lun. Avr 27th, 2026

Commentaire de Lale Akoner, analyste de marchés chez eToro

Les actions mondiales évoluent à des niveaux records, ou tout près, avec un S&P 500 en hausse de près de 10 % depuis fin mars.

Le message de fond est assez clair : les bénéfices résistent, les marges progressent et les consommateurs aisés continuent de dépenser. Mais cette solidité reste très sélective.

Commençons par la consommation.

American Express ($AXP) a publié de solides résultats : bénéfice en hausse de 18 % sur un an, dépenses en progression de 10 %, et une activité toujours dynamique dans les voyages et la restauration. Même la forte hausse des frais de sa carte Platinum n’a pas freiné la demande.

Autrement dit, les consommateurs les plus aisés restent solides.

Cette résilience se retrouve ailleurs. Les acteurs du voyage haut de gamme, comme Marriott ($MAR) et Delta ($DAL), continuent de bénéficier de dépenses discrétionnaires soutenues.

Mais cela ne profite pas à tout le monde.

Certains parlent d’une « économie en E » : les hauts revenus accélèrent, les classes moyennes tiennent bon, tandis que les ménages modestes stagnent en termes réels. Cela aide à comprendre pourquoi Walmart ($WMT) et Dollar General ($DG) affichent une dynamique plus contrastée que les valeurs exposées au haut de gamme.

Prenons maintenant du recul et regardons le moteur du marché : les profits.

Les marges du S&P 500 remontent discrètement vers environ 19,8 %, tandis que la croissance du chiffre d’affaires continue de dépasser celle des coûts. C’est une combinaison puissante. Les entreprises protègent mieux que prévu leur rentabilité, notamment grâce à des gains d’efficacité, y compris liés à l’IA.

Ce qui nous amène au principal moteur du marché : la Big Tech.

Près de 60 % de la croissance attendue des bénéfices en 2026 devrait venir du secteur technologique, avec Microsoft ($MSFT), Nvidia ($NVDA) et Alphabet ($GOOGL) en tête. Les résultats publiés cette semaine par MicrosoftAlphabetAmazonMeta et Apple seront déterminants, car ces entreprises représentent une part importante de l’indice.

Le marché continue donc de s’appuyer sur une vague de bénéfices étroite, mais puissante, tirée par la technologie.

Dans le même temps, le rythme du rally commence à attirer l’attention.

Le positionnement sur certains segments très fréquentés, comme les semi-conducteurs et l’énergie, devient plus tendu, et les investisseurs commencent à se couvrir davantage. Cela ne signale pas forcément un retournement, mais montre que les attentes montent.

Reste la géopolitique.

Le conflit entre les États-Unis et l’Iran n’est toujours pas résolu, les discussions de paix patinent et les prix du pétrole restent élevés. La hausse de l’énergie n’a pas fait dérailler les marchés, mais elle maintient une pression sur l’inflation et les coûts de production.

Exxon ($XOM) et Chevron ($CVX) seront à surveiller, à la fois comme bénéficiaires de la hausse du pétrole et comme indicateurs de l’évolution de cette tendance.

Conclusion d’investissement :

  • Le consommateur reste solide, mais surtout dans le haut de gamme.
  • Les bénéfices progressent, mais restent concentrés dans quelques secteurs.
  • Les marges s’améliorent, mais demeurent sensibles aux coûts des intrants.

Les anticipations de croissance pour les prochaines années continuent d’être revues à la hausse, ce qui soutient le marché, mais relève aussi le niveau d’exigence, en particulier pour la technologie et les financières.

Ce marché repose sur des fondamentaux solides, mais son leadership reste clairement concentré.

Les valeurs de qualité, capables d’imposer leurs prix, continuent de se distinguer. Dans le même temps, l’amélioration des conditions pourrait permettre à davantage de secteurs de participer progressivement à la hausse.

Pour les investisseurs, le message est simple : rester investi, mais rester sélectif.

La nouvelle Fed : quand l’assouplissement quantitatif est allé trop loin

Les marchés entrent dans une nouvelle phase. Pendant des années, les taux ultra-bas et le QE ont soutenu les prix des actifs, réduit la volatilité et donné l’impression que le capital était abondant. Ce contexte change sous la nouvelle présidence de la Fed, et cela devient de plus en plus important pour les investisseurs particuliers, alors que les taux plus élevés, la liquidité plus rare et les tensions dans des segments comme le crédit privé commencent à apparaître.

Les effets régressifs du QE comptent pour le positionnement. L’inflation des actifs a surtout profité aux détenteurs d’actions, d’immobilier et d’actifs privés, tandis que les épargnants en cash ne gagnaient rien. Ce vent porteur s’estompe. Les rendements devraient être moins tirés par le bêta de marché et dépendre davantage de la qualité des bénéfices et de la discipline de valorisation.

Deuxième point : l’ère de la mauvaise allocation du capital est en train d’être corrigée. Des années de rendements artificiellement comprimés ont poussé les capitaux vers des zones géographiques plus risquées, les marchés privés et les « entreprises zombies ». À mesure que les coûts de financement se normalisent, les modèles économiques les plus fragiles sont mis sous pression. Les investisseurs doivent privilégier la solidité des bilans et la durabilité du rendement du capital.

Troisièmement, le QE a encouragé l’ingénierie financière plutôt que l’investissement productif. Les rachats d’actions financés par dette bon marché ont soutenu le bénéfice par action, sans nécessairement renforcer la croissance de long terme. Dans un environnement de taux plus élevés, cette stratégie est moins efficace. Les marchés devraient de plus en plus récompenser les dépenses d’investissement, l’innovation et la création de valeur réelle.

Quatrièmement, les responsables politiques comme les investisseurs ont mal évalué le risque. La dette publique a fortement augmenté sur l’hypothèse que les coûts d’emprunt resteraient faibles, tandis que les institutions ont pris davantage de risques pour atteindre leurs objectifs de rendement. Avec une liquidité qui n’est plus « gratuite », il faut s’attendre à plus de volatilité et à des tensions de financement, déjà visibles dans le crédit privé.

Cinquièmement, le QE et les politiques de taux négatifs ont comprimé la rentabilité des banques, perturbant la transmission du crédit. À mesure que les marges se normalisent, les dynamiques de prêt et la disponibilité du crédit vont évoluer, renforçant le durcissement des conditions financières.

Le message plus large de Warsh — la Fed n’est pas le « seul acteur en jeu » — a des implications directes. À mesure que la politique monétaire se retire, les marchés doivent fonctionner avec moins de soutien et davantage de découverte des prix.

Pour les investisseurs, c’est une transition vers un marché où la qualité, la sélectivité et la gestion du risque comptent plus que jamais.

Cinq géants de la tech décident d’un quart du marché

Quelle que soit l’issue du conflit iranien, et quel qu’en soit le calendrier, tous les regards sont tournés cette semaine vers les résultats de la Big Tech. Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft publieront leurs résultats mercredi, puis Apple jeudi. C’est le test ultime.

À elles cinq, ces entreprises représentent environ un quart de la capitalisation du S&P 500. Les éléments les plus importants seront les perspectives de dépenses d’investissement, les commentaires sur la monétisation de l’IA et l’évolution des marges. Les coûts opérationnels sont le tueur silencieux des marges à l’ère de l’IA. Au final, tout dépendra du pouvoir de fixation des prix : les entreprises peuvent-elles répercuter la hausse des coûts sur leurs clients ?

Voici l’analyse technique de Meta et Alphabet.

Meta de retour dans sa tendance après la correction : quel potentiel reste-t-il ?

L’action Meta a marqué une pause la semaine dernière, clôturant en baisse de 2,0 % à 675 dollars. Elle reste néanmoins en hausse d’environ 30 % depuis son point bas de mars.

Il y a deux semaines, le titre a repassé sa moyenne mobile à 20 semaines et franchi à la clôture le sommet moyen terme clé situé à 672 dollars. Auparavant, l’action avait connu une correction ABC de moyen terme au sein de sa tendance haussière de fond, reculant à un moment d’environ 35 % par rapport à son record historique.

Le retournement s’est produit à proximité d’un support majeur, autour de 479 dollars. Il y a quatre semaines, le titre est descendu à 519 dollars avant de repartir à la hausse. La tendance haussière de long terme reste donc intacte.

D’un point de vue technique, cela plaide pour une poursuite du mouvement vers le record historique. En cas de cassure, des prolongements vers 915 à 994 dollars seraient possibles, des hausses de 15 % à 25 % n’étant pas inhabituelles dans ce type de configuration.

