L’Allemagne est en récession depuis deux ans, une situation acceptée puisque le pays aurait très facilement pu stimuler sa croissance en augmentant la dépense publique. L’économie allemande subit une multitude de chocs (hausse du prix du gaz, difficultés du marché chinois et de l’automobile) qui ont entraîné une légère récession depuis deux ans. Cependant, le pays dispose de larges capacités d’action budgétaires pour dynamiser son économie. En creusant son déficit de 100 milliards d’euros (soit une hausse de la dette publique de 2,3 points), le pays aurait connu une croissance de 0,4 % en 2023 et en 2024. La récession résulte donc d’une situation acceptée, puisque le pays n’a pas souhaité dynamiser son économie alors qu’il en avait largement les moyens.
1) Économie allemande : Une multitude de chocs
L’économie allemande subit une série de chocs depuis trois ans qui ont poussé le pays en récession. Ces chocs sont principalement liés à la guerre en Ukraine, au ralentissement chinois et aux difficultés de l’automobile.
– Le choc inflationniste qui a suivi la guerre en Ukraine a fortement touché l’Allemagne. Une spécificité de l’Allemagne est d’avoir choisi une stratégie énergétique fortement dépendante du gaz russe. Quand le prix du gaz s’est envolé suite à la guerre en Ukraine, le pays a été plus fortement frappé que d’autres pays européens.
– La baisse des exportations vers la Chine a pénalisé la croissance allemande. L’Allemagne a adopté une stratégie fondée sur les exportations, notamment à destination des pays émergents en forte croissance. Par exemple, les exportations de marchandises de l’Allemagne vers la Chine sont passées de 20 milliards d’euros en 2004, à plus de 100 milliards d’euros en 2022, avant de retomber à 97 milliards d’euros en 2023.
– Le secteur automobile allemand peine à s’adapter aux mutations du marché. L’automobile est un fleuron industriel allemand. Cependant, les principaux constructeurs du pays peinent à s’adapter à la voiture électrique et subissent la concurrence chinoise. En conséquence, le volume de production de voitures en Allemagne est inférieur d’environ un quart à son niveau d’avant la crise sanitaire.

2) Récession allemande : Le refus d’un soutien budgétaire
L’Allemagne a accepté la récession alors même que le pays aurait pu utiliser son budget pour soutenir son économie. L’Allemagne (à la différence de la France) présente une situation budgétaire très favorable, avec une dette publique qui a fortement diminué (rapportée au PIB) et un déficit public limité à 2 % du PIB en 2024. Dans ce contexte, on peut dire que la récession allemande est un choix, le pays ayant décidé de ne pas creuser son déficit public pour soutenir sa croissance.

D’après Asterès, si l’État allemand avait creusé son déficit de 100 milliards d’euros supplémentaires en 2023 et 2024, la croissance aurait été de 0,4 % sur ces deux années (et non de – 0,3 % et -0,2 %), ce qui aurait permis d’éviter la récession. Obtenir 0,4 % de croissance en 2023 et 2024 aurait nécessité, pour l’État allemand, de dépenser 30 milliards d’euros en 2023 et 130 milliards d’euros en 2024. Du fait des recettes publiques générées par cette stimulation budgétaire (60 milliards d’euros), il en aurait résulté un accroissement du déficit et de la dette publique de 100 milliards d’euros, soit 2,3 % du PIB. Ainsi, la dette publique allemande en 2024 aurait été de 65 % du PIB, et non de 62,7%, un niveau qui ne dégraderait absolument pas la solidité budgétaire du pays.
Asterès a estimé l’impact d’une dépense publique à partir de son modèle MIA (Modèle d’Impact d’Asterès). Ce dernier, calibré pour modéliser les impulsions budgétaires dans l’économie allemande, estime l’impact d’une dépense supplémentaire à l’aide des tableaux entrées-sorties fournis par l’OCDE. Dans le cas présent, il a été fait l’hypothèse que les dépenses supplémentaires de l’État allemand seraient réparties à parts égales entre les 44 secteurs de l’économie référencés dans les données de l’OCDE qui ont servi à construire le modèle.
