L’ÉDITO DE LA SEMAINE PAR PHILIPPE CREVEL, LE CERCLE DE L’ÉPARGNE

La France est menacée par l’inflation des prix et des promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent et en disent long sur l’état d’esprit des électeurs. Malgré une dette publique supérieure à 110 % du PIB, un déficit qui dépasse 5 % du PIB et un solde commercial négatif de plus de 80 milliards d’euros en 2021, les différents programmes ont mis l’accent sur les dépenses et ont relégué au second plan la question d’un « éventuel retour à une gestion vertueuse des finances publiques ». L’État, accusé de tous les maux, est par ailleurs continuellement appelé à l’aide pour soutenir telle activité ou catégorie de citoyens.

Tenu d’indemniser les agriculteurs victimes du gel tardif, il est également sollicité pour venir en aide aux entreprises qui ont perdu des marchés en Ukraine ou en Russie, et se doit de compenser les pertes de pouvoir d’achat liées à la hausse des prix. En 2021, les dépenses publiques ont représenté près de 60 % de la création de richesses, un record au sein des pays avancés. Les prélèvements obligatoires ne pouvant suivre la hausse continue des dépenses publiques, les administrations publiques n’ont d’autres solutions que de faire appel à l’épargne française et internationale au prix d’un endettement croissant. L’idée de l’argent magique, gratuit, illimité s’est imposée comme une évidence.

Nul n’imagine que le règne de l’argent facile puisse prendre fin dans les prochains mois ou prochaines années. Tout recours massif à la facilité monétaire aboutit à des lendemains qui déchantent. En la matière, l’histoire est sans nuance. De l’or des Espagnols au XIVe siècle à la crise grecque en 2011 en passant par les assignats français de l’époque révolutionnaire, l’accumulation des déficits est une source d’inflation et mène à la banqueroute. La France sera rattrapée tôt ou tard par ses démons. Ses partenaires pourraient sonner la fin de la récréation au risque de provoquer une crise politique au sein de l’Union européenne ; à moins que les marchés mettent sous pression les prochains gouvernements.

Les taux historiquement bas pratiqués depuis une quinzaine d’années ont été une source d’économies artificielles pour l’État qui en a profité pour s’endetter. S’ils retrouvent demain leur niveau normal, voire incorporent une prime de risque plus importante au vu du poids de la dette publique française, le paiement de la dette accaparera alors une part croissante des recettes publiques

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