lun. Avr 27th, 2026

Par Omnegy,

La géopolitique a repris le contrôle des marchés cette semaine. Après la brève accalmie liée à la réouverture du détroit d’Ormuz jeudi 17 avril, l’Iran a refermé le passage dès le week-end suivant et attaqué trois navires, provoquant un rebond brutal du gaz (+16,5%) et du pétrole (+16,5%). Le cessez-le-feu est prolongé mais vidé de sa substance, et les négociations s’enlisent :

Macroéconomie & Géopolitique :

Les marchés rouvraient lundi 20 avril dernier en forte hausse, effaçant en quelques heures la correction de la semaine précédente. L’Iran a proposé aux Etats-Unis une nouvelle offre pour rouvrir le détroit d’Ormuz et mettre fin à la guerre, d’après le média américain Axios. De son côté,  Trump a annulé ce week-end un voyage de hauts diplomates au Pakistan pour de nouvelles discussions sur l’Iran.***

Mardi, les Gardiens de la Révolution ont attaqué trois navires dans le détroit et en ont saisi deux, qualifiant le blocus naval américain de violation du cessez-le-feu. En réponse, Trump a ordonné à l’US Navy de « tirer et tuer » toute vedette iranienne posant des mines dans le détroit. Le Commandement central des Etats-Unis a indiqué avoir repoussé 31 navires depuis le début du blocus.

Côté diplomatique, l’impasse se confirme. Trump a prolongé le cessez-le-feu avec l’Iran, mais pour quelques jours seulement. Les envoyés Kushner et Witkoff devaient se rendre à Islamabad, mais le déplacement a été annulé mercredi. La médiation pakistanaise se poursuit sans percée visible. Selon l’Organisation Maritime Internationale, 20 000 marins et 2 000 navires restent bloqués dans le Golfe persique.

L’EUR/USD est stable à 1,172 $. La BCE et la Fed maintiennent leur posture attentiste face à la volatilité des marchés de matières premières.

Gaz naturel: +13,1% sur les prix pour 2027 et  +16,5% pour les prix de mai 2026

Le PEGAS Mai 2026 rebondit à 44,16 €/MWh (vs 37,90), effaçant intégralement la baisse de la semaine précédente. Le Cal-2027 remonte à 36,64 €/MWh (vs 32,38) et le Cal-2028 à 28,14 €/MWh (vs 25,71). Les prix retrouvent leurs niveaux du 13 avril, avant même l’annonce de réouverture d’Ormuz.

Le rebond est entièrement géopolitique. La refermeture du détroit réinstalle le scénario de perturbation prolongée des flux de GNL : les émissions européennes chutent à 3,77 TWh/j (vs 4,45), soit -15%. Côté offre structurelle, 17% de la capacité de Ras Laffan a été endommagée par une frappe iranienne et ne reviendra pas en ligne avant 3 à 5 ans (QatarEnergy). L’AIE estime que la guerre a déjà réduit de 15% l’offre mondiale de GNL sur 2026-2030.

Les fondamentaux printaniers restent porteurs : flux norvégiens à 282 Mm³/j, Europe à 30,8% de remplissage (351 TWh), France à 29,1% (36 TWh). L’injection a progressé plus vite qu’attendu, ce qui explique en partie pourquoi le M+1 est resté autour de 45 €/MWh. Mais la prime géopolitique l’emporte largement tant que le détroit reste fermé.

 

Électricité : +5,6 % sur les prix pour 2027 et  +5,5% pour les prix de mai 2026

Le Base Mai 2026 remonte à 24,24 €/MWh (vs 22,98) et le Cal-2027 repasse à 54,90 €/MWh (vs 52,00). Le Cal-2028 progresse plus modestement à 51,54 €/MWh (vs 50,40). La hausse de l’électricité reste sensiblement plus contenue que celle du gaz, grâce aux fondamentaux du mix français.

La disponibilité nucléaire remonte à 48,1 GW, un plus haut depuis début mars. Les températures se rapprochent des normales saisonnières (+0,5°C d’écart contre +3°C la semaine précédente).

Le marché est tiré vers le haut par le gaz et l’interconnexion avec les voisins européens au mix plus fossile. Mais le nucléaire à 48 GW et les prix spot encore bas limitent la contagion. Le Cal-2027 reste sous les 55 €/MWh, un niveau à surveiller si la situation géopolitique continue de se dégrader.

Pétrole : +16,94 % sur le prix du pétrole brut
Le Brent bondit de 90,38 à 105,33 $/baril, repassant au-dessus des 100 $. La réouverture d’Ormuz avait fait plonger les cours de 11% jeudi dernier — l’ensemble du gain a été effacé en quatre jours.

Refermeture du détroit, attaques sur des navires, pose de mines : le risque de perturbation prolongée des flux pétroliers est pleinement réinstallé. Entre 600 et 700 millions de barils de production ont été perdus depuis le début du conflit. Avec les négociations au point mort, la prime géopolitique sur le brut devrait se maintenir.

Co2: -3,32 % sur le prix des quotas pour décembre 2026

Le CO2 corrige à 74,91 €/tonne après le bond de +6,4% de la semaine précédente porté par la publication du premier prix CBAM à 75,36 €/tonne. Le marché digère cet ancrage et revient vers des niveaux plus cohérents avec les fondamentaux.

D’un côté, le rebond du gaz et du pétrole devrait soutenir les quotas via le fuel-switching. De l’autre, la destruction de demande industrielle liée aux prix élevés de l’énergie pèse sur les anticipations de besoins. La dynamique réglementaire (CBAM, Market Stability Reserve) ancre un plancher solide.

Charbon: +3,9 % sur la tonne de charbon

Le charbon API2 remonte modestement à 103,80 $/tonne (vs 99,9), tiré par le rebond du gaz qui relance l’intérêt du switch gas-to-coal. La hausse reste contenue : la montée en puissance du solaire en Europe et la baisse de la demande thermique en fin de saison de chauffe limitent l’appel au charbon.

Prix du gaz dans le monde ­:

Le JKM asiatique rebondit de 10,3% à 16,55 $/MMBtu, tandis que le Henry Hub recule de 5,6% à 2,52 $/MMBtu. L’écart se creuse à nouveau : le gaz asiatique coûte désormais 6,6 fois le prix américain, contre 5,6 fois la semaine précédente.

La refermeture d’Ormuz relance la compétition pour les cargaisons disponibles. L’Europe se retrouve à nouveau en concurrence directe avec l’Asie, après avoir brièvement profité de la détente pour accélérer son injection. Les États-Unis restent isolés grâce à leur autosuffisance en gaz de schiste.

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