FLASH MARCHÉS : AU DELA DU FLOU, LA SEMAINE FINIT SUR UNE NOTE POSITIVE Les discussions se poursuivent avec la médiation du Pakistan mais également de la Chine. Les données américaines demeurent résilientes avec une croissance qui a rebondi au premier trimestre. A l’inverse, les données d’activité de la zone Euro s’essoufflent avec une croissance au premier trimestre à 0,1% vs 0,2% attendus. Au-delà du flou persistant lié à la situation géopolitique, la semaine finit sur une note positive. En effet, la décision des Etats-Unis de libérer le détroit d’Ormuz, en escortant des navires « neutres » coincés dans le détroit d’Ormuz depuis deux mois tout en maintenant le blocus des ports Iraniens, a rompu le Cessez-le-feu et l’Iran a répondu en attaquant des navires et des installations pétrolières des Emirats Arabes Unis. Malgré tout, les attaques sont demeurées ciblées, l’opération américaine a finalement été suspendue et le ministre de la Guerre américain a déclaré que la trêve demeurait en vigueur. Les discussions se poursuivent avec la médiation du Pakistan mais également de la Chine avec le ministre des Affaires étrangères iranien attendu prochainement à Pékin. En dépit d’annonces d’avancées constructives et d’accord imminent de la part de Donald Trump, la dernière proposition transmise par Téhéran semble rester inacceptable faute d’engagement sur l’épineux sujet nucléaire. Dans ce contexte, la pression sur les prix énergétiques reste élevée et l’effet de l’annonce de l’OPEP + d’augmenter sa production de 188 millions de barils par jour est limité par la sortie des Emirats Arabes Unis du cartel et des contraintes logistiques qui perturbent sa production avec seulement 27,7 MB/jour produits en mars versus un quota théorique de 36,7. Les données américaines demeurent résilientes avec une croissance qui a rebondi au premier trimestre de 2% annualisés et une estimation de la Fed d’Atlanta à 3,5% pour le second versus 0,4% au dernier trimestre 2025. L’activité est soutenue par la reprise des dépenses publiques post shutdown, l’investissement et la consommation (l’épargne américaine atteignant un point bas à 3,6%). Les indices ISM manufacturier et des services demeurent positifs à 52,7 et 53,6. Le marché de l’emploi tient bien avec les plus faibles inscriptions au chômage depuis 1969 à 189k vs 215k précédents, l’ADP révèle un rebond des créations d’emplois à 109k en avril vs 69k en mars et l’enquête JOLTS pointe une hausse des ouvertures de postes inférieure aux attentes à 6866 vs 6850 attendus. Les données américaines d’inflation sont en hausse, notamment l’inflation PCE à 3,5% sur un an en mars vs 2,8% sur février et l’inflation sous-jacente en hausse à 3,2%, ce qui correspond aux répercussions de la guerre commerciale et pas encore des répercussions géopolitiques, ni de celles des récentes menaces de hausses de droits de douanes – notamment de 25% sur le secteur automobile européen. Ces données n’incitent pas la Fed à poursuivre les baisses de taux pour le moment et la dernière réunion a permis de révéler la volonté de Powell de siéger au Conseil des gouverneurs à la fin de son mandat afin d’être un contrepoids face aux pressions pour une politique trop accommodante de la Fed. A l’inverse, les données d’activité de la zone Euro s’essoufflent avec une croissance au premier trimestre à 0,1% vs 0,2% attendus. L’inflation sous-jacente européenne ralentit à 2,2% en avril vs 2,3% précédemment. La hausse de l’inflation totale se concentre sur l’énergie et explique l’essentiel de celle-ci en avril, à 3% sur un an vs 2,6% en mars. La hausse des prix à la production en mars à 3% sur un mois vs 0,5% en février démontre cependant des premiers signes de répercussion des prix énergétiques. Lors de sa dernière réunion, la BCE a eu un ton plus accommodant qu’attendu malgré une préparation à une hausse des taux pour juin suite au maintien des taux en avril, Mme Lagarde soulignant l’absence d’effet de second tour attendu et des données de croissances prévues plus faibles sur la zone Euro. La BOE a également été plus accommodante avec également un maintien de ses taux