ven. Mar 13th, 2026
Commentaire de Jean-Paul van Oudheusden, analyste de marchés chez eToro
D’un conglomérat industriel à un spécialiste de la défense

Rheinmetall a profité de la publication de ses résultats annuels 2025 pour confirmer une tendance visible depuis un certain temps : le groupe se transforme rapidement en une entreprise entièrement centrée sur la défense. Le signal le plus clair est le projet de cession de sa division automobile, qui fournissait depuis des années des composants pour moteurs thermiques. Dans un monde marqué par l’électrification et les tensions géopolitiques, cette activité correspond de moins en moins à l’orientation stratégique du groupe.

Dans le même temps, les activités de défense connaissent une forte expansion. Les piliers traditionnels — la production d’armes, de munitions et de véhicules blindés — sont en train d’être renforcés pour répondre à une demande en forte hausse. Par ailleurs, Rheinmetall développe de nouveaux relais de croissance. L’entreprise a annoncé la création d’une division dédiée aux systèmes navals. Les divisions consacrées aux systèmes de défense aérienne et aux systèmes numériques de données sont également en cours d’expansion, notamment grâce à des acquisitions et à des partenariats technologiques.

Le défi réside dans l’exécution. Le soutien institutionnel au réarmement est fort, mais les processus bureaucratiques restent lents. Construire de nouvelles usines et augmenter les capacités de production exige des autorisations, des infrastructures et des chaînes d’approvisionnement adaptées. Les investissements eux-mêmes ne semblent pas constituer le principal obstacle : le carnet de commandes de Rheinmetall a atteint un nouveau record de 64 milliards d’euros à la fin de 2025. La direction anticipe une nouvelle croissance en 2026.

Le véritable champ de bataille : les logiciels et la guerre numérique

La question stratégique la plus importante ne concerne pas les chars ou les munitions, mais les logiciels. La guerre moderne se transforme rapidement en un réseau numérique où capteurs, drones, véhicules et centres de commandement échangent en permanence des données.

L’expertise dans les équipements militaires terrestres reste essentielle, mais elle ne suffit plus à elle seule. C’est pourquoi l’entreprise investit de plus en plus dans les capacités numériques. Une étape importante a été l’acquisition d’une participation majoritaire dans Blackned, dont les logiciels jouent un rôle clé dans le programme allemand D-LBO consacré à la numérisation des opérations terrestres. En parallèle, Rheinmetall construit un réseau de partenaires technologiques. Les collaborations avec Anduril Industries, Palantir Technologies et SpaceX renforcent ses capacités dans le domaine numérique.

L’importance des logiciels crée aussi une dépendance

Les chiffres confirment que Rheinmetall est en train de devenir un acteur central de l’industrie européenne de défense. Son carnet de commandes record lui offre une visibilité sur plusieurs années de croissance. La clé réside désormais dans les logiciels. Si Rheinmetall parvient également à s’y imposer, l’entreprise pourrait devenir l’un des architectes majeurs des futurs systèmes de défense européens.

Mais une tension stratégique demeure : l’Europe souhaite réduire sa dépendance à la technologie américaine. La question est de savoir si Rheinmetall a réellement le choix. L’industrie automobile montre à quel point la catégorie des logiciels peut être difficile à maîtriser. Volkswagen a tenté de développer sa propre plateforme via sa filiale logicielle CARIAD, mais a finalement dû s’appuyer sur des technologies venues des États-Unis et de Chine. Même si le développement des logiciels s’avère plus lent qu’espéré, un acteur industriel de défense solide continuerait néanmoins d’exister.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *