En ce début d’année, un même refrain revient inlassablement dans les commentaires de marché : « les actions sont chères ». Un diagnostic rapide, souvent répété, rarement questionné. Une affirmation martelée, rarement démontrée, souvent décontextualisée. Comme si la valorisation, prise isolément, suffisait à prédire l’avenir des marchés.
C’est oublier un point essentiel : la valorisation n’est ni un verdict, ni un outil de timing fiable. Si les marchés ont montré ces dernières années un renchérissement significatif, il est important d’adopter un regard plus nuancé, loin des raccourcis anxiogènes. Ils doivent être analysés avec rigueur, être comparés, mis en perspective, et reliés aux fondamentaux économiques et bénéficiaires.

États-Unis : une prime de valorisation… sous conditions
Le marché américain reste la boussole des investisseurs mondiaux. Avec un forward P/E autour de 22, le S&P 500 se traite au-dessus de ses moyennes historiques. Faut-il y voir un excès ? Pas nécessairement.
Cette prime reflète avant tout des attentes de croissance bénéficiaire élevées, jusqu’ici validées par les résultats. Tant que cette dynamique demeure solide, la valorisation américaine reste défendable. D’ailleurs, elle reste très proche de ce qu’elle était il y a un an.
Mais la contrepartie est claire : la sensibilité aux déceptions est maximale. Aux États-Unis, le prix de l’excellence est élevé, et la sanction rapide en cas de faux pas.
Europe : décotée, mais pas sans conditions
À l’inverse, l’Europe affiche un forward P/E proche de 15, soit une décote d’environ 30 % par rapport aux États-Unis. Une décote qui s’explique autant par sa composition sectorielle que par une normalisation des multiples après la revalorisation observée en 2025. Point clé : cette décote s’est déjà nettement réduite (elle dépassait 40 % en début d’année). L’Europe n’est donc plus uniquement un pari « bon marché ». Son potentiel repose désormais sur un facteur central : la capacité des entreprises à préserver leurs marges dans un environnement économique en amélioration. En Europe, la décote n’est plus une promesse en soi : elle doit désormais être méritée par les résultats à venir des entreprises.
Japon : le re-rating discret mais structurant
Le Japon continue d’offrir un équilibre rarement mis en avant. Avec un forward P/E autour de 16,5, un P/B modéré et un rendement du dividende proche de 2 %, le marché japonais reste raisonnablement valorisé. Surtout, il bénéficie de catalyseurs structurels puissants : amélioration de la gouvernance, discipline accrue dans l’allocation du capital, soutien budgétaire ciblé.
Autant d’éléments qui plaident pour une poursuite du re-rating qui nous semble encore loin d’être achevé.
Marchés émergents : la décote la plus forte… et la plus exigeante
Avec un forward P/E autour de 13,4, les marchés émergents affichent la décote la plus marquée, proche de 40 % face aux États-Unis. À cela s’ajoutent des devises souvent sous-évaluées et des perspectives de croissance structurelle intactes.
Mais parler des émergents comme d’un bloc serait une erreur. La dispersion est extrême : certaines zones, comme l’Inde, se traitent à des niveaux élevés, quand d’autres restent profondément sous valorisés.
Ici plus qu’ailleurs, la sélection est la clé : qualité des bénéfices, discipline financière, risque de change et liquidité font toute la différence.
La valorisation ne fait pas le marché
Dire que « les marchés sont chers » est une formule confortable. Elle rassure celui qui l’énonce, mais n’éclaire guère celui qui investit. Car il n’y a pas d’explosion généralisée des multiples, seulement des valorisations différenciées, cohérentes, ou non, avec les fondamentaux.
Surtout, l’histoire l’a montré à maintes reprises : la valorisation est un mauvais indicateur de timing.
Ce sont la croissance des bénéfices, la dynamique macroéconomique, la gouvernance et les flux qui font les cycles de marché, bien plus que les multiples pris isolément.
En conclusion, dans ce contexte, les marchés émergents et le Japon apparaissent aujourd’hui comme les plus attractifs en relatif, tandis que l’Europe, pourrait à la fois continuer de bénéficier d’un mouvement de défiance vis-à-vis des actifs américains et renouer avec une meilleure profitabilité
Une certitude demeure : en investissement, la nuance est souvent plus rentable que la peur.
