mar. Fév 17th, 2026

Dans son dernier point d’information sur les marchés « UBS France Weekly »Claudia Panseri, Chief Investment Officer d’UBS Wealth Management France, analyse la correction du secteur logiciel dans un contexte d’incertitude accrue autour de la monétisation de l’intelligence artificielle.

 

Les principaux éléments d’analyse de Claudia Panseri :

  • Une volatilité appelée à rester élevée : anticipation de marchés encore instables dans les prochaines semaines, la question de la monétisation de l’IA devenant centrale alors que les investisseurs s’interrogent sur son impact potentiel sur les modèles économiques.
  • Différenciation accrue entre acteurs : les marchés distinguent de plus en plus les bénéficiaires de l’IA des retardataires. Après 3 années de fortes progressions soutenues par l’essor des investissements en capital, les dépenses liées à l’IA ne sont désormais valorisées que si elles se traduisent par une croissance durable du chiffre d’affaires.
  • Productivité et disruption : l’IA devrait provoquer un essor de productivité sans précédent, encore largement sous-estimé. Son potentiel de disruption, en revanche, semble minimisé par le marché bien qu’il demeure significatif.
  • Repli des multiples malgré des perspectives solides : les multiples de valorisation du secteur logiciel ont nettement reculé (PER prospectif passé de 35x à 22x), malgré des perspectives de croissance élevées.
  • Un débat centré sur les marges futures : les bénéfices actuels ne sont pas remis en cause (les estimations des analystes demeurent stables) mais l’incertitude s’intensifie quant à l’évolution des marges à venir.
  • Diversification plus que jamais essentielle : face à une volatilité persistante et à une incertitude croissante, UBS insiste sur l’importance d’une diversification sectorielle et géographique. UBS privilégie notamment la finance, la santé, les services aux collectivités et la consommation discrétionnaire aux États-Unis.

Claudia Panseri
Chief Investment Officer, UBS WM France
UBS Europe SE, Succursale de France


Au cours des dernières semaines, les risques de disruption liés à l’IA ont été au centre des préoccupations du marché. Les valeurs du secteur logiciel ont particulièrement souffert, l’indice MSCI Software and Services affichant une baisse de 16 % depuis le début de l’année. Nous prévoyons que la volatilité restera élevée dans les prochaines semaines, la question de la monétisation étant cruciale alors que les investisseurs s’interrogent sur l’impact potentiel de l’IA sur les modèles économiques.

Les marchés différencient de plus en plus les bénéficiaires de l’IA des retardataires. Après trois années de fortes progressions soutenues par l’essor des investissements en capital, les investisseurs n’accordent désormais de la valeur aux dépenses en IA que lorsqu’elles se traduisent par une croissance durable du chiffre d’affaires. Comme lors des précédents cycles d’innovation, les entreprises qui exploitent les nouvelles technologies pour améliorer leurs performances devraient en tirer des bénéfices financiers concrets. L’IA continuant de transformer l’ensemble des secteurs, nous pensons que la récente correction n’est probablement pas un phénomène isolé.

L’IA est appelée à provoquer un essor de productivité sans précédent, dont l’ampleur reste largement sous-estimée. Pourtant, son potentiel de disruption est également minimisé, même s’il semble secondaire au regard de ses bénéfices. L’IA va rendre tous les produits et services digitaux plus intelligents, qu’il s’agisse de logiciels applicatifs ou de publicité. Elle ne se limite pas à un simple algorithme : il s’agit d’un logiciel à part entière, capable notamment de générer du code. Les outils de développement basés sur l’IA ont déjà permis des gains de productivité supérieurs à 50 % pour les développeurs. Ce que le marché a sous-estimé, c’est la rapidité avec laquelle les agents IA pourraient remplacer les logiciels existants.

Les multiples de valorisation du secteur logiciel ont nettement reculé, alors que les prévisions de croissance restent élevées. Le ratio cours/bénéfices prospectif est passé de 35x en 2025 à 22x aujourd’hui (Fig. 1), atteignant son niveau le plus bas depuis 2019 et la plus faible prime par rapport à la moyenne du S&P 500 sur la dernière décennie. Pourtant, les marges bénéficiaires actuelles et les estimations consensuelles de croissance du chiffre d’affaires sont à leur plus haut niveau depuis au moins vingt ans. En filigrane, la baisse des valorisations reflète l’anticipation d’un ajustement à la baisse de ces prévisions.

Ce rapport a été préparé par UBS Europe SE, Succursale de France. Veuillez prendre connaissance des informations et avertissements importants à la fin de ce document.


La question ne porte pas sur les bénéfices actuels, mais sur l’incertitude entourant les marges à venir. Les estimations des analystes demeurent stables, ce qui indique qu’ils ne voient pas de risque immédiat pour les profits des entreprises. Toutefois, l’incertitude concernant l’évolution des marges s’intensifie. Les sociétés de logiciels et de services informatiques bénéficient aujourd’hui de marges particulièrement élevées (30 %), avec les plus fortes progressions enregistrées au cours de la dernière décennie — ce qui accroît leur vulnérabilité face à la concurrence.

Grâce aux progrès de l’IA, le développement logiciel devient beaucoup plus rapide et moins coûteux, ce qui pourrait démultiplier le nombre de solutions sur le marché. Même si les entreprises hésitent à changer de fournisseur en raison de la complexité de leurs systèmes, l’arrivée massive de nouveaux acteurs devrait accroître la concurrence et peser sur les prix et les marges à moyen terme. Si cette dynamique se confirme, au moins la moitié des éditeurs de logiciels pourraient être exposés à des risques de disruption significatifs dans les cinq prochaines années.

Nous abaissons notre recommandation sur le secteur des technologies de l’information, qui passe d’« Attractif » à « Neutre ». Les perturbations dans l’industrie du logiciel, la forte hausse des dépenses d’investissement qui pourrait absorber presque l’intégralité des flux de trésorerie opérationnels, ainsi que des valorisations élevées dans le segment des équipements informatiques, risquent de peser sur le sentiment des investisseurs.

Nous abaissons notre recommandation sur le secteur des technologies de l’information, qui passe d’« Attractif » à « Neutre », mais nous conservons une vue attractive sur l’IA, en soulignant que les opportunités liées à l’intelligence artificielle dépassent le seul secteur IT du S&P 500.

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