OMNEGY décryptent l’évolution des prix du marché de l’énergie,
Le sommet sino-américain n’a pas produit d’avancées sur le dossier iranien, et le détroit d’Ormuz reste bloqué. La déception du marché s’est traduite par une hausse généralisée des cours de l’énergie sur la semaine, du pétrole à l’électricité :
Macroéconomie & Géopolitique :
Le sommet Trump-Xi des 14-15 mai à Pékin n’a pas produit la sortie de crise attendue par les marchés. Les communiqués des deux capitales divergent ouvertement sur l’Iran comme sur Ormuz, ce qui signale qu’aucune des deux parties n’a bougé. Le détroit reste effectivement fermé au trafic, et le cessez-le-feu Iran-US est désormais qualifié de « sous assistance respiratoire » par Donald Trump.
La déception du marché s’est traduite par une tension visible sur trois fronts simultanément : le pétrole (Brent +9,4% sur la semaine en équivalent euros), les taux longs américains (Treasury 10 ans à 4,60%, plus haut depuis février 2025, et 30 ans à 5,13%, niveau inédit depuis 2007) et le change (euro à 1,163 contre 1,179, -1,4%). Cette concomitance est d’autant plus notable que les États-Unis sont eux-mêmes exportateurs nets de brut et exercent un contrôle étroit sur les exportations vénézuéliennes via leur régime de sanctions. Le bras de fer pétrolier dépasse donc la seule question d’Ormuz : chaque acteur dispose de leviers, et leur usage entretient la fébrilité du marché.
Sur les taux américains spécifiquement, la hausse a été déclenchée par les rapports d’inflation publiés en milieu de semaine, qui confirment que le choc énergétique nourrit l’inflation, puis amplifiée vendredi par le résultat du sommet. Le différentiel de taux a soutenu le dollar. Pour un acheteur européen, le recul de l’euro amplifie mécaniquement la facture sur les matières premières cotées en dollars (pétrole, charbon, GNL) ; les variations en euros présentées dans les sections suivantes intègrent cet effet de change. La Banque Centrale Européenne avait, de son côté, maintenu ses taux directeurs le 30 avril (dépôt à 2,00%), tout en relevant l’intensification des risques inflationnistes liés à la guerre au Moyen-Orient.
Gaz naturel: +4,9% sur les prix pour 2027 et +13,7% pour les prix de juin 2026
Le prix du gaz à livraison juin 2026 est passé de 43,49 à 49,43 €/MWh, soit une hausse marquée de 13,7 %. Le contrat 2027 a progressé plus modérément, de 35,35 à 37,08 €/MWh (+4,9%), et le 2028 est resté quasi stable à 27,24 €/MWh (+1,0%).
La dynamique vient principalement de l’Asie, où les prix du GNL ont nettement progressé sur la semaine (détails dans la section « Prix du gaz dans le monde » plus bas). Les acheteurs asiatiques craignent une prolongation du blocage d’Ormuz, par lequel transitent les exportations qatariennes de GNL.
QatarEnergy a confirmé début mai l’extension de sa force majeure sur ses livraisons jusqu’à mi-juin au moins, les dégâts sur le site de Ras Laffan étant estimés à 20 milliards de dollars de revenus annuels et à 5 ans de reconstruction. Les clients italiens, belges, sud-coréens et chinois sont nommément impactés et gérés via cargaisons de substitution et livraisons reportées.
Les acheteurs asiatiques sécurisent donc des volumes alternatifs auprès des États-Unis et de la Norvège, les mêmes fournisseurs qui livrent l’Europe. La concurrence sur ces cargaisons remonte les prix européens par contagion.
Côté fondamentaux européens, les stocks de gaz se sont remplis normalement (34,5% → 36,0%, soit 407 TWh ; 37,1% en France), et les flux norvégiens sont stables autour de 272 Mm³/j. La température moyenne française est descendue à 11,1°C, soit 4,6°C sous la normale saisonnière, ce qui a soutenu la demande pour le chauffage résiduel.