et M. Bailey a soutenu que la hausse des taux sur les marchés a déjà contribué à durcir les conditions financières. Coté Pacifique, la Banque d’Australie a en revanche remonté ses taux dans un contexte de croissance bien orientée et la Banque du Japon est intervenue pour soutenir sa devise, dont la faiblesse alimente les risques d’inflation importée alors que 90% du pétrole brut japonais provient du Moyen-Orient dont 70% qui transitent par le détroit d’Ormuz. En outre l’inflation japonaise à 2,4% en mars est au-dessus de sa cible et des hausses de salaires de 5% sont attendues pour 2026 selon les syndicats. Dans ce contexte optimiste sur les marchés malgré le manque d’éléments tangibles sur la fin imminente du conflit et le risque de répercussions économiques durables quelle qu’en soit l’issue, nous avons décidé de diminuer tactiquement notre score action tout en maintenant notre vue positive sur les marchés de taux et de crédit, les marchés ayant modérément réagi au ton plus accommodant que prévu de la BCE. Actions européennes L’espoir d’un compromis entre Washington et Téhéran, incluant une possible réouverture du détroit d’Ormuz et un moratoire sur l’enrichissement d’uranium, a de nouveau alimenté l’optimisme des investisseurs. Dans ce contexte, les marchés actions européens ont bénéficié d’un environnement progressivement plus apaisé, soutenu à la fois par le net recul des prix du pétrole, désormais repassés sous la barre des 100 $, et par la perspective d’une accalmie durable du conflit au Moyen-Orient. Sur le plan macroéconomique, les dernières statistiques confirment la fragilisation progressive de l’économie européenne sous l’effet du contexte géopolitique. Les indices des prix à la production ont nettement rebondi en mars (+3% en glissement mensuel vs +0,4% en février), signalant une intensification des pressions inflationnistes. Sur le plan microéconomique, le secteur technologique reste bien orienté, toujours porté par la thématique de l’intelligence artificielle, en particulier dans les semi-conducteurs. Infineon illustre cette dynamique avec des résultats nettement supérieurs aux attentes, soutenus par une demande très forte liée aux data centers, notamment dans les semi-conducteurs de puissance et les solutions d’alimentation électrique. Dans la défense, la vigueur demeure avec des publications bien orientées, notamment pour MTU Aero Engines, Kongsberg et Leonardo, toutes trois ayant dépassé les attentes grâce à un carnet de commandes en rapide expansion. Exosens signe également une solide croissance au premier trimestre, portée par la forte dynamique de l’activité défense et imagerie thermique. Toutefois, le problème des capacités de production et des perturbations de chaînes d’approvisionnement persiste, illustré par la publication de Renk. Côté automobile, Continental, BMW et Ferrari ont rassuré avec des résultats supérieurs aux attentes, même si le constructeur italien a vu ses livraisons reculer en raison des perturbations liées au conflit en Iran. Novo Nordisk a légèrement relevé sa guidance 2026 après un premier trimestre meilleur qu’attendu, porté par le lancement de Wegovy aux États Unis, tandis que GTT continue de renforcer son carnet de commandes avec cinq nouvelles commandes de réservoirs pour transporteurs de GNL. Enfin, Lufthansa a publié des résultats supérieurs aux attentes, profitant des modifications de flux aériens en dehors du Moyen Orient. Actions américaines Sur la semaine, les actions américaines repartent nettement à la hausse, portées par l’espoir d’une désescalade au Moyen-Orient et par un nouveau rallye des valeurs liées à l’intelligence artificielle. Le S&P 500 gagne 1,9 %, le Nasdaq Composite 2,9 % et le Russell 2000 2,6 %, avec de nouveaux plus hauts historiques pour le S&P 500 et le Nasdaq. La situation géopolitique autour du détroit d’Ormuz reste tendue, mais les marchés commencent à intégrer un scénario de sortie progressive de crise. Les discussions entre Washington et Téhéran autour d’un mémorandum d’entente laissent entrevoir une réouverture graduelle du détroit, même si le blocus n’est pas encore