Alors qu’une trentaine d’institutions financières dans le monde – dont AXA et les quatre grandes banques françaises– ont demandé aux entreprises de publier un plan de sortie du charbon avant la fin 2021, une nouvelle analyse de Reclaim Finance montre que plus de 90% de leurs clients du secteur ne disposent toujours pas de stratégies de sortie du charbon crédibles et compatibles avec les impératifs climatiques. Reclaim Finance appelle les banques et les investisseurs à sanctionner les entreprises du secteur du charbon qui tardent à établir de tels plans.

 

Crédit Agricole, BNP Paribas et une trentaine d’autres acteurs financiers se sont engagés à sortir du charbon suivant une trajectoire climatique viable et ont pour cela exclut de nombreuses entreprises jugées trop exposées au secteur et demandé aux entreprises restantes de démontrer, à travers l’adoption d’un plan de sortie, leur capacité à s’en désengager progressivement. Reclaim Finance a passé en revue les plans de sortie du charbon des 47 entreprises du secteur du charbon les plus soutenues par les principaux acteurs financiers (1) ayant exigé la publication de tels plans avant la fin 2021 (2).

 

94% des entreprises examinées ne disposent pas de plans de sortie crédibles (3). Parmi toutes les entreprises analysées :

  • Près d’un tiers continuent à développer de nouvelles capacités de production de charbon ;
  • Plus de la moitié ne prévoient pas de sortir du charbon à temps pour respecter l’Accord de Paris (4) ;
  • Les entreprises restantes se défaussent de leur responsabilité en vendant mines et centrales ou en les convertissant à d’autres énergies non soutenables comme le gaz et la biomasse au lieu de les fermer définitivement.

« On atteint l’ultime étape de l’application des politiques de sortie du charbon des acteurs financiers. Garantir dès maintenant l’adoption de plans de sortie progressive du charbon est indispensable si nous souhaitons tenir les objectifs climatiques et organiser une transition la plus juste possible. Or, notre analyse démontre que la demande de plans de sortie formulée par les acteurs financiers français n’a clairement pas été suivie d’effets. Nous attendons de Crédit Agricole BNP Paribas et autres acteurs financiers français qu’ils passent à l’étape supérieure dès le 1er janvier 2022, en sanctionnant les entreprises ne disposant pas de plans de sortie crédibles. Nous ne manquerons pas d’analyser l’évolution des portefeuilles de ces acteurs et de signaler d’éventuelles incohérences entre les paroles et les actes » déclare Lucie Pinson, directrice de Reclaim Finance.

 

Parmi les clients de BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale qui ont encore bénéficié de nouveaux financements en 2021, on trouve par exemple des entreprises comme Glencore ou KEPCO – qui continuent à se développer dans le charbon – ou Enel – qui prévoit bien de sortir du charbon avant 2030 mais vend certaines centrales et en convertit d’autres au gaz fossile. 

 

Ces résultats révèlent ainsi les limites des démarches d’engagement, qu’elles soient menées individuellement ou à travers des initiatives collectives telles que le Climate Action 100+ (5). La moitié des entreprises de l’analyse de Reclaim Finance sont également engagées depuis 2017 par les centaines d’investisseurs de cette initiative mais ne démontrent pas de meilleurs résultats que les autres entreprises en termes de plans de sortie du charbon.

 

« Un nombre croissant d’acteurs financiers est prompt à refuser l’exclusion au motif d’engager les entreprises pour les pousser à se transformer mais force est de constater que les grandes démarches collectives d’engagement n’ont pas produit de résultats concluants, faute de demandes suffisamment précises – notamment concernant l’impératif de ne pas revendre ou convertir les centrales – et de perspectives de sanctions. Si l’engagement est aujourd’hui utilisé comme justification du statut quo, il peut encore redevenir une force de changement positif, à condition d’être considérablement renforcé, sur le fond comme sur la forme » ajoute Guillaume Pottier, chargé de campagne à Reclaim Finance.

 

L’engagement individuel, et notamment via les votes en Assemblées Générales, ne présente pas de résultats plus satisfaisants. Tout en demandant aux émetteurs de se doter de plans de sortie du charbon, Amundi a ainsi voté en faveur du plan « climat » de Glencore en 2021, document qui mentionne explicitement que la multinationale minière « continuera à exploiter [ses] mines de charbon jusqu’à la fin de leur durée de vie ».

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