Un accord pour prolonger le cessez-le-feu et rouvrir le détroit d’Ormuz semble en négociation sous l’égide du Qatar. Malgré le manque d’information concernant les contours de l’accord, le pétrole replonge déjà sous 100 $ au bénéfice des actifs risqués et des taux longs.
Les marchés misent sur une sortie de crise
L’hypothèse d’une sortie de crise a resurgi la semaine passée. Les marchés d’actions ont rebondi et les taux à long terme, sous pression depuis le début du choc pétrolier, se sont détendus.
La réaction épidermique des marchés subira probablement les incertitudes quant aux réelles négociations mais comme souvent depuis trois mois, l’optimisme l’emporte.
Les anticipations d’inflation cotées sur les marchés se sont repliées à l’inverse des enquêtes auprès des ménages (3,9 % à 5-10 ans selon le sondage de l’Université du Michigan).
La prochaine étape concernera la politique de la Fed avec une transition délicate entre Jerome Powell et Kevin Warsh.
Une Fed sous tension entre inflation et ralentissement
Aux Etats-Unis, le compte-rendu du FOMC d’avril a rappelé que plusieurs membres du FOMC considéraient que l’inflation élevée requerrait un durcissement monétaire.
Malgré son vote lors du dernier comité, Christopher Waller se déclare désormais en faveur du retrait du biais accommodant inscrit dans le communiqué d’avril.
Ce changement de ton est significatif car il est intervenu quelques heures avant que le nouveau Président de la Fed Kevin Warsh ne prête serment. Cela augure de discussions difficiles sur l’orientation de la politique monétaire américaine.
Warsh voudra construire un consensus avant Jackson Hole qui préfigure souvent les décisions monétaires du dernier trimestre.
L’inflation reste trop élevée. L’activité est plus difficile à lire tant la croissance est dominée par les dépenses en intelligence artificielle.
Le logement reste anormalement faible et les dernières tensions sur les taux à long terme entretiennent une pression forte sur l’investissement résidentiel.
Les signaux sur le marché du travail restent ambigus. Les données hebdomadaires de l’ADP semblent néanmoins confirmer une embellie depuis deux mois.
En Europe, des signaux économiques contrastés
En Europe, les PMI indiquent une forte contraction de l’activité de services en France… qui doit être nuancée à la lecture d’autres enquêtes (INSEE notamment).
Les actions européennes (+3 à 5 % selon les indices) et asiatiques (Japon +7 %, Corée +4 %) ont nettement rebondi, ces deux régions étant les principales bénéficiaires d’un éventuel déblocage du détroit d’Ormuz.
Les révisions de résultats sont aussi mieux orientées au cours des dernières semaines, y compris en Europe où la croissance s’est infléchie au 2ème trimestre.
Le pétrole recule, les marchés respirent
Avec le repli du pétrole, la chimie, les valeurs industrielles et de transport gagnent autour de 6 % sur la semaine, dominées seulement par la hausse de 10 % des valeurs de la technologie.
Sur les marchés obligataires, la chute du brut engendre immédiatement une révision de l’inflation anticipée à court terme (-28 pb sur le swap d’inflation à 2 ans).
Le Bund revient sous 3 % (2,95 %, soit -20 pb sur une semaine) accompagné par le Gilt (-28 pb) qui prolonge la détente issue des données d’inflation plus favorables en avril (dont l’IPC des services à 3,2 %).
Les JGBs profitent aussi de l’embellie mondiale.
Le T-note sous-performe, contraint par la posture restrictive du FOMC.
Parallèlement, les spreads souverains se resserrent notamment les dettes grecques et italiennes (-5 pb sur la semaine).
Le crédit s’élargit sans conséquences avec la baisse des taux, le high yield peine à suivre les actions.
Axel Botte