lun. Avr 7th, 2025

Par Lale Akoner, analyste de marchés chez eToro

Les États-Unis devraient annoncer un vaste nouveau plan de tarifs douaniers le 2 avril, surnommé le “Jour de la Libération” par Donald Trump. Bien que le président ait déjà mis en place une série de droits de douane, il promet que cette annonce sera “la plus importante”.

Les détails précis du plan restent flous, notamment s’il s’agira d’un tarif universel ou de taux spécifiques selon les partenaires commerciaux. Cependant, il serait principalement axé sur des tarifs réciproques, visant les pays qui appliquent des droits de douane plus élevés sur les produits américains que les États-Unis n’en imposent sur leurs marchandises. La nouveauté de cette initiative réside dans le fait que les États-Unis ne riposteraient pas uniquement aux droits de douane étrangers, mais aussi aux taxes sur la valeur ajoutée (TVA) et à d’autres barrières non tarifaires.

Inclure la TVA dans le plan tarifaire en imposant aux importations américaines le même taux que celui appliqué par le pays exportateur, tout en la remboursant sur les exportations américaines, aurait un impact économique plus important que des tarifs réciproques seuls. Le problème majeur est que la TVA est intégrée aux systèmes fiscaux de nombreux pays et qu’elle est peu susceptible d’être modifiée. Contrairement aux tarifs traditionnels, qui peuvent être renégociés, cette approche pourrait instaurer des barrières commerciales de long terme plutôt que de servir d’outil de négociation à court terme. Des pays comme le Mexique, l’Irlande et le Vietnam seraient parmi les plus touchés.

Aux États-Unis, le risque de récession a augmenté, bien que cela ne soit pas encore le scénario le plus probable en avril 2025. Le ralentissement de la croissance devrait se poursuivre, avec une pression à la hausse sur les prix à la consommation, qui devrait cependant s’atténuer sous l’effet de politiques budgétaires et monétaires restrictives.

Quel impact pour les investisseurs ?

Ce plan accentuerait l’incertitude sur le commerce mondial, notamment pour les entreprises dépendant des importations ou des chaînes d’approvisionnement internationales. En revanche, le secteur des services, moins exposé aux droits de douane, pourrait représenter une option plus stable pour les investisseurs.

Parmi les entreprises qui pourraient mieux résister, voire tirer parti des nouvelles taxes aux frontières, figurent certaines institutions financières comme Bank of America (BAC), JPMorgan (JPM), Mastercard (MA) et Prudential (PRU.L), ainsi que des groupes industriels comme Boeing (BA), Caterpillar (CAT) et General Electric (GE).

À l’inverse, les détaillants et les constructeurs automobiles très dépendants des importations, tels que Walmart (WMT), Nike (NKE), Gap (GAP) et Toyota (TM), pourraient voir leurs marges se réduire significativement.

En résumé, si ces tarifs entrent en vigueur, investir dans des entreprises américaines axées sur les services pourrait offrir plus de stabilité que les producteurs de biens à vocation mondiale.

En discutant avec les clients, le consensus semble être de 10 à 15 % pour les tarifs douaniers (peut-être plus proche des 10 %), ce qui est largement similaire à notre point de vue. Toutefois, les médias ont récemment fait état d’une base tarifaire de 20 %, ce qui serait plus élevé que prévu et réduirait le risque.

M. Bessent se serait prononcé en faveur d’une introduction progressive des droits de douane, mais Mme Leavitt a déclaré, lors de sa conférence de presse du 1er avril, que les droits de douane entreraient en vigueur « immédiatement ». En discutant avec les clients, on s’attend de plus en plus à ce qu’ils prennent effet presque immédiatement.

Les commentaires de Bessent suggèrent que les droits de douane seraient fixés au « maximum », les pays pouvant ensuite renégocier à la baisse (ce qui donne un certain crédit à l’idée de droits de douane de 20 %, les pays pouvant ensuite revenir en arrière). Nomura a toujours considéré qu’à moyen terme, les droits de douane seraient plus élevés qu’avant Trump 2.0, mais moins élevés que les annonces récentes et à venir.

 

Quel serait l’impact des droits de douane américains sur la zone euro ?

Nous pensons que des droits de douane globaux de 10 % – si l’Europe prend des mesures de rétorsion équivalentes – réduisent de 30 points de base la croissance du PIB de la zone euro et n’ajoutent que 10 points de base à l’inflation IPCH de la zone euro. Nous restons d’avis que les droits de douane américains sur l’Europe – et les droits de douane de rétorsion – ne seraient pas nécessairement très inflationnistes en Europe en raison de la forte baisse du pouvoir de fixation des prix des entreprises manufacturières. En outre, les risques déflationnistes découlent des droits de douane américains imposés à la Chine par le biais du dumping des marchandises.

L’analyse de la BCE est toutefois différente. Le personnel de la BCE estime que des droits de douane globaux de 25 % – dans le cas où l’Europe riposte de manière équivalente – réduisent de 50 points de base la croissance du PIB de la zone euro (nous fixerions ce chiffre à 70 points de base pour ce niveau de droits de douane) et augmentent de 50 points de base l’inflation IPCH de la zone euro (nous fixerions ce chiffre à 25 points de base pour ce niveau de droits de douane).

Si l’on considère des droits de douane de 25 % sur les importations d’acier, d’aluminium et d’automobiles, des droits de douane additifs par pays rendraient les taux de droits de douane sur certains produits très punitifs. Des droits de douane plus élevés sur les secteurs les plus exposés aux États-Unis pourraient nuire davantage à la croissance du PIB de la zone euro que des droits de douane globaux de moindre ampleur. En outre, l’incertitude persistante liée aux droits de douane affectera le moral des entreprises.

Séparément, nous avons les données sur le chômage en Espagne pour le mois de mars et nous nous attendons à une nouvelle baisse. Dans son dernier discours, elle n’a pas soulevé la question du ralentissement du rythme des réductions et des questions subsistent quant à savoir si les faucons font toujours pression pour un saut en avril. La période de silence de la BCE commence le 10 avril.

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