Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro
La dynamique récente des prix en France envoie un signal contrasté aux marchés. Selon les dernières estimations, l’inflation devrait atteindre +1,7% sur un an en mars, contre +0,9% en février, marquant une nette accélération. Mais derrière ce rebond se cache une réalité plus nuancée, cette remontée est avant tout tirée par l’énergie, dont les prix progressent de plus de 7% sur un an, sous l’effet du renchérissement des produits pétroliers.
Ce point est central pour les investisseurs. Contrairement à 2022, il ne s’agit pas d’une inflation généralisée liée à une surchauffe de la demande, mais d’un choc exogène. Les prix des produits manufacturés continuent de reculer, tandis que ceux de l’alimentaire ralentissent. Les services, eux, n’accélèrent que marginalement. Autrement dit, l’inflation sous-jacente reste contenue, limitant à ce stade le risque d’un durcissement monétaire.
Mais c’est du côté de la consommation que le signal devient plus préoccupant. En février, les dépenses des ménages en biens reculent nettement (-1,4% sur un mois), avec une baisse marquée des achats de biens manufacturés (-1,7%) et de l’alimentaire (-0,5%). Si la chute de la consommation énergétique s’explique en partie par un hiver exceptionnellement doux, le recul des autres postes traduit une prudence accrue des ménages.
Ce comportement illustre un arbitrage classique, la hausse contrainte des dépenses liées à l’énergie pèse sur le pouvoir d’achat et conduit à réduire les dépenses discrétionnaires. Cette dynamique suggère un essoufflement de la demande intérieure, pourtant moteur clé de la croissance française.
Pour les marchés, ce cocktail est délicat. D’un côté, une inflation tirée par l’énergie pourrait accélérer les anticipations de hausse de taux de la BCE (deux à trois hausses sont prévues par le consensus) . De l’autre, la faiblesse de la consommation milite pour une politique monétaire plus prudente. Dans ce contexte, les valeurs exposées à la demande domestique pourraient rester sous pression, tandis que les secteurs liés à l’énergie continueraient de bénéficier d’un environnement porteur.
En toile de fond, l’économie française semble entrer dans une phase plus incertaine, marquée par une inflation importée et une croissance fragilisée.