À la baisse, le point bas de mars à 479 dollars reste le support clé.

Meta, graphique hebdomadaire. Source : eToro

Un record à portée de main : quelle suite pour Alphabet ?

L’action Alphabet se rapproche déjà nettement de son plus haut historique à 350 dollars. L’écart n’est plus que d’environ 2 %. La semaine dernière a encore enregistré une progression, certes modeste, de 0,9 %, pour clôturer à 342 dollars. Il s’agit de la quatrième semaine consécutive de hausse. Depuis son point bas de mars, le titre a rebondi d’environ 27 %.

En cas de franchissement à la hausse, un mouvement de prolongation à moyen terme de 15 % à 25 % serait envisageable, ce qui est typique dans ce type de phase. Cela suggère une zone cible comprise entre 402 et 438 dollars. En cas de prises de bénéfices à court terme, les premiers niveaux de support se situeraient autour de l’ancienne zone de cassure, vers 312 dollars, puis au niveau de la moyenne mobile à 20 semaines, proche de 306 dollars. La zone de support la plus importante se trouve toutefois nettement plus bas, dans le « fair value gap » compris entre 262 et 273 dollars.

Alphabet, graphique hebdomadaire. Source : eToro
Bitcoin et la fragilité du mouvement actuel

Les ETF Bitcoin ont enregistré huit jours consécutifs d’entrées nettes, totalisant 2,1 milliards de dollars, tandis que le prix rebondit depuis les 68 000 $. À première vue, le marché envoie un signal de solidité. Mais la structure interne de l’offre et de la demande raconte une autre histoire.

Au cours du dernier mois, les détenteurs de court terme (STH), plus tactiques et sensibles aux prix, ont vendu environ 290 000 BTC, constituant la principale source d’offre. En parallèle, les détenteurs de long terme (LTH), ainsi que les ETF, ont absorbé cette pression avec une demande dépassant les 300 000 BTC. L’équilibre s’est déplacé : l’offre provient du court terme, tandis que l’absorption repose sur des mains fortes. Le prix tient, oui — mais toutes les hausses ne se valent pas. Ici, la demande ne s’élargit pas, elle absorbe simplement.

La clé réside dans l’origine du mouvement. Aujourd’hui, ce n’est pas le marché spot qui mène, mais les futures. Et cela introduit une fragilité structurelle que le prix ne reflète pas. Lorsque la dynamique dépend davantage du levier que d’achats réels, la marge d’erreur se réduit. Le marché monte, mais sur des bases moins solides qu’il n’y paraît.
Dans ce contexte, les 80 000 $ cessent d’être un simple repère psychologique pour devenir un point de confluence critique. On y retrouve le prix moyen d’achat des “whales” (adresses détenant entre 1 000 et 10 000 BTC), le coût d’acquisition de l’ETF de BlackRock, ainsi que la moyenne agrégée des ETF.

Sur le plan tactique, les taux de financement restent négatifs, un environnement qui a historiquement précédé des short squeezes. Parallèlement, les conditions financières commencent à s’assouplir, ce qui retire un des principaux vents contraires récents. Sur le plan structurel, une nouvelle narration émerge : le bitcoin se découple du logiciel pour se rapprocher des actifs rares, sensibles à l’inflation.

Mais le marché n’a pas encore validé ce changement.
Pour un investisseur positionné au-dessus de 65 000 $, il n’y a pas d’urgence à agir. Le véritable signal viendra si le bitcoin se consolide au-dessus de 80 500 $ avec du volume spot, ou si les flux des ETF dépassent 50 000 BTC sur 30 jours. D’ici là : conserver, sans augmenter l’exposition. Une rupture de cette zone impliquerait un retour vers les plus bas annuels.

À court terme, enfin, tout n’est pas technique. Le facteur géopolitique et l’absence de progrès sur le CLARITY Act — dont la probabilité d’adoption en 2026 est déjà tombée sous les 45 % — restent des éléments à surveiller. Et surtout, il faut observer le comportement des détenteurs de court terme, car ce sont eux qui détiennent actuellement la gâchette.
Le marché n’a pas besoin de plus de liquidité ; il a besoin de véritables acheteurs.

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