par Omnegy,
La correction des marchés de l’énergie s’est poursuivie cette semaine, portée par l’annonce jeudi de la réouverture du détroit d’Ormuz par l’Iran et un cessez-le-feu qui tient, ouvrant la voie à de possibles négociations. Le gaz perd encore 11%, l’électricité recule sur l’ensemble de la courbe, et les fondamentaux printaniers jouent à plein. Ce week-end toutefois, la tension est remontée avec la refermeture du détroit et la saisie d’un cargo iranien par la marine américaine.
Macroéconomie & Géopolitique :
Le fait marquant de la semaine est l’annonce, jeudi 16 avril, par le ministre iranien Araghchi, de la réouverture du détroit d’Ormuz à tout le trafic maritime. Malgré la saisie d’un cargo iranien ce week-end, le cessez-le-feu tient depuis deux semaines et ouvre la perspective de véritables négociations pour une résolution du conflit.
L’annonce de jeudi a provoqué une chute immédiate de 11% du Brent en séance. En parallèle, le blocus naval américain lancé lundi 13 avril reste formellement en place, Trump ayant précisé qu’il ne serait levé qu’à l’issue des négociations. Malgré cette ambiguïté, les marchés ont retenu le signal positif et la correction des prix s’est poursuivie sur l’ensemble des commodités.
Ce week-end, la situation s’est à nouveau tendue : l’Iran a refermé le détroit et les États-Unis ont saisi un cargo iranien qui tentait de forcer le blocus. Ces développements, qui interviennent après la clôture de vendredi, ne sont pas encore reflétés dans les prix.
L’EUR/USD reste stable autour de 1,176 $. La BCE et la Fed maintiennent leur posture attentiste.
Gaz naturel: -6,2% sur les prix pour 2027 et -11,2% pour les prix de mai 2026
Le PEGAS Mai 2026 poursuit sa descente à 37,90 €/MWh (vs 42,67), le Cal-2027 recule à 32,38 €/MWh (vs 34,52) et le Cal-2028 à 25,71 €/MWh (vs 26,29). La correction cumulée depuis le pic de mars dépasse désormais 35% sur le M+1.
Trois moteurs à cette détente. D’abord l’annonce de réouverture d’Ormuz jeudi, qui renforce le scénario d’une normalisation progressive des flux de GNL. Ensuite la météo exceptionnellement douce : 15,6°C en France contre 12,6°C de normale, soit +3°C d’écart, ce qui écrase la demande résiduelle de chauffage. Enfin, l’injection des stocks a démarré : l’Europe remonte à 29,7% de remplissage (336 TWh) et la France progresse nettement à 26,6% (33 TWh). Ce signal important détend les anticipations pour la campagne estivale.
Les flux norvégiens fléchissent légèrement à 276 Mm³/j, et le send-out GNL européen se maintient à 4,4 TWh/j.
En parallèle, la Chine réduit ses achats de GNL, ce qui libère des cargaisons pour l’Europe.
Électricité : -5,7 % sur les prix pour 2027 et -9,7% pour les prix de mai 2026
Le Base Mai 2026 recule à 22,98 €/MWh (vs 25,46), corrigeant la hausse technique enregistrée la semaine précédente sur ce contrat. Le Cal-2027 passe sous la barre des 52 €/MWh à 52,00 (vs 55,17) et le Cal-2028 se replie à 50,40 €/MWh (vs 52,35). La correction touche désormais toute la courbe, y compris les produits longs.
Les fondamentaux sont alignés à la baisse. La disponibilité nucléaire française remonte à 45,9 GW, avec un retour de 5 GW de capacité par rapport à la semaine précédente alors que les réacteurs sortent progressivement de maintenance. En parallèle, la production solaire bat des records sur l’Europe du Sud, et les températures bien au-dessus des normales (+3°C) compriment la demande. Ces trois facteurs conjugués tirent les prix spot vers des niveaux très attractifs pour les offres dynamiques.
Le Cal-2027 sous les 52 €/MWh constitue un point bas depuis le début de la crise. Si la situation à Ormuz continue de se détendre, les prix à terme pourraient rejoindre durablement la zone des 50 €/MWh.
Pétrole : -5,4 % sur le prix du pétrole brut
Le Brent recule de 95,20 à 90,38 $/baril. L’annonce de la réouverture d’Ormuz jeudi a provoqué un plongeon de 11% en séance, avant un rebond partiel vendredi. Malgré cette correction, le Brent reste 25% au-dessus de ses niveaux pré-crise (~73 $ fin février). Les développements de ce week-end — refermeture du détroit et saisie d’un cargo iranien — pourraient peser dès l’ouverture lundi.
Co2: +6,4 % sur le prix des quotas pour décembre 2026
Le CO2 est la seule commodité en hausse cette semaine, progressant nettement à 77,48 €/tonne. Le mouvement est porté par un événement structurel majeur : la Commission européenne a publié le 7 avril le premier prix officiel du CBAM (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) à 75,36 €/tonne, ancrant un plancher de référence pour le marché.
D’un côté, les ajustements proposés sur le Market Stability Reserve soutiennent les cours en limitant l’offre de quotas. De l’autre, la baisse continue du gaz et du charbon réduit mécaniquement les besoins via le fuel-switching. Mais la dynamique réglementaire l’emporte clairement : le CO2 suit désormais sa propre trajectoire, de plus en plus déconnectée des fondamentaux énergétiques.
Charbon: -5,9 % sur la tonne de charbon
Le charbon API2 passe sous les 100 $/tonne à 99,90 (vs 105,75), entraîné par la baisse du gaz et la montée en puissance du solaire qui réduit l’appel au thermique en Europe. Le switch gas-to-coal perd de son intérêt à mesure que le gaz se détend.
Prix du gaz dans le monde :
Le JKM asiatique chute de 9,3% à 15,00 $/MMBtu, son plus bas depuis le début de la crise, tandis que le Henry Hub reste stable à 2,67 $/MMBtu.
L’écart se resserre : le gaz asiatique ne coûte plus « que » 5,6 fois le prix américain, contre 7 fois il y a deux semaines. La réduction des achats chinois de GNL et la perspective d’une réouverture d’Ormuz libèrent des cargaisons. L’Europe pourrait en profiter pour accélérer son injection estivale si cette tendance se confirme.