Depuis 2020 et la mise en place de mesures de soutien monétaire et économique pour faire face à la crise Covid, les marchés avaient perdu une part de leur sensibilité aux chiffres macro et microéconomiques.

 

Les mauvais chiffres étaient alors accueillis relativement favorablement car ils étaient la garantie que les banques centrales allaient rester accommodantes encore longtemps et les bons chiffres économiques ainsi que les résultats d’entreprises meilleurs qu’attendus étaient également salués à la hausse par les marchés financiers.

 

Mais le contexte a changé. La Réserve Fédérale a cessé ses achats d’actifs, a entamé un cycle de redressement des taux et va bientôt commencer à réduire la taille de son bilan (qui plafonne aux alentours des 9000 milliards de dollars depuis quelques semaines) pour faire fléchir la plus forte progression des prix observée aux Etats-Unis depuis le début des années 80.

 

Le durcissement du discours de la Fed puis le retrait de ces mesures monétaires ultra-accommodantes a eu des effets très concrets sur les taux souverains avec des redressement spectaculaires : le taux 2 ans qui évoluait à seulement 0.2% en septembre dernier a grimpé à plus de 2.8% ce mois-ci !

 

Les taux de crédit aux Etats-Unis se sont logiquement redressés de façon musclée : le taux de crédit hypothécaire à 30 ans évoluait encore à 3% en septembre contre…5.5% ce mois-ci. Ce taux de crédit a doublé depuis le point bas touché fin 2020 !

 

Et les conséquences de ce durcissement des conditions financières commencent à se voir sur le marché immobilier américain : les ventes de logements neufs ont lourdement chuté de 16.6% en avril. C’est la troisième plus forte baisse mensuelle observée post crise des subprimes aux Etats-Unis. On constate aussi un ralentissement sur les ventes de logements existants et également sur les permis de construire.

 

Les taux de crédit ne sont évidemment pas les seuls responsables, la forte hausse des prix immobiliers liée à la hausse des matières premières, aux pénuries et aux hausses de salaires joue également un rôle.

 

Les marchés actions sont devenus plus sensibles aux déceptions sur les données macroéconomiques. Mais également microéconomiques comme on a pu le constater il y a quelques jours avec des publications décevantes des chaines de distribution aux Etats-Unis qui ont eu un impact baissier immédiat sur les indices actions car faisant planer des craintes sur l’appétit de consommation dans ce contexte d’envolée des prix.

 

La contraction du PIB américain au premier trimestre fait désormais planer un doute sur la vigueur de l’économie américaine avec des craintes de récession en toile de fond. Sans oublier certaines « guidances » plus prudentes d’entreprises américaines pour le deuxième trimestre, dont on ne connaîtra les prochains résultats qu’en juillet.

 

Les indices de « surprise économique », qui traduisent la différence entre le consensus et le chiffre publié, se replient en Europe et aux Etats-Unis depuis plusieurs semaines, et les marchés actions y sont sensibles. D’autant plus sensibles que les banques centrales normalisent leur politique monétaire et qu’il n’y a donc pas de pivot à attendre de leur part, au moins dans la communication, tant qu’on n’observe pas un revirement des prix sur plusieurs mois.

 

Nous devrions continuer à assister pendant quelques temps à des phases hésitantes voire encore défensives sur les marchés actions européens et américains, qui sont désormais beaucoup plus sensibles aux données économiques.

 

Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marchés chez IG France

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