jeu. Avr 16th, 2026

Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro

Le premier trimestre 2026 marque un tournant important pour le secteur du luxe. Derrière des trajectoires toujours opposées entre Hermès et Kering, un point commun émerge, le marché devient plus exigeant, et la sanction boursière est au rendez-vous. Depuis l’ouverture du marché ce matin, Hermès chute d’environ 13 % en Bourse, tandis que Kering cède près de 10 %.

Chez Hermès, la publication reste solide mais le signal est clair, la croissance ralentit. Le groupe affiche une progression de ses revenus de 6 % à taux de change constants, loin des rythmes à deux chiffres auxquels les investisseurs s’étaient habitués. Certes, les fondamentaux demeurent très bons avec une désirabilité intacte, une maîtrise de l’offre, et une bonne tenue de la maroquinerie  mais le marché ne valorise plus uniquement la qualité, il attend aussi de l’accélération. Dans un environnement marqué par le ralentissement du tourisme et des tensions géopolitiques, Hermès montre qu’il peut résister, mais aussi qu’il n’est pas totalement immunisé, déclenchant ainsi des prises de profits sur un titre historiquement très valorisé.

Face à cela, Kering évolue dans une dynamique différente. Le groupe affiche un chiffre d’affaires stable en comparable, ce qui marque une amélioration après plusieurs trimestres de recul. Mais là encore, le marché reste prudent. La transformation en cours qui correspond à une réorganisation interne et un repositionnement produit prend du temps, et surtout, elle dépend largement de Gucci. La marque phare continue de reculer (-8 % en comparable), malgré des signaux plus encourageants en Amérique du Nord. En parallèle, certaines activités offrent des motifs d’espoir. La joaillerie affiche une croissance spectaculaire, et l’eyewear confirme sa résilience. Mais ces relais restent encore insuffisants pour compenser la faiblesse du cœur historique.

Le ralentissement chez Hermès et la stabilisation chez Kering  révèlent une évolution plus profonde du secteur. Après plusieurs années d’euphorie, le luxe poursuit sa phase de normalisation. La croissance devient plus hétérogène, plus dépendante des zones géographiques et surtout, plus scrutée par les investisseurs.

En Bourse, cela se traduit par une revalorisation du risque : Hermès, pourtant référence absolue du secteur, est lourdement sanctionné pour un simple ralentissement, tandis que Kering reste pénalisé par son manque de visibilité.

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