mar. Mar 31st, 2026

Il n’y a pas que la hausse des cours du pétrole et du gaz naturel qui stresse les marchés actions et obligataires ces dernières semaines, la posture de la BCE et les déclarations de plusieurs de ces membres ont alimenté le stress.

Petit retour en arrière. Le 16 mars, la Banque des Règlements Internationaux (BIS) déclarait que les banques centrales ne devraient pas réagir par la politique monétaire à un choc d’approvisionnement en énergie, surtout s’il est temporaire.

Alors que la Fed, pourtant dans l’incapacité de baisser ses taux depuis plusieurs mois en raison d’une inflation sous-jacente toujours collante, adoptait des évolutions de langage très progressives face la hausse des prix de l’énergie, la BCE a fait le choix d’une rhétorique beaucoup plus musclée, se tenant prête à relever ses taux lors des prochaines réunions.

« Nous nous tenons prêts à ajuster l’ensemble de nos instruments, dans le cadre de notre mandat, pour assurer la stabilisation durable de l’inflation au niveau de notre objectif à moyen terme. » ou encore « Nous disposons d’une palette graduée d’options pour réagir. Nous ne serons pas paralysés par l’hésitation. » a déclaré Christine Lagarde il y a quelques jours.

Les messages envoyés par plusieurs membres de la BCE depuis le début de l’intervention militaire en Iran ont été tellement incisifs que les marchés financiers (via les contrats swaps et les futures sur taux d’intérêt) ont intégré à un moment donné la possibilité de 2 à 3 hausses de taux en 2026…soit un resserrement total potentiel de 50 à 75 points de base d’ici fin 2026 (!)

Si ce scénario se matérialisait, il constituerait un vrai risque pour l’activité économique en zone euro alors même que la prévision de croissance 2026 a été récemment abaissée…par la BCE, de 1.2% à 0.9%.

La hausse des prix de l’énergie et le langage musclé de la BCE ont entraîné un fort rebond des taux en zone euro : plus de 80 points de base de hausse en quelques semaines sur le taux 10 ans italien par exemple et près de 70 points de base de hausse pour le rendement de l’OAT en France.

L’échec de plusieurs banques centrales à prévoir correctement l’ampleur de la vague d’inflation qui avait suivi la pandémie de Covid a probablement poussé la BCE à un excès de zèle dans sa communication récente.

Alors que les situations d’aujourd’hui et de l’époque sont très différentes.

Si l’on prend le cas du pétrole par exemple : après le trou d’air lié au déclenchement de la pandémie début 2020, les cours du Brent et du WTI avaient entamé un rallye qui aura duré d’avril 2020 à mars 2022 (juste après le début de l’invasion de l’Ukraine), soit près de 2 ans de hausse des cours quasi ininterrompue ! Alors que nous ne sommes qu’à un mois de hausse des cours du pétrole pour l’instant.

Même constat pour les cours du gaz naturel en Europe qui étaient passés de 5€ /MWh au printemps 2020 à plus de…300€/MWh à l’été 2022. Donc là aussi, deux ans de hausse.

Et les différences entre les deux époques ne se limitent pas à la durée de hausse des prix de l’énergie.

Les prix du transport maritime, sur certaines voies, avait été multiplié par 10 entre 2020 et 2021.

Il faut également se souvenir que le soutien des banques centrales, face au risque économique que faisait courir la pandémie, avait été massif : la taille du bilan de la Fed et de la BCE avait doublé entre 2020 et 2022 ! De quoi stimuler très fortement l’économie et les marchés financiers, et soutenir une consommation « revancharde » après des mois de confinement et d’épargne forcée. Le marché de l’emploi s’était également tendu entraînant de fortes hausses de salaires.

Ce sont tous ces éléments combinés qui avaient entraîné la vague d’inflation post-Covid.

Bref une situation très différente de celle que nous connaissons aujourd’hui et c’est pourquoi il est capital pour la BCE d’éviter l’accident de politique monétaire en relevant trop fortement les taux face à un choc d’approvisionnement en énergie.

 

Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France

 

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