mer. Mai 13th, 2026

Par Lucile BEMBARON, économiste chez Asterès,

Le chômage poursuit sa hausse en France, atteignant 8,1 %, un niveau inédit depuis 2021. Les jeunes  demeurent particulièrement exposés, mais la détérioration touche l’ensemble des classes d’âge et alimente un  pessimisme croissant des ménages. Cette situation reflète aussi les fragilités du tissu productif français, entre  baisse des recrutements, défaillances d’entreprises, pression concurrentielle et recul industriel. Enfin, la  remontée des coûts énergétiques fait peser un risque supplémentaire sur les prix et la croissance, même si le  scénario paraît davantage relever d’un ralentissement prolongé que d’une véritable stagflation. 

Le taux de chômage toujours orienté à la hausse 

Le marché du travail français continue de se dégrader avec un taux de chômage à 8,1%, soit son plus  haut niveau depuis 2021. Si ce franchissement du seuil des 8 % constitue un signal préoccupant, il restait  néanmoins anticipé par l’Insee, qui prévoyait déjà un taux identique au deuxième trimestre 2026. Cette  dégradation intervient dans un contexte paradoxal : le taux d’activité atteint lui aussi un niveau record.  Autrement dit, davantage de Français participent au marché du travail, mais une part croissante d’entre eux  ne parvient pas à trouver un emploi. 

Les jeunes demeurent les premiers touchés. Le taux de chômage des 15-24 ans s’élève à 21,1 %, contre  19,2 % un an auparavant. Malgré un léger reflux par rapport au T4 – 2025, le niveau reste particulièrement  élevé et témoigne des difficultés persistantes d’insertion professionnelle.  

Chez les 25-49 ans, le chômage progresse également pour atteindre 7,3 %, contre 6,8 % un an plus tôt. 

Les seniors apparaissent légèrement moins exposés, mais leur situation se détériore elle aussi, avec un taux  de chômage de 5,2 %, contre 4,8 % en 2025. 

Dans son analyse, l’Insee souligne que la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi, entrée en vigueur en  janvier 2025, contribue mécaniquement à cette hausse statistique. L’institut précise ainsi que « les  bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de  chômage ». L’élargissement du nombre de personnes inscrites dans les dispositifs de recherche d’emploi  modifie donc en partie la photographie du marché du travail. 

Comparée à ses voisins européens, la France se situe dans la partie haute des pays de la zone euro, où le taux  de chômage moyen avoisine 6,2 %. Cet écart souligne les difficultés structurelles de l’économie française,  particulièrement visibles dans l’industrie. 

Le reflet d’un tissu industriel fragile … 

Au-delà des statistiques, le climat social se tend nettement. Les ménages français se montrent de plus en  plus pessimistes quant aux perspectives d’emploi. En avril 2026, l’indicateur mesurant les craintes liées à une  hausse du chômage a atteint son plus haut niveau depuis 2016, hors période de crise sanitaire (56 contre 49 en mars). Depuis plusieurs mois, cet indicateur évolue durablement au-dessus de sa moyenne de long terme,  traduisant une inquiétude grandissante face au ralentissement économique. 

Derrière la hausse du chômage se dessine un affaiblissement plus profond du tissu productif. Les  défaillances d’entreprises augmentent, les fermetures d’usines se multiplient et l’investissement reste timide. La concurrence chinoise s’intensifie dans plusieurs secteurs stratégiques , comme l’automobile, les batteries,  ou la chimie , grâce à leurs coûts de production plus faibles et à des capacités industrielles massives. Face à  cette pression, les choix industriels et commerciaux de la France et de l’Europe seront déterminants pour  préserver l’emploi et éviter une désindustrialisation plus marquée. 

 

Les perspectives d’embauche illustrent les difficultés des entreprises. Selon le dernier baromètre de France  Travail, les entreprises prévoient 2,3 millions de recrutements en 2026, hors contrats courts et fonction  publique, soit une baisse de 6,5 % sur un an. Le niveau des intentions d’embauche revient ainsi à celui  observé en 2018. Et ces chiffres pourraient encore se détériorer : l’enquête a été réalisée avant l’escalade  des tensions au Moyen-Orient et la guerre en Iran, dont les conséquences économiques commencent  seulement à se faire sentir sur l’économie européenne. 

…Dans un contexte de remontée des prix 

À ces fragilités s’ajoute désormais le risque inflationniste. Le choc énergétique commence à se diffuser  dans l’ensemble des prix. Pour le moment, la diffusion se fait essentiellement sur les biens de consommation intermédiaire, notamment dans les secteurs énergivores tels que la chimie et le plastique, qui constituent des  intrants pour les biens de consommation finale. Pour l’heure, les industriels de ces secteurs, notamment dans  l’automobile, la pharmaceutique et l’agroalimentaire ne prévoient pas d’augmenter les prix de vente d’après  l’enquête de l’INSEE. La hausse des coûts de production pourrait toutefois se répercuter sur les prix finaux dans les mois à venir. Les enquêtes de conjoncture signalent bien une pression montante : les chefs  d’entreprise anticipent une hausse moyenne de leurs prix de vente de 0,8 % sur les trois prochains mois,  soit la plus forte variation anticipée depuis janvier 2023. Le risque est donc celui d’une diffusion graduelle  : d’abord l’énergie, puis les biens intermédiaires, puis éventuellement les biens finaux. Tout dépendra de la  durée du conflit et de la persistance du choc sur les prix du pétrole et du gaz. 

Si cette dynamique venait à se transmettre aux prix finaux, la BCE pourrait être contrainte de relever ses  taux directeurs en juin. Une perspective particulièrement délicate pour la France, déjà confrontée à une  croissance faible, un chômage en hausse et des finances publiques sous pression. 

Si les craintes d’un retour à une stagflation s’ébruitent, nous sommes davantage sur un risque de stagnation et de ralentissement de la croissance que de stagflation. L’inflation peut augmenter mais ça ne sera pas  comme dans les années 70 et les chocs inflationnistes. La BCE veillera à maintenir les anticipations ancrées  autour de 2%, ce qui pourrait peser sur la croissance française et compliquer la réduction du déficit. 

La hausse du chômage révèle une économie française prise entre des contraintes de plus en plus serrées  : une base industrielle sous pression, des coûts énergétiques susceptibles de nourrir l’inflation, et un  déficit public qui réduit la capacité d’intervention de l’État. La priorité sera donc de préserver les secteurs  productifs les plus exposés, sans alimenter durablement les tensions sur les prix ni creuser davantage les  déséquilibres budgétaires. C’est dans cet arbitrage que se jouera la capacité de la France à transformer ce  ralentissement en phase d’ajustement plutôt qu’en décrochage durable. 

 

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