levé. Cette perspective déclenche un repli des prix de l’énergie : après avoir atteint 110 dollars fin avril, le WTI retombe en dessous de 95 dollars. Du côté de la Réserve fédérale, le discours reste prudent, avec un accent mis sur le risque que représente toujours l’inflation par rapport au marché du travail. La banque centrale laisse entendre que les taux directeurs pourraient rester à leur niveau actuel « pendant un certain temps », d’autant qu’une productivité plus élevée est susceptible de soutenir la demande et donc de maintenir la pression sur les prix. Les marchés de taux ont largement abandonné le scénario d’une baisse des Fed funds en 2026 sans que cela n’empêche, pour l’instant, la progression des actifs risqués. D’un point de vue sectoriel, la technologie reste le principal moteur du marché. En effet, le secteur des technologies de l’information progresse de 4,1 %, porté par un puissant mouvement sur les semiconducteurs et l’IA. Advanced Micro Devices s’envole (+17%) après des résultats meilleurs que prévu et une forte révision à la hausse de ses perspectives dans les processeurs dédiés à l’IA, tandis qu’Intel poursuit sa remontée (+13%) sur fond d’anticipations de contrats de production avec Apple. Les valeurs liées aux infrastructures de données profitent également de cette dynamique : Super Micro Computer rebondit après des perspectives jugées rassurantes sur la demande de serveurs IA, GlobalFoundries est soutenue par une recommandation favorable mettant en avant ses relais de croissance de long terme. Plus en amont dans la chaîne, Corning gagne du terrain après l’annonce d’un partenariat stratégique avec Nvidia pour accroître la production de solutions optiques destinées aux data centers, illustrant l’élargissement du thème IA à des acteurs industriels plus traditionnels. Le secteur de la santé (+0,2 %) progresse très légèrement, avec de fortes disparités internes entre la poursuite de la progression des biotech, le rebond du life science et la baisse des équipementiers dont les perspectives sont prudentes et les marges sous pression. CVS Health est bien orientée après des résultats supérieurs aux attentes et un relèvement de ses prévisions annuelles. À l’inverse, les secteurs défensifs et liés directement à l’énergie sous-performent. Le secteur de l’énergie recule de 3,1 %, logique consolidation après la forte hausse liée au choc pétrolier des semaines précédentes. Marchés émergents L’indice MSCI EM affiche une hausse de 6,12 % (en dollars) jeudi, la plupart des principaux marchés émergents ayant terminé la journée en territoire positif. La Corée du Sud, Taïwan, le Mexique, l’Inde, la Chine et le Brésil ont progressé respectivement de 16,64 %, 7,03 %, 4,19 %, 2,26 %, 1,94 % et 0,42 %. En Chine, l’indice PMI des services avril a grimpé en avril à 52,6 (contre 52,1), et l’IPP devrait bondir à environ 2 % en glissement annuel, contre 0,5 %, en raison des prix des matières premières influencés par le Moyen-Orient, tandis que l’IPC reste modéré à environ 1,1 %. Pékin a ordonné aux grandes banques de suspendre l’octroi de nouveaux prêts à cinq raffineries sanctionnées par les États-Unis en raison de leurs liens avec le pétrole iranien, et le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a reçu son homologue iranien Araghchi, appelant à une réouverture rapide du détroit d’Ormuz — la Chine se positionnant ainsi comme un médiateur de paix au Moyen-Orient avant la rencontre attendue entre Xi et Trump. Du côté des entreprises, DeepSeek est sur le point d’atteindre une valorisation de 45 milliards de dollars grâce au soutien du « Big Fund » chinois, tandis que Doubao (l’application d’IA de Douyin) lance en mai des abonnements payants pouvant atteindre environ 745 dollars par an afin de faire face à la charge de calcul liée à ses 340 millions d’utilisateurs actifs mensuels. En Corée du Sud, l’indice CPI a accéléré pour atteindre 2,6 % en glissement annuel en avril — son rythme le plus rapide depuis juillet 2024 — sous l’effet de la répercussion des prix du pétrole. L’indice PMI manufacturier a atteint son plus haut niveau depuis