Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro
Au-delà de la performance financière 2025, c’est la cohérence stratégique de Thales qui retient l’attention. Le groupe se positionne clairement sur un cycle structurel de réarmement, que son management qualifie de “cycle haussier d’une génération”. Cette lecture n’est pas opportuniste, elle repose sur le constat de deux décennies de sous-investissement militaire en Europe, désormais corrigées.
Avec plus de 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la défense représente désormais le cœur du modèle. Thales ne se positionne pas sur les plateformes lourdes mais sur les systèmes critiques : défense aérienne, radars, guerre électronique, cybersécurité. La sélection du système SAMP/T par le Danemark face au Patriot américain illustre cette montée en gamme technologique et la compétitivité européenne.
Par ailleurs, l’amélioration continue de la marge d’EBIT ajusté (12,4 % en 2025, attendue jusqu’à 12,8 % en 2026) traduit un pilotage rigoureux des coûts et une meilleure mixité produit. Le spatial, longtemps sous pression, a été restructuré sans licenciement sec, avec redéploiement interne des équipes. Cette gestion sociale maîtrisée limite les risques d’exécution.
Enfin, la fusion annoncée avec Airbus et Leonardo dans les satellites vise à créer un champion européen capable de rivaliser avec les acteurs américains. Il s’agit d’un mouvement défensif mais aussi offensif, dans un contexte de souveraineté technologique accrue.
En synthèse, en 2025 Thales a réalisé une croissance organique et une amélioration de ses marges. Plus qu’un simple bénéficiaire du contexte géopolitique, le groupe cherche à s’ancrer durablement comme acteur central de la souveraineté de Défense européenne.