Paris, le 21 juillet 2026 – Les dernières enquêtes de conjoncture confirment une situation très dégradée pour les ETI au 2ème trimestre 2026, sous l’effet de l’accumulation de chocs conjoncturels et d’ajustements structurels. Crise après crise, budget après budget, l’équation pour les ETI qui produisent et travaillent en France s’est durablement compliquée. Notre dernier Baromètre du financement des ETI comme la note de Trendéo sur l’emploi et l’investissement dans les ETI dessinent un même scénario : les coûts ne cessent de croître et l’activité de décroître. Prises en étau, les ETI doivent arbitrer : elles maintiennent l’investissement mais temporisent sur l’emploi. Un vrai changement de stratégie par rapport aux créations d’emplois des années 2009-2016 qui peut être vu comme un pari sur l’avenir ; la question est de savoir si ce pari sur l’avenir demeurera encore le pari du travailler, produire et investir en France.
Un environnement particulièrement adverse
Jamais l’équation des ETI n’a été aussi tendue. Les contraintes structurelles d’abord, avec des prélèvements obligatoires en hausse sensible sur les vingt-quatre derniers mois et un coût du travail qualifié qui demeure le plus élevé de l’Union européenne : 54 % des ETI estiment que sa récente hausse, sous l’effet du gel des allègements généraux, affectera directement leurs décisions de maintien de l’emploi, de recrutement ou de rémunération. Les contraintes conjoncturelles ensuite : le conflit au Moyen-Orient s’est diffusé par les coûts, 70 % des ETI signalant une hausse des prix de l’énergie, 62 % celle de leurs intrants, et plus de 8 sur 10 un impact sur leurs approvisionnements. Le tout sur fond de demande atone : 44 % des ETI font état d’un carnet de commandes moins rempli qu’un an auparavant (contre moins de 30 % en mars).
Les indicateurs d’activité poursuivent leur dégradation
L’activité pâtit de la situation. Plus d’une ETI sur deux juge que la situation de son secteur s’est détériorée en un an ; elles ne sont plus que 12,2 % à percevoir une amélioration, contre 20 % en mars. À l’échelle de l’entreprise, le diagnostic est tout aussi net : une ETI sur deux constate une dégradation de sa rentabilité et 48 % se déclarent désormais inquiètes pour la fin de l’année. Ces tensions se lisent jusque dans les bilans. La trésorerie s’est dégradée sur un an pour 46 % des ETI (contre 35 % en mars), près de 27 % rencontrent des difficultés compromettant le respect de leurs covenants bancaires, et la part de celles qui envisagent de refinancer leur dette a doublé depuis mars.
Des arbitrages s’imposent : l’investissement s’accroche, mais l’emploi décroche
72 % des ETI ont engagé ou prévoient un projet de croissance organique en 2026, contre 56 % en mars : le volontarisme est manifeste. Deux réserves le tempèrent toutefois. La géographie d’abord, la plus préoccupante : une ETI sur trois a arrêté, suspendu ou réorienté un projet en France, et les arbitrages se reportent vers le reste de l’Europe. Le trompe-l’œil des montants ensuite : le rebond de + 81 % mesuré par Trendéo pour le deuxième trimestre 2026 (à 5,7 Md€) repose à 60 % sur trois méga-projets ; une fois neutralisées les annonces supérieures à 500 M€, l’investissement ressort à 2,3 Md€, inférieur de 9 % à sa moyenne triennale.
L’emploi, quant à lui, décroche nettement. Le solde net d’emplois créés par les ETI tombe à + 1189 sur le trimestre, en recul de 66 % en trois mois et de 58 % sous sa moyenne triennale, sous l’effet d’une envolée des suppressions (+ 255 %). La production de services reste le quasi unique moteur de l’emploi, tandis que la production industrielle détruit 370 emplois nets. Ce reflux à la source est confirmé par le Baromètre : la part des projets générant au moins 50 emplois s’effondre (18 % pour la croissance organique, contre 28 % en mars ; 27 % pour la croissance externe, contre 46 %). L’emploi des jeunes est particulièrement affecté : plus de 7 ETI sur 10 ont dû réduire leurs recrutements d’apprentis en 2026 par rapport à 2024.
