mar. Fév 17th, 2026
Eric Bleines, Directeur général adjoint chez Swiss Life Gestion Privée
 
 
Le début d’année est particulièrement agité sur le plan géopolitique. Comment réagissent les marchés ?
 

Eric Bleines : Trois événements de premier ordre, tous initiés par la politique de Donald Trump, ont effectivement émaillé le mois de janvier : l’intervention américaine au Venezuela, les déclarations de l’administration Trump sur le Groenland et la montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Pour autant, les marchés financiers ont relativement peu réagi à ces multiples sources de tension. Certes, la volatilité s’est renforcée mais la plupart des indices finissent le mois bien orientés : le S&P500 progresse de 1,3 %, le CSI 300 chinois de 1,7 % et l’Euro Stoxx 50 de 3,4 %. La dispersion est toutefois importante entre les segments de marché. Les petites et moyennes capitalisations, notamment américaines, tirent leur épingle du jeu avec un indice Russell 2000 qui gagne 5,3 %. En Europe, le secteur de la défense et celui de la banque ont bien performé. La progression est encore plus nette pour les actions émergentes : l’indice brésilien grimpe par exemple de 12,6 % en janvier. Quant aux métaux et matières premières, ils ont bondi, l’or gagnant 15,6 % depuis le début d’année malgré un « flash krach » fin janvier. À l’inverse, on assiste à une correction très marquée des valeurs technologiques. Les investisseurs pénalisent les acteurs qu’ils considèrent comme les perdants de l’IA, à savoir les entreprises de logiciels et de services informatiques (Adobe, SAP, Salesforce…). Mais ils s’interrogent aussi de plus en plus sur la capacité des 7 magnifiques à rentabiliser leurs investissements dans l’IA : Microsoft perd par exemple 10 % à la suite de la publication de ses résultats. Les indices mondiaux sont aujourd’hui moins concentrés à la fois sectoriellement sur la tech et géographiquement sur les États-Unis.

Donald Trump a proposé de nommer Kevin Warsh pour succéder à Jerome Powell à la tête de la Fed. Que penser de ce choix ?

E. B. : Kevin Warsh est un homme du sérail : diplômé de Stanford et Harvard, il a déjà été membre du conseil des gouverneurs de la Fed, qu’il connaît donc bien. Il a, par le passé, suivi une approche de type « faucon » plutôt hostile aux baisses de taux et il s’est récemment montré favorable à une réduction du bilan de la Fed. Cela ne l’empêchera probablement pas de réduire les taux comme le souhaite Donald Trump mais sa nomination a toutefois eu pour effet de rassurer les marchés sur la crédibilité de la Fed. Le dollar et les bons du Trésor en ont bénéficié.

Janvier a aussi été marqué par des tensions sur les taux longs japonais. Quelles pourraient en être les conséquences ?

E. B. : Au cours des trois derniers mois, les taux souverains japonais à 10 ans sont passés de 1.67 % à 2.23 %, sur fond de hausse de l’inflation et de l’endettement public. Or les épargnants japonais sont traditionnellement d’importants acheteurs d’obligations américaines et européennes, qui jusque-là leur offraient des rendements supérieurs à ceux de leur propre dette. La crainte des marchés est donc que les Japonais rapatrient massivement leurs capitaux pour les réallouer vers leurs actifs domestiques désormais mieux rémunérés. Ce n’est pour l’instant pas le cas. Il faut toutefois noter la forte progression de l’indice Nikkei sur les marchés actions, qui a gagné près de 6 % malgré cette hausse des taux longs.

Dans cet environnement très mouvant, comment positionnez-vous les portefeuilles ?

E. B. : Nous restons positifs sur les actions. Nous n’avons pas modifié le niveau d’exposition des portefeuilles, qui demeure relativement élevé. En revanche, nous avons procédé à des réallocations à l’intérieur de la poche actions, dans une logique de renforcement de la diversification. Nous avons allégé le poids des États-Unis, notamment les valeurs technologiques. Cela nous a permis de nous renforcer sur des fonds d’actions émergentes. Ces dernières profitent en effet de la baisse du dollar, de la hausse des matières premières (notamment l’Amérique latine) et de la demande de puces et de mémoire pour l’IA (Asie). Enfin, nous avons saisi l’opportunité du flash crash sur l’or pour augmenter notre exposition aux valeurs aurifères, qui devraient continuer de profiter d’une génération exceptionnelle de free cash-flow au regard du niveau atteint par l’or physique.

A propos de Swiss Life Banque Privée (01/01/2025) : 
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Afin de concilier ambitions entrepreneuriales et intérêts personnels des chefs d’entreprise, Swiss Life Banque Privée s’associe en 2021 avec Alantra. Cette joint-venture, dont les services s’adressent exclusivement aux dirigeants de PME et d’ETI, a pour objectif de répondre à leurs besoins et leurs attentes spécifiques en les accompagnant dans la croissance de leur société, tout en leur apportant un conseil fiscal et patrimonial adapté à la structuration de leur patrimoine privé.

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