Comment expliquer la résilience de nos économies alors que la guerre et ses répercussions nous frappent ? La liquidité est abondante. La croissance de la masse monétaire mondiale est d’environ 11% en rythme annuel – soit le double du niveau d’avant la crise financière de 2007-08 qui était déjà élevé. Avec un tel niveau de liquidité entrant dans l’économie et les marchés financiers, la probabilité d’une récession ou d’une crise financière est presque nulle.
En revanche, cela favorise les excès. Le succès croissant des ETFs à effet de levier en est le symptôme. En avril, plus de 46,9 milliards de dollars sont allés vers les ETFs à effet de levier sur la tech, et plus de 43,8 milliards de dollars vers ceux sur les semi-conducteurs*. C’est énorme. Tant que le marché est structurellement haussier, ça tient.
La montée en gamme des économies est l’autre facteur qui explique leur bonne résistance. Prenons la Chine. Au début du conflit, les oiseaux de mauvais augure s’attendaient à une forte baisse de la croissance. C’est raté. Les derniers chiffres de la balance commerciale sont excellents. Mieux, ils montrent à quel point la Chine est désormais un géant technologique. En avril, les exportations de produits high-tech ont bondi de 39,2% sur un an – du jamais vu ! La tech représente désormais un quart des exportations totales du pays. Pékin a réussi en quelques années à développer une immense chaîne de valeur autour de l’IA comprenant les centres de données, les serveurs, les semi-conducteurs, les composants électroniques, les systèmes de refroidissement, les équipements industriels etc. C’est ce qui explique pourquoi la Chine s’en sort si bien.
À surveiller
L’indice SOXX des semi-conducteurs a augmenté de plus de 70% depuis fin mars**. C’est l’une des surprises de l’année 2026. Conséquence, certaines entreprises du secteur sont désormais des géants. C’est le cas du japonais Kioxia, détenu à hauteur de 18% par Toshiba, qui est devenu en l’espace de quatre mois la quatrième capitalisation boursière du Japon. Même si l’essor du secteur est structurel, après une telle phase de hausse, il peut être opportun de se protéger via des puts…juste au cas où.
Mauvaise nouvelle pour les amateurs de Coca-Cola Zéro : l’Inde fait actuellement face à une pénurie. Faut-il craindre le même scénario en France ?
C’est l’une des conséquences inattendues du conflit en Iran. Le Golfe assure près de 8% de la production mondiale d’aluminium. Or, avec environ 100 millions de canettes de Coca-Cola Zéro vendues chaque jour dans le monde, cela représente près de 1 400 tonnes d’aluminium nécessaires quotidiennement. Dans ces conditions, la moindre perturbation de la chaîne d’approvisionnement peut rapidement provoquer des tensions importantes.
Heureusement, l’Inde est un cas à part. Le Coca-Cola Zéro y est vendu presque exclusivement en canette, contrairement à la France où les bouteilles plastiques occupent encore une place importante. De plus, la France bénéficie d’une production locale d’aluminium ainsi que d’une filière de recyclage en plein développement. Pour les consommateurs français, le principal risque semble donc moins être une pénurie qu’une hausse des prix.
*Source : Bloomberg, 13 mai 2026.
**Source : Boursorama 13 mai 2026
Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM
