A inflation exceptionnelle, mesures monétaires exceptionnelles : les marchés monétaires penchent vers une hausse de taux 0.75% d’un coup pour trois des principales banques centrales de la planète. A quelques jours d’intervalles, nous allons assister à un tir groupé de la BCE, la Fed et la Banque d’Angleterre pour frapper un grand coup contre l’inflation.

 

Il est difficile d’imaginer autre chose qu’un discours « faucon » de Christine Lagarde pendant la conférence de presse qui suivra la décision sur les taux. Notamment après les propos d’Isabelle Schnabel, membre du directoire de la BCE, qui a estimé fin août que même si l’économie européenne entrait en récession, il n’y aurait quasiment pas d’autres alternatives que de poursuivre sur la voie de la normalisation monétaire.

 

Un discours trop équilibré de la présidente de la BCE poserait aussi le risque d’envoyer un message de complaisance au grand public, fortement impacté par les hausses de prix. La confiance des consommateurs en zone euro est tombé cet été à son plus bas niveau depuis la crise de la dette mais également depuis la crise des subprimes. Même si une partie de l’inflation est imputable à la géopolitique, la BCE ne prendra pas le risque de voir les anticipations se « désancrer » car cela traduirait une perte de crédibilité vis-à-vis de la capacité de la BCE à ramener l’inflation vers l’objectif de 2%.

 

Le son de cloche est le même de part et d’autre de l’Atlantique : il faut taper fort et à court terme, même s’il faut en passer par une récession, car sinon les coûts à long terme pour l’économie seraient beaucoup trop importants. Les banquiers centraux des économies développées se sont donc accommodés de possibilité d’une récession, ce n’est clairement plus un sujet tabou.

 

Est-ce qu’une forte hausse de taux accompagnée d’un discours « hawkish » peut déstabiliser un peu plus les marchés financiers ? C’est clairement un risque à court terme…mais si la probabilité d’une hausse de taux de 0.75% s’est accrue sur les marchés monétaire, c’est que cette possibilité est déjà en partie intégrée par les marchés actions qui se doutent qu’avec une inflation à plus de 9%, les demi-mesures ne non pas suffisantes. Même si la progression des salaires est plus faible en zone euro qu’aux Etats-Unis et que le conflit géopolitique est en partie responsable de l’accélération de l’inflation ces derniers mois, la BCE va devoir envoyer un message de fermeté.

 

Il est également important de considérer que la baisse des marchés européens depuis le début d’année était aussi une anticipation d’une réaction à venir de la part de la BCE face à la poussée des prix. Une partie de la normalisation monétaire à venir de la BCE est déjà intégrée dans les cours. Le risque de correction supplémentaire semble désormais plus lié à l’évolution du contexte géopolitique et de disponibilité de l’énergie qu’aux décisions monétaires. Le net redressement des taux souverains depuis quelques mois est aussi le signe de cette anticipation du marché obligataire.

 

Reste l’euro. La baisse de l’euro face au dollar est la résultante d’une inflation américaine qui est apparue plus fortement et avant l’inflation en Europe. La résultante d’un discours de la Fed qui s’est musclé avant celui de la BCE. Et enfin la résultante des pressions géopolitiques qui s’exercent sur l’Europe avec l’envolée des prix et les risques économiques associés. Le risque de voir l’euro se balader quelques temps sous la parité avec le dollar est présent mais la chute depuis les 1.2350$ en 2020 intègre déjà une bonne partie des risques. Il ne s’agit pas seulement d’une faiblesse de l’euro mais aussi beaucoup de la force du dollar qu’on observe face aux principales devises majeures comme la livre ou le yen par exemple. Le Dollar Index est désormais au plus haut depuis 2002.

 

La trajectoire baissière de l’euro pourrait donc surtout s’infléchir quand les chiffres d’inflation aux Etats-Unis confirmeront la formation d’un sommet, et pas forcément en fonction de l’actualité européenne. Et cela pourrait bien être seulement une question de semaines que de mois.

Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marchés chez IG France

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