De nouvelles stratégies pour préserver l’avenir ?
Ce double mouvement – temporiser sur l’emploi, préserver l’investissement – signe un changement de stratégie révélateur. Sur la période 2009-2016, face à la crise financière puis de la dette en zone euro, les ETI avaient fait l’inverse : elles avaient défendu l’emploi, au prix de leurs marges et donc de leur capacité d’investissement. Aujourd’hui, l’arbitrage se retourne, car l’accumulation des contraintes ne laisse plus la même latitude. Là où les marges se dérobent, les ETI choisissent de préserver l’investissement – si nécessaire dans l’intelligence artificielle et la décarbonation, notamment –, plutôt que l’emploi. C’est une stratégie de résistance : investir aujourd’hui, par gros temps, pour durer et préparer les emplois de demain.
Une question se pose : si l’envie d’investir demeure, la France en capte une part déclinante ; la stratégie de résistance des ETI se fera-t-elle au bénéfice du site France ? Un indicateur est, à cet égard, préoccupant : les rachats d’ETI françaises ont atteint un niveau particulièrement élevé ce trimestre (21 opérations contre 13 en moyenne ces quatre dernières années), et plus de la moitié sont le fait d’acquéreurs étrangers de huit nationalités, y compris hors d’Europe, ciblant nos ETI à plus forte valeur ajoutée. Les enjeux de détention souveraine du capital productif français sont encore plus cruciaux dans cette période de fragilité et d’instabilité.
Depuis deux ans, les signaux faibles remontés par les ETI et le METI se retrouvent dans les signaux forts macroéconomiques : le Gouvernement vient d’abaisser sa prévision de croissance, le chômage augmente et les intentions de recrutement – apprentis compris – diminuent, les défaillances frisent de nouveaux sommets. Dans ce contexte, le METI appelle à desserrer l’étau des contraintes qui pèsent sur les ETI : renoncer à tout nouvel alourdissement du coût du travail, poursuivre la baisse de la fiscalité de production, sanctuariser le Pacte Dutreil et les mécanismes de la détention et de la transmission du
capital productif. Sans tarder, la France doit reprendre le chemin de son réalignement compétitif sur la moyenne européenne. C’est à cette condition que le pari d’avenir des ETI bénéficiera pleinement à la prospérité du pays.
Accédez à l’intégralité des résultats :
Baromètre Palatine-METI du financement des ETI
Note de Trendéo sur l’emploi et l’investissement dans les ETI au T2 2026
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À propos des ETI en France
7 200 ETI
1 380 milliards d’euros de chiffre d’affaires
25 % de l’emploi en France
38 % de l’emploi industriel en France
1/3 des exportations françaises
2/3 des sièges sociaux des ETI situés hors de l’Île-de-France
À propos du METI
Fédérant la communauté des ETI à l’échelle nationale et à travers le réseau des Clubs ETI régionaux, le METI poursuit une ambition : placer les ETI, entreprises de long terme garantes de la prospérité des régions, au cœur de la stratégie économique de la France et de l’Union européenne. Son action se structure suivant quatre axes principaux :
- Documenter et mettre en lumière la contribution majeure des ETI au développement économique et social de leurs territoires d’implantation (base industrielle, emplois, exportations, investissements, transformations, responsabilité sociétale, etc.)
- Plaider pour la restauration des conditions du « travailler, produire et s’engager » en France, en valorisant l’investissement de long terme et en s’attaquant au différentiel de compétitivité du site France
- Promouvoir les dynamiques de transformation et d’engagement des ETI, sur les plans environnemental, numérique et sociétal
- Appeler à la création d’une catégorie ETI européenne et à la prise en compte des enjeux des ETI par les institutions européennes
