Points clés sur la réunion de la Fed
Nous nous attendons à ce que la Fed maintienne son taux directeur inchangé à 3,5–3,75 %, avec un communiqué qui devrait insister sur le fait que « les implications restent incertaines » et que le Comité demeure « attentif aux risques des deux côtés du mandat ». La question centrale de cette réunion est de savoir si la Fed envisage encore des baisses de taux ou si elle a déjà adopté une position sans baisse pour cette année.
Le président Powell devrait adopter un ton prudent concernant tout changement de politique à court terme, en réitérant les conditions nécessaires à d’éventuelles baisses, tout en précisant que des hausses ne sont pas envisagées dans le scénario de base. Le principal risque serait qu’il exprime ouvertement son scepticisme quant à la nécessité de baisser les taux cette année, ou que le communiqué supprime la référence à des « ajustements supplémentaires » des taux. Nous prévoyons que le FOMC maintiendra les taux stables avant de les baisser en septembre et en décembre, mais les risques penchent vers une période de statu quo plus longue, compte tenu de l’inflation élevée et de la solidité des données économiques. Les marchés surveilleront également toute annonce concernant les projets de Powell, car il pourrait s’agir de sa dernière conférence de presse à ce poste.
2. Contexte sur la possible nomination de Kevin Warsh
L’audition de confirmation de Warsh est toujours en cours, avec une attention particulière portée à ses investissements personnels passés et à ses prises de position publiques. Il a éludé les questions sur ses orientations de politique monétaire, répétant à plusieurs reprises qu’il « ne croit pas à la forward guidance » et en insistant sur le fait qu’il « n’a jamais pris d’engagement » auprès du président Trump concernant une baisse des taux.
· Cela dit, il s’est montré optimiste à la fois sur l’inflation et sur le marché du travail. Il a souligné à plusieurs reprises que le potentiel de l’économie s’accroît rapidement et que l’offre évolue de façon spectaculaire, faisant plusieurs références à l’intelligence artificielle.
· Contrairement aux attentes dovish (accommodante) selon lesquelles il plaiderait immédiatement pour des baisses de taux, cela ne s’est pas matérialisé et peut être interprété comme une position plus hawkish (restrictive). Cependant, ses arguments selon lesquels la tendance de l’inflation s’améliore, combinés à ses nombreuses mentions des gains du côté de l’offre et de potentielles réformes du cadre de politique monétaire de la Fed, laissent la porte ouverte à des baisses de taux plus tard.
· Warsh a noté que « la tendance de l’inflation est assez favorable », citant des mesures alternatives de l’inflation (moyenne tronquée, médiane, etc.) et qualifiant les données actuelles d’« assez imparfaites ». Sa première priorité à la Fed serait donc un « projet sur les données ». Il a rejeté l’idée que le dépassement de l’inflation soit dû aux droits de douane, l’attribuant plutôt à des erreurs passées de la Fed.
· Warsh a également qualifié le marché du travail de « proche du plein emploi ».
· Il s’est aussi prononcé explicitement en faveur d’un bilan de la Fed plus réduit, avec le taux d’intérêt comme principal outil de politique monétaire. Il n’a pas précisé l’ampleur de cette réduction, mais a ajouté que toute réduction serait faite « lentement et de manière réfléchie », afin de ne pas « perturber les marchés financiers », ce qui correspond à notre vision d’un processus lent nécessitant d’abord des changements réglementaires.
Alexandre Baradez, Responsable Analyses Marchés chez IG France
| Alors que les marchés actions européens et américains ont enchaîné plusieurs semaines de hausses d’affilée, des données économiques publiées ces dernières semaines envoient un signal différent.
On peut commencer par citer la forte révision à la baisse par l’Allemagne de sa prévision de croissance 2026 : elle a tout simplement été divisée par deux en l’espace de quelques mois, passant de 1% à seulement 0.5%. De nouvelles prévisions qui s’alignent globalement sur celles des principaux instituts de conjoncture économique allemands, en raison de la hausse marquée des prix de l’énergie. Et ce matin, la publication des indices d’activité PMI pour le mois d’avril est venue confirmer ce sentiment : Le secteur privé allemand s’est contracté pour la première fois en près d’un an, la guerre en Iran ayant freiné la reprise économique du pays, affectant la demande et faisant grimper les prix. L’indice PMI Composite allemand a brusquement chuté à 48.3 en avril, son plus bas niveau en 16 mois. Le repli est principalement dû à une forte contraction de l’activité dans le secteur des services, qui a enregistré son plus fort repli en près de trois ans et demi à 46,9 (contre 50.9 en mars). La croissance de la production manufacturière, quant à elle, a également ralenti, l’indice PMI manufacturier passant de 54.0 en mars à 51.7 en avril. A l’échelle européenne, on note également que l’indice PMI Composite s’est contracté en avril, retombant à 48.6 contre 50.7 en mars. Et ce serait peut-être une erreur de croire que l’économie américaine restera immunisée contre le choc énergétique des deux derniers mois. Certes les Etats-Unis sont nettement moins dépendants que l’Europe des importations d’énergie, mais pour autant les anticipations de croissance pour le premier trimestre ont fondu depuis le début des évènements en Iran. Le modèle de prévision de la Fed d’Atlanta, qui actualise ses anticipations de croissance très régulièrement en fonction des données économiques publiées aux Etats-Unis, anticipait encore mi-février une croissance annualisée supérieure à 3% au premier trimestre. Mais cette prévision s’est sensiblement dégradée ces dernières semaines pour tomber à seulement 1.2% (annualisée…). Sachant qu’après la publication des chiffres de production industrielle le 16 avril, cette prévision de croissance annualisée pour le premier trimestre est même tombée à seulement 0.9%…avant de rebondir à 1.2% après la publication des ventes au détail quelques jours plus tard. Il s’agit donc d’une anticipation de croissance plutôt faible d’environ +0,3 % pour le premier trimestre, nettement inférieure à la moyenne des dernières années. Les indices PMI d’activité ont rebondi en avril aux Etats-Unis, toutefois le rythme global de croissance est resté modéré, notamment dans le secteur des services. Si la production manufacturière a affiché une progression solide, cette hausse s’explique en partie par la constitution de stocks face aux inquiétudes concernant la disponibilité des approvisionnements et la flambée des prix. L’inflation des coûts des intrants s’est accélérée et les retards d’approvisionnement se sont aggravés à un rythme inédit depuis mi-2022. |
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