mer. Juin 3rd, 2026

Par Nicolas DOMONT, Associé Gérant 

L’histoire économique montre que les capitaux ne se répartissent jamais de manière  uniforme. Ils se dirigent vers les secteurs capables de transformer durablement l’économie. Hier le  chemin de fer, l’électricité ou Internet. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle. Cette concentration  des flux alimente régulièrement les débats. Certains y voient les prémices d’une bulle. Nous y voyons  avant tout l’expression d’une conviction forte des marchés : l’intelligence artificielle constitue l’une  des plus importantes révolutions technologiques depuis l’émergence d’Internet. 

Pour comprendre ce phénomène, il faut s’intéresser à la manière dont se construisent les grandes  transformations économiques. Lorsqu’une nouvelle ville émerge, les premiers investissements ne  concernent pas les commerces, les bureaux ou les habitations. Ils financent les routes, les ponts, les  réseaux d’eau et d’électricité. Les infrastructures précèdent toujours les usages. L’intelligence  artificielle suit aujourd’hui une logique comparable. Avant d’imaginer les applications qui  transformeront durablement nos habitudes de consommation ou nos méthodes de travail, il faut  construire les fondations nécessaires à leur développement. Cela passe par des Data Centers  toujours plus puissants, des semi-conducteurs spécialisés, des réseaux de communication  performants et des capacités énergétiques capables d’alimenter l’ensemble de cet écosystème. 

Cette phase de construction explique pourquoi les capitaux se concentrent aujourd’hui sur les  infrastructures liées à l’intelligence artificielle. Les investisseurs ne financent pas seulement une  technologie ; ils financent l’outil de production d’une future vague de croissance économique.  Comme lors de chaque révolution industrielle, l’investissement précède l’usage. 

Les grandes transformations suivent souvent le même schéma. Dans un premier temps, les capitaux  financent les infrastructures. Dans un second temps apparaissent les usages. Enfin, les gains de  productivité se diffusent progressivement à l’ensemble de l’économie. Les chemins de fer ont  précédé l’industrialisation à grande échelle. Les réseaux Internet ont précédé le commerce en ligne.  Les Data Centers ont précédé l’explosion du cloud. Aujourd’hui, l’accélération des infrastructures de  calcul prépare une nouvelle vague d’usages liés à l’intelligence artificielle, dont une grande partie  reste encore à inventer. Comme lors de l’arrivée d’Internet, les infrastructures précèdent les  applications qui transformeront demain les habitudes de consommation, les méthodes de travail et  l’organisation des entreprises.

Derrière cette concentration des capitaux se cache une idée simple : les grandes révolutions  technologiques créent de la valeur lorsqu’elles améliorent la productivité. L’électricité a transformé  l’industrie. Internet a révolutionné l’accès à l’information. L’intelligence artificielle transforme déjà  la production de services, l’analyse de données, la recherche ou encore l’automatisation de  nombreuses tâches répétitives. Les marchés cherchent aujourd’hui à financer les infrastructures qui  permettront cette diffusion. 

Cette dynamique produit naturellement une concentration des flux. Plus les perspectives de  croissance sont importantes, plus les capitaux affluent. Plus les capitaux affluent, plus les capacités  de production augmentent. Un cercle vertueux se met alors en place. À l’image d’une boule de neige  qui grossit en dévalant une pente, les investissements attirent de nouveaux investissements,  renforçant encore l’attractivité de la thématique. 

Pour autant, concentration ne signifie pas succès garanti. L’histoire montre que toutes les  entreprises exposées à une révolution technologique ne deviennent pas des leaders durables. La  révolution Internet a créé certains des plus grands groupes mondiaux, mais elle a également laissé  derrière elle de nombreux acteurs incapables de transformer leurs promesses en rentabilité. Une  mégatendance constitue une condition favorable, mais elle ne garantit jamais la création de valeur. C’est précisément là que réside toute la difficulté de l’investissement. Identifier une mégatendance  est une première étape. Comprendre où se situe réellement la création de valeur en est une autre.  Entre les infrastructures, les fournisseurs de technologies, les plateformes et les futurs usages, les  gagnants de demain ne sont pas toujours ceux que l’on imagine aujourd’hui. 

Les grandes révolutions technologiques ont toujours créé leurs gagnants, leurs infrastructures  et leurs nouveaux leaders économiques. L’intelligence artificielle ne fait pas exception. Les capitaux  se concentrent aujourd’hui là où les marchés anticipent les gains de productivité de demain. À  mesure que cette technologie se diffuse dans l’ensemble de l’économie, la création de valeur se  déplacera vers les entreprises capables de transformer cette innovation en croissance durable. Nous  considérons que l’enjeu n’est donc plus de savoir où se situe la tendance, mais d’identifier dès  aujourd’hui les leaders qui façonneront l’économie de demain. C’est précisément dans cette  capacité à sélectionner les entreprises les mieux positionnées au sein de ces grandes  transformations que la gestion active prend tout son sens.

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