février 2022, et les exportations du premier trimestre ont établi un record, en hausse de 37,8 % en glissement annuel, tirées par les puces électroniques. À Taïwan, l’indice CPI a augmenté de 1,74 % en avril en raison des coûts énergétiques, et l’indice PMI manufacturier a atteint 55,3 — son plus haut niveau depuis décembre 2021 (marquant ainsi le cinquième mois consécutif de hausse). MediaTek a annoncé des résultats records pour le premier trimestre et des prévisions solides pour les puces électroniques ASIC d’IA ; des rapports l’ont également identifié comme le seul fournisseur de puces pour téléphones mobiles d’OpenAI. Le chiffre d’affaires d’Hon Hai en avril a augmenté de 29,7 % en glissement annuel pour atteindre 832 milliards de NT$, grâce à la demande de serveurs d’IA. En Inde, l’indice PMI des services a atteint son plus haut niveau en cinq mois à 58,8 (contre 57,5) grâce à la croissance de l’emploi, et l’indice PMI manufacturier a grimpé à 54,7. Le gouvernement a approuvé un programme de garantie de crédit d’urgence d’environ 1,9 milliard de dollars pour soutenir les entreprises touchées par les perturbations au Moyen-Orient. Le BJP a remporté une victoire écrasante au Bengale occidental, évinçant le TMC de Mamata Banerjee après 15 ans au pouvoir. Les résultats du quatrième trimestre de la Kotak Mahindra Bank ont dépassé les attentes grâce à une baisse des provisions, mais la marge d’intérêt nette (NIM) s’est resserrée, passant de 4,97 % à 4,67 %, avec des prévisions prudentes ; le taux brut d’actifs non performants (NPA) s’est amélioré pour s’établir à 1,20 %. La Reserve Bank of India a également approuvé l’acquisition par Kotak d’une participation pouvant atteindre 9,99 % dans Federal Bank. Au Mexique, l’indice PMI manufacturier a chuté à 47,7, marquant ainsi le huitième mois consécutif de contraction. Le différend bilatéral entre les États-Unis et le Mexique concernant le transport aérien s’est rapproché d’une résolution, mais le représentant américain au commerce, M. Greer, a noté que l’examen de l’USMCA (United States–Mexico–Canada Agreement) se prolongerait probablement au-delà de la date limite du 1er juillet. Au Brésil, l’indice PMI manufacturier a bondi à 52,6 (contre 49,0), son plus haut niveau en 14 mois, les commandes à l’exportation compensant la faiblesse du marché intérieur. Le président Lula a rencontré Donald Trump jeudi, avec à l’ordre du jour les minéraux critiques, les géants de la technologie et les centres de données. La Chambre basse a adopté le projet de loi sur les minéraux critiques/stratégiques élargissant les pouvoirs de l’État sur les terres rares. Dettes d’entreprises Les marchés boursiers internationaux ont connu une forte reprise cette semaine, portés par l’optimisme suscité par la perspective d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran. Si côté actions le S&P a touché des plus hauts, coté obligataire, cette semaine encore, les taux souverains, très volatils, ont été corrélés aux mouvements des prix du pétrole. Le Brent est aujourd’hui le « proxy » inflation, touchant à 2 reprises 115$ pour finir juste sous la barre des 100$ en cette fin de semaine. C’est pourquoi, les taux 2 ans et 10 ans allemands ont baissé respectivement de 22bps et 17bps ! Les marchés du crédit, moins volatils, ont montré des signes de normalisation après les perturbations causées par le conflit avec l’Iran. Le Xover qui s’était établi autour des 290-300bp fin avril est revenu à 275bp, soit -25bp. Les performances sur la semaine s’établissent à +0,30% pour l’IG, +0,40% pour le HY et +0,56% pour les Cocos. Dans ce contexte, la dynamique sur le marché primaire reste forte. Sur les financières subordonnées, Unicaja et Helaba ont émis une AT1 en euro à 5,95% et 6,125% respectivement. Et en cette fin de semaine, nous avons des annonces sur des émissions d’obligations perpétuelles de Socgen avec un rendement de 6,5% et DB avec un rendement de 7.25%. Sur le High Yield, à noter le retour d’Ineos avec une émission 2031 de 700 millions € à 7,875%. Et enfin coté Hybrides, Carlsberg a émis une perpétuelle pour 1 milliard € à 4,375%.