lun. Avr 20th, 2026

Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro

Malgré une séquence géopolitique extrêmement tendue autour du détroit d’Ormuz, les marchés financiers envoient un signal nettement plus apaisé. Le pétrole a reculé d’environ 8 % en fin de semaine dernière, tandis que les indices américains, notamment le S&P 500 et le Nasdaq 100, évoluent au-dessus de leurs plus hauts historiques. Un paradoxe apparent, qui s’explique en réalité par un ajustement rapide des anticipations.

Première clé de lecture, le marché price le scénario le plus probable, la fin du conflit dans un avenir proche. Autrement dit, même si les tensions restent élevées entre Téhéran et Washington, les investisseurs s’attendent majoritairement à une désescalade ou, à minima, à un conflit contenu. La baisse du pétrole traduit ainsi un reflux de la “prime de guerre” intégrée précédemment.

Par ailleurs, l’absence de choc d’offre durable à ce stade est privilégiée. Malgré les incidents récents, les flux énergétiques ne sont pas totalement interrompus sur la durée. Les routes alternatives, les stocks stratégiques et la capacité d’ajustement de certains producteurs (notamment hors Golfe) contribuent à amortir le choc. Tant que le marché perçoit cette résilience, il reste relativement serein.

Sur le pétrole, le pic de tension a probablement déclenché des achats spéculatifs. La détente relative a ensuite entraîné des prises de profits rapides, accentuant la baisse des prix. Ce type de mouvement est classique dans des phases dominées par le risque géopolitique.

Enfin, côté actions, le marché price déjà la fin du conflit et se tourne vers les résultats d’entreprises et les anticipations de politique monétaire. Tant que le choc énergétique ne se traduit pas par une inflation durablement plus élevée, les actifs risqués conservent leur attrait.

Faut-il en conclure que la situation s’est durablement améliorée ? Pas nécessairement. Le marché, lui, est euphorique, le Nasdaq 100 a enchaîné treize séances de hausse consécutives, du jamais depuis 1997 ! Une nouvelle perturbation majeure à Ormuz pourrait rapidement inverser la tendance.

 

Marchés financiers et guerre en Iran : confiance ou complaisance ?

Par Alexandre Baradez, Responsable Analyses Marchés chez IG France

Nouvelles secousses sur les marchés en ce début de semaine après la nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz pendant le week-end.

Retournement de situation en quelques heures : Alors que Donald Trump annonçait la réouverture du détroit d’Ormuz et la reprise du trafic maritime en fin de semaine dernière, l’Iran, qui avait initialement proclamé la réouverture du détroit à la navigation, est revenu sur sa décision ce week-end après que Trump a précisé que le blocus américain de l’Iran resterait en vigueur jusqu’à la résolution du conflit.

Puis la situation s’est encore dégradée, un destroyer de l’US Navy ouvrant le feu sur un cargo iranien dans le golfe d’Oman après que celui-ci a tenté de forcer un blocus naval américain.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien a déclaré ce matin « qu’aucune deuxième série de négociations avec les États-Unis n’était prévue pour le moment », les États-Unis ayant « démontré leur manque de sérieux quant à la poursuite du processus diplomatique », se sont « livrés à des actes agressifs » et ont « violé les dispositions du cessez-le-feu ».

Comme ce fut le cas le cas en début de semaine dernière, un gap baissier (trou de cotation) s’est formé à l’ouverture Futures sur indices américains cette nuit. Sur le Future SP500, ce gap est d’environ 60 points soit 0.9%.

Le VIX, indice de volatilité du SP500, a rebondi de 14% ce matin, il évoluait à 17.5 vendredi soir contre quasiment 20.0 ce matin.

Et le pétrole WTI qui était retombé proche de 80$ vendredi après-midi, a refait une incursion au-delà de 90$ cette nuit.

Alors que la saison des résultats s’est ouverte depuis plusieurs jours en Europe et aux Etats-Unis, le sentiment qui prédomine est que les marchés restent focalisés sur la situation géopolitique mais en ayant une forme de confiance sur le fait que la situation ne dégénère pas à nouveau, et surtout sur le fait que l’économie mondiale et les entreprises ne seront pas beaucoup impactées par cette crise géopolitique.

Sinon comment expliquer que le SP500 a non seulement récupéré toute la baisse initiale liée au conflit…mais a également inscrit de nouveaux records historiques dans la foulée ? Même question pour le DAX en Allemagne qui a effacé la majeure partie de la correction liée à cette crise.

Confiance…ou complaisance ?

Prenons le cas des multiples de valorisation du SP500 : le ratio cours/bénéfices (PER) de l’indice évoluait proche de 30 en octobre dernier, un marché qu’on pouvait sans hésiter qualifier de « cher » d’un point de vue des métriques historiques. Ce ratio de valorisation est tombé à 26 lors de la correction de l’indice en mars, sur fond de guerre en Iran. Mais la puissance à peine croyable du rebond qui s’est mis en place en avril a déjà ramené ce ratio de valorisation à plus 29 !

Signe que les investisseurs n’ont pas de craintes particulières sur la saison des résultats qui s’est ouverte aux Etats-Unis, pas de craintes sur les perspectives pour les entreprises et les consommateurs, malgré le contexte géopolitique toujours très incertain et le choc des prix de l’énergie…

…alors confiance ou complaisance ?

 

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