Par FABERNOVEL
Rapport sur les résultats du quatrième trimestre des géants de la TECH – “Gafanomics – The Quarterly”
Analyse globale des résultats des géants de la tech* pour le quatrième trimestre 2019.

2010-2020 : une décennie sous le signe de l’hégémonie des géants tech

Urgence climatique : les géants du numérique s’y penchent mais peuvent aller plus loin

Alors que la nouvelle économie a ouvert la voie à de nouvelles règles de création de valeur, ce rapport combine à la fois la vision financière, stratégique et technologique des experts de Fabernovel – analyse les moteurs des grandes entreprises technologiques et leur stratégie de développement.

Le secteur de la tech est le plus performant au dernier trimestre et sur 2019

Sur le plan boursier, le secteur de la Tech est en forte croissance ce trimestre (+19% sur les 3 derniers mois) et reste le secteur le plus attractif pour les investisseurs devant la santé (+12%)  ou les télécoms (+8%). Ces 3 derniers mois confirment d’ailleurs la performance globale des géants de la Tech. En 1 an, le cours de bourse de ces acteurs a grimpé de 42% écrasant littéralement tous les autres secteurs (que ce soit la santé, l’énergie ou la finance par exemple).

“L’augmentation des capitalisations boursières des 20 entreprises tech que Fabernovel a étudié dans ce Gafanomics Quarterly sur le dernier trimestre représentent à elles seules 1 300 milliards de dollars. L’équivalent du PIB de l’Espagne ou de la capitalisation boursière de Microsoft.” explique Jean-Christophe Liaubet, Managing Partner, Fabernovel.

 

Dans le TOP :  Tesla est inarrêtable 

Pour la deuxième fois consécutive, Tesla est profitable ce trimestre. Une  performance d’autant plus remarquable que la firme d’Elon Musk n’a dépensé aucun budget en publicité. Tesla a conçu 110 000 véhicules soit une augmentation de 23% de sa production aidé par la nouvelle Gigafactory 3 de Shanghai qui a sorti ses premiers Model 3. Elon Musk a annoncé en novembre le lancement de son pick-up électrique Tesla Cybertruck qui a séduit le public, tout en laissant perplexes les analystes financiers, qui sont nombreux à penser que ce modèle restera un produit de niche. Tesla affirme pourtant avoir déjà enregistré 150 000 réservations pour des premières livraisons fin 2021. Ces facteurs ont eu pour effet de doubler le cours de bourse de Tesla en l’espace de 3 mois.

La SURPRISE : Apple a fait son plus gros trimestre de tous les temps

Au quatrième trimestre 2019, Apple a déclaré un revenu trimestriel de 91,8 milliards de dollars (+9% par rapport à l’année précédente), un record absolu pour l’entreprise à la pomme. Si les ventes d’iPhone ont ralenti ces dernières années (-14% de chiffre d’affaires en 2019), la sortie du dernier iPhone 11, plus abordable que ses prédécesseurs, a dopé les ventes au dernier trimestre. L’iPhone, force motrice du groupe (environ 60 % des revenus) a montré sa résilience, générant 56 milliards de dollars au quatrième trimestre 2019 (+7,6 %). Par ailleurs, le segment wearables, maison et accessoire d’Apple (Apple Watch, AirPods, etc.) a dépassé les 10 milliards de dollars de recettes, soit une augmentation de 37 %. Quant aux services (App Store, Apple Music, Apple Pay, Apple TV +, etc.), ils ont réalisé leur meilleure performance, avec 12,7 milliards de dollars (+17%).

Dans le FLOP : Alphabet déçoit les analystes

Alphabet a déçu les attentes des analystes avec 46,1 milliards de dollars de revenus au quatrième trimestre contre 46,9 anticipés par les analystes. Les revenus publicitaires de Google ont augmenté (+17%), mais à un rythme décroissant. Google cherche donc des nouveaux moteurs de croissance à long terme (cloud, santé, banque) nécessitant des investissements colossaux qui impactent sa marge (de 24% au T4’17 à 20% au T4’19). Un marché qui a donc été plus sensible à cette baisse de marge qu’à la stratégie à long terme de Google. La communication financière d’Alphabet a néanmoins permis de limiter les dégâts avec une baisse de seulement -4% de son cours.

Pour la première fois ce trimestre, Alphabet a communiqué sur de nouveaux indicateurs : les revenus liés à Youtube et à son activité Cloud avec l’objectif de rassurer certains investisseurs face à la performance “décevante” de Google. En effet, ce nouvel indicateur a permis à Alphabet d’illustrer la croissance phénoménale de Youtube qui passe de 11,2 milliards de dollars de revenus en 2018 à 15,2 milliards de dollars en 2019 soit +36% de croissance. Si Youtube ne représente que 9% du chiffre d’affaires, cette croissance impressionnante illustre un service à fort potentiel comme l’a rappelé Sundar Pichai, le PDG de Google” analyse Jérémy Taïeb, Analyste Financier chez Fabernovel.

 

 

Le monde financier doit intégrer de nouveaux indicateurs. En plus des nouveaux chiffres données par Amazon et Alphabet, Reed Hastings, le pdg de Netflix expliquait lui même au NYtimes que le nombre d’abonnés n’était plus représentatif et qu’il devrait laisser place à la durée de visionnage, meilleur indicateur de l’engagement de ses abonnés” précise Agathe Martin, Analyste Financière chez Fabernovel.

 

2010-2020 : une décennie sous le signe de l’hégémonie des géants tech

Il y a 10 ans, les 10 plus grandes capitalisations boursières ne comptaient que 2 entreprises Tech : Microsoft et Amazon. 10 ans plus tard, ces derniers ont été rejoints par 6 autres entreprises Tech : Amazon, Alphabet, Facebook, Alibaba, Tencent et Visa.

Sur cette période, les Gafa ont multiplié leurs cours de bourse par 6 pour Google et Microsoft et jusqu’à 20 pour Amazon tout en augmentant leurs revenus. Pour autant ces 2 valeurs ne sont pas corrélées.  Les revenus de Facebook ont ainsi grandi plus vite que son cours de bourse à cause des scandales à répétition que le groupe a essuyé mais aussi probablement du fait de sa trop forte valorisation à son entrée en bourse.

En revanche, Microsoft a multiplié son cours de bourse par 6, en multipliant ses revenus par 2 seulement et illustre la confiance des investisseurs dans l’évolution récente de son modèle économique (lié aux services).

La dernière décennie a été la scène de la révolution du Cloud Computing dans les entreprises. Bien que le cloud remonte aux années 2000, il a clairement pris son essor au cours des années 2010 en changeant complètement la façon dont les entreprises organisent leur informatique avec un accès à une infrastructure informatique plus sûre, plus évolutive et plus puissante, tout en apportant de la flexibilité et des coûts réduits.

Microsoft avec 44 milliards de dollars (+21%) – selon les estimations de Fabernovel et Amazon avec  35 milliards de dollars (+36%) se partagent le marché sans compter l’arrivée de Google qui investit massivement avec une de 53% pour 9 milliards de chiffres d’affaire en 2019.

La période 2010-2020 a été aussi une guerre d’interface. Alors que le mobile est devenu l’interface dominante avec 3,5 milliards d’utilisateurs, offrant des positions stratégiques à Apple et Google, d’autres interfaces ont émergé. L’essor de la voix et bientôt de l’AR/VR permet à d’autres géants du numériques comme Facebook ou Amazon et de devenir peut-être les plateformes dominantes du futur.

Si les géants de la Tech ont bien grossi, ils ont aussi et surtout changer les usages et bouleverser le quotidien des consommateurs. Début 2020, ce sont 390 030 applications qui ont téléchargées sur les places de marchés d’Apple et Google contre 5 312 en 2010. Une minute sur internet en 2020 c’est 4,5 millions de vidéos vues sur Youtube ou  41,6 millions de messages envoyés sur WhatsApp et Messenger pour moins de 1 millions en 2010 dans les deux cas. Des usages que l’on peut remettre en question à l’heure de l’urgence climatique.

Focus :  les géants du numérique se penchent sur l’urgence climatique mais peuvent aller plus loin

Avant même que Greta Thunberg et sa génération se choisissent un métier, on commence à entendre dire que la Tech est la nouvelle finance. Sur les campus, les jeunes diplômés ont à se justifier pour rejoindre Google ou Facebook, comme en 2009 leurs prédécesseurs devaient le faire pour rallier les rangs de Société Générale ou Goldman Sachs.

