans sept pays (France, Autriche, Canada, Allemagne, Irlande, Royaume-Uni et États-Unis) entre mi-janvier et mi-février 2022. Des études de cas[1] qualitatives ont également été réalisées au sein de 100 entreprises des mêmes secteurs d’activités dans les sept mêmes pays et également au Japon. Pour la première fois, toutes les parties prenantes, y compris les salariés, ont été intégrées ce qui permet de recueillir une vision plus large sur la mise en œuvre de l’IA. L’étude portait sur le recueil de témoignages de personnels vivant ces impacts, évitant d’interroger les directions des entreprises consultées.

Trois conclusions à retenir :

L’IA, si elle est utilisée correctement, pourrait contribuer à une productivité accrue et à une meilleure qualité des emplois

Environ 80 % des utilisateurs d’IA ont déclaré qu’elle a amélioré leurs performances au travail, contre 8 % qui pensent qu’elle les a aggravées. Les employés interviewés expriment aussi des inquiétudes quant à son impact sur la stabilité de l’emploi et sur les salaires. Ainsi, 19 % des employés de la finance et 14 % de l’industrie manufacturière craignent de perdre leur emploi au cours des dix prochaines années du fait de l’arrivée de l’IA, tandis que 46 % et 50 % respectivement ne sont pas du tout inquiets. La plupart des utilisateurs déclarent qu’elle les aide même significativement dans la prise des décisions.

 

Les technologies mobilisant de l’IA ont un impact conséquent sur un large éventail de tâches et de fonctions. L’IA favorise l’automatisation des tâches routinières et gagne progressivement du terrain sur des tâches plus complexes qui induisent de l’incertitude (systèmes de maintenance prédictive par exemple). Les niveaux d’emploi sont pour l’instant stables face à l’adoption de l’IA, bien qu’il existe des preuves d’un ralentissement de la croissance des embauches.

 

Peu importe à quel point l’IA est avancée dans une organisation, il y a ce sentiment partagé que certaines tâches seront toujours mieux exécutées par des humains, comme celles impliquant de l’empathie, de l’interaction sociale et certaines prises de décision impliquant des ressources humaines.” précise Julien Malaurent, Directeur académique du Metalab et auteur du volet français de l’étude.

 

L’adoption de l’IA entraîne d’importants bouleversements dans les compétences requises, les employeurs organisent des formations

 

L’introduction des technologies à base d’IA dans les organisations sollicitent des compétences pointues (par exemple, des compétences analytiques avancées, des compétences interpersonnelles éprouvées) sur un périmètre élargi (compétences réparties sur l’ensemble du cycle de vie des systèmes allant de la phase de design jusqu’a la gouvernance et la maintenance).

 

Afin de mieux répondre à cette évolution des compétences, les employeurs accélèrent la formation des ressources internes (64 % et 71 % dans la finance et la fabrication, respectivement) en faisant appel à des prestataires de service pour 53 % d’entre eux. Dans les secteurs de la finance 43% et de l’industrie 45 % des employeurs ont adopté des outils à base d’IA après avoir consulté les employés ou les représentants du personnel.

Cependant, les salariés ont exprimé des inquiétudes, comme la pression accrue qu’ils ressentent pour effectuer leur travail, en raison de la “surveillance par les données”.

Les employeurs affirment que le coût et le manque de compétences sont des obstacles plus importants à l’adoption de l’IA que la réglementation.

53% des employeurs de la finance et 58% de l’industrie affirment que les coûts élevés sont l’obstacle principal à l’adoption de l’IA, et 41 % et 43 % identifie le manque de compétences disponibles comme un obstacle majeur tandis que seulement 25 % et 19 % de ces mêmes secteurs déclarent que la réglementation est un obstacle majeur à son adoption.

 

Avertissement : cette étude a été réalisée en 2022 et les résultats publiés en avril 2023, avant l’explosion de l’usage de l’IA dite “générative”. Les conclusions tirées sont toutefois représentatives de la réalité des entreprises, qui n’ont à ce jour qu’encore très peu intégré l’IA générative dans leur fonctionnement.

[1] Les études de cas en France ont été menées auprès de CEO’s, CDOs, Data Scientists, Project Managers, et End Users venant des entreprises SwissLife, Renault, EDF, Credit Mutuel Arkema, GYS, Legrand et une dernière qui n’a pas souhaité divulguer son identité.

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