Par Guillaume Coqueret, expert en intelligence artificielle et directeur de l’Institut Artificial Intelligence in Management à emlyon business school
Un chercheur d’Anthropic a récemment démissionné, alertant sur les risques que le développement de l’IA pourrait faire peser sur l’humanité. Au-delà de ces scénarios catastrophes, une transformation beaucoup plus immédiate est déjà à l’œuvre : si l’IA devient capable d’accomplir une part croissante des tâches intellectuelles, comment mesurer demain la valeur d’un diplôme délivré par des grandes écoles ?
Guillaume Coqueret, expert en intelligence artificielle et directeur de l’Institut Artificial Intelligence in Management à emlyon business school, analyse cette question dans une nouvelle étude, disponible sur la plateforme SSRN et consacrée à l’avenir des grandes écoles à l’ère de l’IA générative.
Son modèle appliqué au marché français des Grandes Écoles montre que jusqu’à trois établissements sur trente pourraient être exposés à un risque de disparition au cours des trois prochaines décennies. Si la diffusion de l’IA et la substitution de certaines tâches humaines s’accélèrent, ces sorties pourraient intervenir beaucoup plus rapidement.
« Ce phénomène s’explique par la valeur d’un diplôme qui repose en partie sur les perspectives professionnelles qu’il offre. Si l’IA réduit les opportunités d’emploi ou les revenus associés à certains métiers qualifiés sans créer suffisamment de nouvelles opportunités, le rendement attendu des études supérieures diminuera, et avec lui l’attractivité de certains établissements », explique ce dernier.
L’IA va-t-elle surtout accélérer la différenciation entre les écoles ?
Pour Guillaume Coqueret, cette transformation ne signifie pas nécessairement la disparition des grandes écoles. Elle pourrait au contraire renforcer les écarts entre les établissements capables de démontrer leur valeur et les autres.
Réputation, réseau, expérience, compétences managériales et relationnelles, capacité à travailler avec l’IA et à s’adapter à des métiers en évolution : les écoles devront aller au-delà de la simple transmission de connaissances pour justifier leur valeur.

