lun. Mar 2nd, 2026

Olivier Raingeard, directeur des investissements chez Neuflize OBC

 

Au cours du week-end, les États‑Unis et Israël ont mené une série de frappes (étroitement coordonnées) contre l’Iran, entraînant la mort de nombreux dirigeants politiques et militaires iraniens, dont l’Ayatollah Khamenei. L’Iran a répliqué par des attaques de représailles, notamment des frappes contre des bases américaines dans plusieurs pays de la région. Parallèlement, bien que le détroit d’Ormuz n’ait pas été officiellement fermé, les Gardiens de la Révolution ont interdit samedi le passage de navires par cette voie maritime. En outre, plusieurs assureurs de pétroliers ont suspendu la couverture des cargaisons transitant par le détroit.

 

La majeure partie du Moyen‑Orient est désormais touchée par la guerre et, même si son évolution reste incertaine, ce commentaire de marché présente nos premières analyses, nos attentes pour les marchés et les principaux risques que les investisseurs doivent surveiller.

 

L’impact de marché est souvent temporaire

 

Bien qu’une guerre ait toujours des conséquences profondes pour les populations concernées, son impact sur les marchés financiers est souvent bien plus limité et se caractérise généralement par de courtes périodes de volatilité accrue. Les marchés financiers évaluent les événements selon une logique strictement économique : en l’absence d’effet significatif sur l’économie dans son ensemble, la réaction reste généralement contenue.

 

Un bon exemple est celui des bombardements américains contre des installations nucléaires iraniennes en juin 2025. Un mois après cet événement, le S&P 500 avait progressé de plus de 5 %, même si, historiquement, le S&P 500 affiche, en moyenne, une légère baisse un mois après les grands événements géopolitiques et historiques. À ce stade, nous ne voyons pas de raison d’anticiper une issue différente et recommandons donc aux investisseurs de rester fidèles à leur stratégie de long terme et de ne pas procéder à des ajustements majeurs de portefeuille.

 

Cela ne signifie pas pour autant que les marchés resteront totalement insensibles. Les marchés actions en Asie et en Europe ont ouvert en baisse de 1 à 3 %. Les contrats à terme américains indiquent une orientation similaire. Les Bourses du Moyen‑Orient devraient rester fermées au moins deux jours pour évaluer la situation. L’incertitude entourant les prix du pétrole et leur impact sur la croissance économique constituera un facteur clé. Les rendements obligataires sont légèrement plus bas, ce qui est favorable aux obligations, même si les primes de risque devraient augmenter. L’or et le dollar américain se sont renforcés sous l’effet d’une demande de valeurs « refuge ». Les prix du pétrole ont progressé d’environ 7 %, tandis que les prix du gaz ont augmenté d’environ 4 %. Toutefois, si le conflit se stabilise ou, mieux encore, commence à se désamorcer, nous nous attendrions à un rebond rapide des marchés.

 

Quels sont les principaux risques à surveiller ?

 

Pour les investisseurs, il est essentiel de se concentrer sur les domaines où la guerre pourrait faire peser des risques importants sur l’économie mondiale.

 

1. Les prix du pétrole

Le premier grand risque pour les investisseurs concerne les prix du pétrole. Le Moyen‑Orient reste un fournisseur essentiel de pétrole pour l’économie mondiale. Une flambée prolongée des prix du pétrole aurait un effet négatif sur l’économie en pesant sur le pouvoir d’achat des consommateurs et en comprimant les marges et la rentabilité des entreprises à forte intensité énergétique. Des prix du pétrole plus élevés pourraient également entraîner une hausse de l’inflation, les entreprises répercutant leurs coûts supplémentaires sur les consommateurs. Les prix du pétrole avaient déjà augmenté de plus de 10 % dans les jours ayant précédé les attaques, ce qui signifie que certains éléments étaient déjà partiellement intégrés. Fait important, l’OPEP+ a indiqué sa volonté d’augmenter l’offre de pétrole si nécessaire, ce qui pourrait atténuer une partie des tensions haussières.

 

2. Le détroit d’Ormuz

Un deuxième risque est une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, un passage maritime étroit par lequel transite une part importante des expéditions mondiales de pétrole et de gaz. Si les navires ne peuvent plus emprunter le détroit d’Ormuz, cela pourrait mettre sous pression les chaînes d’approvisionnement mondiales, faire grimper les prix du pétrole et amplifier les pressions inflationnistes. Les importateurs de pétrole (comme l’Inde et la Chine) tout comme les exportateurs (comme l’Arabie saoudite) exerceront une forte pression pour maintenir le détroit ouvert.

 

Les investisseurs doivent garder à l’esprit que les États‑Unis souhaitent un changement de régime en Iran. Les experts s’interrogent sur la possibilité d’y parvenir par des frappes aériennes uniquement. Cela pourrait influer sur la durée du conflit.

 

Quelle est notre recommandation aux investisseurs ?

 

En période de guerre, l’incertitude est inévitable et, bien que les marchés réagissent généralement par un mouvement de défiance initial, ces réactions sont souvent de courte durée. Les risques essentiels à surveiller concernent les évolutions ayant un impact sur les prix du pétrole et les perturbations du trafic maritime via le détroit d’Ormuz. À ce stade, nous pensons que la meilleure approche pour les investisseurs est de rester fidèles à leur stratégie de long terme et d’éviter des changements significatifs dans leurs portefeuilles.

 

Les fondamentaux économiques mondiaux restent favorables. La croissance s’améliore, les bénéfices des entreprises devraient progresser à deux chiffres au cours de l’année à venir et la Réserve fédérale devrait poursuivre sa politique d’assouplissement monétaire. Les États‑Unis et l’Europe maintiennent également leur cap en matière de mesures de relance budgétaire. Si le conflit se stabilise rapidement, les investisseurs devraient de nouveau se concentrer sur les moteurs positifs.

 

 

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