Nicolas Leclerc, cofondateur du cabinet de conseil en énergie OMNEGY, vous propose son analyse des fluctuations du marché de l’énergie. Cette semaine, les prix du gaz et de l’électricité sont en nette baisse en France, grâce à la géopolitique, à la reprise à la normale des exportations de gaz américain et à des températures plus douces que prévu.
Macroéconomie & Géopolitique : le début du mois de février a été pour le moins compliqué sur les marchés financiers, avec de sévères corrections sur les valorisations d’entreprises mais également sur le prix des matières premières. Ces dégagements semblent avoir été effacés vendredi, avec une hausse de +2 % pour le S&P500 et 2,2 % pour le Nasdaq 100.
Le patron de NVIDIA, Jensen Huang, a participé à ce rebond, grâce à une interview dans un grand média télévisé, dans laquelle il a martelé que les investissements faramineux dans l’IA vont permettre des avancées exceptionnelles et de maintenir une forte croissance dans le domaine de la tech. Les actifs les plus spéculatifs du moment ont donc bien rebondi vendredi (argent, or, bitcoin).
Dans les prochains jours, les chiffres sur l’inflation et l’emploi aux États-Unis vont être publiés, et de nombreuses entreprises doivent encore publier leurs résultats trimestriels du Q4 2025, ce qui donnera une direction plus claire aux marchés.
Gaz naturel: -2,8 % sur les prix pour 2027 et -10,1 % pour les prix de mars 2026
Les prix du gaz ont largement diminué la semaine passée, dans un contexte d’apaisement géopolitique, de températures clémentes, d’une moindre pression spéculative ainsi que d’un retour en force du GNL américain.
Concernant l’offre, les flux de gaz en provenance de la Norvège demeurent très élevés, avec 2,8 TWh/j exportés vers l’UE27. Du côté du GNL, les flux ont légèrement diminué sur la semaine, à 3,8 TWh/j contre plus de 4 TWh/j la semaine passée. Toutefois, la fin de la tempête arctique aux Etats-Unis a permis une forte baisse des prix du gaz dans le pays ainsi qu’une reprise à la normale de leurs exportations de GNL. Cette situation a évidemment eu un effet baissier immédiat sur le continent européen.
En plus de cela, les discussions apaisées entre Américains et Iraniens, de même que des prévisions de températures au-dessus de la normale pour les 15 prochains jours (+1 à +4 degrés) ont accompagné le mouvement baissier. Dans ce contexte, les fonds spéculatifs ont réduit leurs positions haussières sur le prix du gaz.
La seule ombre au tableau concerne les stocks de gaz, remplis à 37 % seulement, contre 51 % l’année dernière à la même période. L’UE27 devra plus que jamais compter sur le GNL, principalement en provenance des Etats-Unis, pour remplir ses stocks à la sortie de l’hiver.
Électricité :-2,3 % sur les prix pour 2027 et -12,1 % pour les prix de mars 2026
De la même manière que pour le gaz, le prix de l’électricité a diminué de manière nette, principalement à court terme, après une période de prix plutôt élevés.
A court terme, la baisse de près de 12% du prix pour le contrat de mars est à attribuer à l’évolution des prévisions météorologiques, qui anticipent un redoux pour les 14 prochains jours, avec des températures de 1 à 4 degrés au-dessus de la normale de saison. A cela devraient s’accompagner des conditions plus venteuses, alimentant ainsi la production éolienne sur le marché. Cette situation, en plus de la baisse du prix du gaz ainsi que du CO₂, explique la baisse du prix sur le marché.
A plus long terme, les prix calendaires français se sont remis dans le droit chemin des autres pays européens, avec une backwardation qui apparaît à nouveau (prix à court terme > prix à long terme), et des prix intégralement sous les 50 €/MWh entre 2027 et 2030. La disponibilité nucléaire reste satisfaisante, à 56 GW, avec 47 réacteurs actifs. Toutefois, le nouvel EPR d’EDF à Flamanville n’a toujours pas redémarré. Il devrait être reconnecté au réseau aujourd’hui même à 23h.
La nouvelle feuille de route énergétique française, courant jusqu’à 2035, devrait être publiée cette semaine.
Pétrole : -3,33 % sur le prix du pétrole brut
Le pétrole chute enfin, après plus d’un mois de hausse ininterrompue sur les marchés (+16,4%). La semaine passée, Américains et Iraniens ont pu se rencontrer et échanger à Oman, principalement au sujet du programme nucléaire iranien et de ses mesures de contrôle. A ce stade, les discussions n’ont pas visé d’autres aspects de la politique iranienne ou le contrôle d’autres armes que possède le régime (missiles balistiques). Une nouvelle rencontre doit avoir lieu cette semaine entre les deux Etats. Cette situation plus apaisée permet aux prix du pétrole de diminuer et à la probabilité d’un conflit dans la région de s’éloigner.
Sur un autre sujet, les raffineries indiennes semblent s’être engagées à ne plus acheter de pétrole russe, suite à la signature d’un accord commercial entre l’Inde et les Etats-Unis. Le ministre indien des affaires étrangères a toutefois indiqué que la sécurité énergétique du pays restait la priorité du gouvernement.
Co2: -3,1% sur le prix des quotas pour décembre 2026
Le prix du CO₂ poursuit sa chute après avoir brièvement dépassé les 90 €/tonne il y a quelques jours. Le prix des quotas se situe actuellement au plus bas depuis près de 4 mois. La chute des prix est principalement due à un retournement du marché, avec plus de positions baissières sur le CO₂ et la vente de positions haussières, par certains fonds. La baisse est également liée à l’octroi, en quantités plus importantes, de quotas gratuits à destination de l’industrie européenne, pour soutenir sa compétitivité, ce qui décale dans le temps le resserrement du marché sur la réduction du nombre de quotas en circulation.
Charbon: +0,13% sur la tonne de charbon
Le charbon a plongé la semaine passée, avant de remonter fortement, suite à des spéculations concernant la volonté du gouvernement indonésien de réduire les quotas annuels de production pour sept producteurs, suggérant une réduction impactante des exportations de charbon du pays. Cette nouvelle soutient évidemment le cours, dans un contexte hivernal.
Prix du gaz dans le monde :
Le prix du gaz en Europe ainsi qu’en Asie a diminué à la suite de l’effondrement du prix du gaz aux Etats-Unis. La tempête arctique qui a affecté le pays de l’Oncle Sam s’est terminée, permettant une reprise à la normale des exportations de GNL dans le pays et un retrait généralisé des prix du gaz dans le monde.