Électricité : +6,6% sur les prix pour 2027 et +2,3% pour les prix de juin 2026
Le contrat électricité 2027 est passé de 52,31 à 55,75 €/MWh (+6,6%), et le 2028 de 50,04 à 51,65 €/MWh (+3,2%). Sur le mois prochain, juin 2026, la hausse est plus mesurée à +2,3% (23,59 → 24,14 €/MWh).
La hausse de l’électricité reflète celle du gaz et du charbon, qui restent les combustibles déterminant le prix de gros sur les marchés européens. La France, même avec un mix électrique majoritairement bas-carbone, est tirée vers le haut par les prix de ses voisins allemand et italien, plus exposés au fossile. Le mécanisme d’interconnexion européen aligne progressivement les prix entre pays.
Les fondamentaux français pour la semaine restent globalement favorables. La disponibilité nucléaire s’établit à 47,6 GW sur un parc installé de 63 GW (soit environ 76%), en très légère baisse par rapport aux 48,9 GW de la semaine précédente. Le rafraîchissement net des températures a soutenu la consommation côté chauffage, mais l’effet est resté limité sur le contrat court terme — la hausse de juin 2026 reste contenue à 2,3%.
Pétrole : +9,4 % sur le prix du pétrole brut
Le Brent (référence mondiale du pétrole brut) est passé de 85,91 à 93,95 €/baril sur la semaine, soit une hausse de 9,4% en équivalent euros (intégrant l’effet de change). Les barils des pays producteurs du Golfe restent en partie bloqués à l’export : Arabie saoudite, Irak, Koweït et Émirats arabes unis ont tous vu leurs exportations dégradées par la fermeture d’Ormuz, ce qui maintient une prime de risque importante sur le brut.
Co2: +0,6 % sur le prix des quotas pour décembre 2026
Les quotas CO2 (EUA, les permis d’émission échangés sur le marché européen) sont restés quasi stables, à 75,62 €/tonne contre 75,20 €/tonne. Le marché est pris entre deux forces opposées : d’un côté, la hausse du gaz et du charbon constitue normalement un soutien mécanique au prix des quotas, puisque les industriels qui passent au charbon doivent en acheter davantage pour couvrir leurs émissions ; de l’autre, les prix élevés de l’énergie pèsent sur l’activité économique européenne et donc sur les besoins en quotas.
S’y ajoute le contexte politique : le marché ETS reste sous pression depuis début 2026 (déclarations allemandes, demande italienne de suspension, révision attendue cet été), ce qui freine la formation du prix.
Charbon: +5,2 % sur la tonne de charbon
Le charbon est passé de 94,66 à 99,57 €/tonne sur la semaine, soit une hausse de 5,2% en équivalent euros. Cette hausse est principalement la conséquence mécanique de celle du gaz : quand le gaz monte rapidement, les producteurs d’électricité fossile européens reviennent vers le charbon pour produire à moindre coût, ce qui tire la demande et le prix.
Prix du gaz dans le monde :
Les marchés gaziers mondiaux ont tous progressé sur la semaine, mais à des rythmes différents (variations exprimées en équivalent euros).
En Asie, le JKM (Japan Korea Marker, indice de référence pour les cargaisons de GNL livrées au Japon et en Corée) a fortement progressé de 12,9%, passant de 48,82 à 55,14 €/MWh. Cette hausse traduit la course des acheteurs asiatiques aux cargaisons de substitution, après l’extension de la force majeure de QatarEnergy : les volumes habituellement livrés depuis le Qatar sont remplacés en urgence par des cargaisons américaines et russes.
Aux États-Unis, le prix du gaz domestique (Henry Hub) a aussi monté de 8,8% (7,98 → 8,68 €/MWh), porté par la demande d’exportation de GNL américain qui s’est intensifiée face aux besoins asiatiques.
L’écart de prix entre les zones reste très important : environ 55 €/MWh en Asie contre moins de 9 €/MWh aux États-Unis. Cet écart crée une forte incitation économique à diriger les cargaisons américaines de GNL vers l’Asie plutôt que vers l’Europe, en pleine période de remplissage des stocks européens.