L’escalade au Moyen-Orient appelle à la prudence en matière d’exposition au risque EMD et de duration de base. À en juger par les objectifs et l’ampleur des ressources militaires déployées par les États-Unis, ainsi que par la volonté du régime iranien de riposter dans le cadre de sa lutte pour sa survie, le conflit pourrait être plus long que ne le laisse présager la réaction initiale des marchés. L’éventail des issues possibles s’est élargi, ce qui implique des probabilités accrues de scénarios extrêmes autour du scénario principal. Les États-Unis et Israël ont lancé l’attaque la plus sévère contre l’Iran depuis des décennies, et la réponse de Téhéran a été plus large que prévu. À ce stade, on peut donc affirmer sans risque que le conflit au Moyen-Orient est entré dans une nouvelle dimension.
Il va sans dire que le mécanisme clé de transmission entre les risques géopolitiques au Moyen-Orient et l’économie dans son ensemble est le prix du pétrole. Le marché pétrolier se trouve dans un régime d’offre abondante et l’OPEP s’est déjà engagée à augmenter son offre quotidienne de pétrole de plus de 200 000 barils/jour en réponse à l’escalade. Cependant, nous soupçonnons que les marchés anticipent une résolution rapide, sous-estimant les risques d’un conflit prolongé et la volonté de l’Iran de frapper des infrastructures pétrolières plus larges et des routes commerciales. Nous pensons donc que les prix actuels du pétrole resteront élevés pendant un certain temps et pourraient connaître une brève flambée, même si celle-ci devrait être de courte durée.
La différenciation est essentielle. Les importateurs de pétrole seront pénalisés, tandis que les exportateurs pourraient tirer parti de l’évolution actuelle. La Chine, en particulier, pourrait être affectée par la hausse des prix du pétrole au cours des prochains mois et par un éventuel changement de régime en Iran. En revanche, les exportateurs de pétrole hors du Moyen-Orient figurent parmi les gagnants relatifs, car ils devraient bénéficier de la hausse des prix du pétrole tout en étant quelque peu protégés contre la prime de risque régionale liée à la géopolitique.
À court terme, notre scénario de base prévoit le maintien des prix du pétrole à un niveau élevé, des risques haussiers sur les taux de base en raison de la persistance des risques inflationnistes, des risques baissiers sur les devises des marchés émergents et une tendance à la poursuite de l’élargissement des spreads de crédit sur les marchés émergents. Cela dit, nous pensons que ces revers tactiques offrent des points d’entrée intéressants, par exemple dans les segments de crédit émergents moins bien notés, car les fondamentaux solides devraient garantir des rendements annuels solides pour la dette émergente. Cependant, nous n’en sommes pas encore là, car ni les États-Unis, ni Israël, ni l’Iran n’ont de motivation claire pour désamorcer la situation dans les prochains jours.
Witold Bahrke, stratège senior en macroéconomie et allocation chez Global Evolution, filiale de Generali Investments