Si les performances financières (revenus) des géants du numérique ont été globalement bonnes, le quatrième trimestre a été marqué par une prise de conscience sur les problématiques éthiques (environnement, social et gouvernance). Facebook a investi notamment dans ses talents avec aujourd’hui 1000 ingénieurs qui travaillent sur les questions de protection de la vie privée. Microsoft a annoncé son plan extrêmement précis pour atteindre un impact carbone négatif à 2030 et Amazon la neutralité carbone à 2040.

Et le temps presse pour le secteur. Si les géants du numérique nous ont permis de réduire notre consommation de papier et d’autres éléments matériels comme le CD-rom, ils ne sont pour autant pas sans impact sur notre planète. Au contraire, le numérique représente aujourd’hui 4% des émissions de gaz à effet de serre contre 2,8% pour le trafic aérien, selon les estimations du think tank The Shift Project.

En 2012, alors que Greenpeace révélait un rapport « How clean is your cloud » dénonçant la consommation énergétique des Gafa, Apple réagit rapidement en s’engageant dans un virage vers 100% d’énergies renouvelables d’ici la fin d’année. Les autres Gafa ont pris le pas et ont tous annoncé d’ici à 2030 (pour le plus tardif des Gafa, Amazon) avoir adapté leur mix énergétique, afin de minimiser l’impact de leurs émissions directes sur l’environnement.

Mais avec la pression des consommateurs, des employés et des investisseurs, les mesures initiées pour réduire les émissions relatives aux scopes 1 & 2 du GHG Protocol (émissions directement liées au business model) ne suffisent plus. Les acteurs du numérique doivent initier des changements sur toute leur chaîne de valeur. Des initiatives commencent à voir le jour comme celle d’Apple avec son Supplier Clean Energy Program que 44 de ses fournisseurs ont ratifié (s’engageant ainsi à livrer à Apple des produits fabriqués à 100% avec de l’énergie renouvelable). C’est le cas également de Facebook dont 50% des employés du Menlo Park utilisent des moyens de déplacements alternatifs au lieu de s’y rendre seul.
Dans son plan carbone négatif à 2030, Microsoft innove et semble vouloir montrer également la voie : son objectif est calculé sur l’ensemble de sa chaîne de valeur (de ses fournisseurs à ses clients i.e scope 3) et sans recours aux mécanismes de compensation habituels. En d’autres termes, Microsoft a pour ambition de retirer autant de CO2 présent dans l’atmosphère, qu’il n’en émettra directement ou indirectement.

Parmi ces mesures parfois spectaculaires, l’investissement de ces géants du numérique semble pourtant encore trop minime si on le rapporte à leur capacité financière. A eux cinq – Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft – ils ont en 2019 agrégé 72 milliards de dollars de cash, alors que le seul budget de l’EPA (l’agence américaine pour la protection de l’environnement) est de 8 milliards par an en moyenne depuis 2001.

Le modèle économique est en fait le véritable coeur du problème. En tant que plateformes, la proposition de valeur de ces entreprises augmentent à mesure que leur part de marché et d’usage augmentent – c’est un des éléments que Fabernovel a théorisé dans ses études Gafanomics,  appelé la “Boucle de Valeur”.

En d’autres termes, l’hyperconsommation et le temps d’attention décuplés de ses clients font leur succès et ne les encouragent pas à agir autrement.

Mais la responsabilité est partagée entre tous les protagonistes remplis de contradictions : les investisseurs demandent de la profitabilité court-terme et en même temps de remplir des critères de responsabilité environnementale et sociale de plus en plus stricts, les employés demandent plus de prise de responsabilité de la part de leur employeur, mais ne sont pas toujours prêts à compromettre leur niveau de vie et enfin, les consommateurs veulent consommer plus responsablement, mais restent accros à leurs divers écrans.

Charge aux Gafa d’être les initiateurs d’un nouvel équilibre : intégrer le design responsable dans la conception de leurs produits et services, réinvestir une part grandissante de leurs profits dans des initiatives environnementales, mais aussi et avant tout informer et éduquer tout un chacun sur l’impact de leur consommation – qui sait aujourd’hui quel impact représente le visionnage d’un film en HD sur netflix ? – les initiatives, plus profondes, elles ne manquent pas.

*L’échantillon étudié sur ce trimestre : Apple, Microsoft, Samsung, Alphabet, Tesla, Salesforce, Snap, Baidu, Spotify, Lyft, Square, Zoom, Twitter, Paypal, Netflix, Uber, Amazon, Tencent

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