Les obligations d’entreprises notées « investment grade » ont connu une solide reprise depuis leurs plus bas niveaux de l’année, contribuant ainsi à stabiliser le sentiment sur les marchés du crédit. Le rebond des rendements a tempéré les intentions initiales de réduire les positions ou de procéder à des rachats, mettant ainsi un terme aux sorties de capitaux alors même qu’elles commençaient à se concrétiser.
Les anticipations de hausses des taux directeurs restent élevées, mais sont désormais beaucoup plus équilibrées qu’au cours des semaines précédentes. Ce contexte continue de favoriser des points d’entrée attractifs sur la partie courte de la courbe, où les conditions restent particulièrement favorables.
Dans le même temps, l’attention du marché se détourne de plus en plus de l’inflation pour se concentrer sur la croissance. Les événements récents ont mis en évidence à quel point le PIB reste exposé aux chocs liés à l’approvisionnement énergétique, même lorsque ceux-ci sont de nature temporaire. Les pénuries de diesel, de kérosène et d’engrais sont de plus en plus perçues comme des vulnérabilités structurelles plutôt que comme des risques extrêmes, avec des implications concrètes sur la dynamique de l’activité économique. Dans ce contexte, les spreads de crédit continuent de représenter l’un des principaux indicateurs prospectifs des anticipations de croissance.
Les valorisations semblent toutefois surévaluées. Les niveaux actuels des écarts de rendement des titres de qualité « investment grade » et l’indice iTraxx Main continuent d’anticiper une croissance du PIB de la zone euro d’environ 1,5 à 2 %, une hypothèse qui semble optimiste compte tenu de la persistance de prix élevés du pétrole et des dommages irréversibles subis par certaines parties des infrastructures gazières européennes.
Sur le plan géopolitique, le cessez-le-feu a apporté un soulagement à court terme, mais n’offre que des garanties limitées. Plus fondamentalement, l’ordre économique mondial est en pleine mutation. Les économies développées sont confrontées à un choix binaire : normaliser leurs relations avec l’Iran ou soutenir des investissements massifs pour détourner les flux commerciaux des goulets d’étranglement stratégiques tels que le détroit d’Ormuz et le canal de Suez. Aucune de ces options ne constitue un facteur positif pour la croissance à court terme, ce qui renforce la nécessité de faire preuve de prudence lors de l’évaluation du risque de crédit.
Implications pour les investissements
Du point de vue global du portefeuille, l’approche reste prudente. Les écarts de crédit sont déjà serrés, le potentiel de hausse semble limité et les valorisations continuent d’intégrer des prévisions de croissance relativement optimistes. Dans ce contexte, il est plus plausible de s’attendre à une poursuite de la divergence qu’à un rebond généralisé, les secteurs déjà sous pression, tels que l’immobilier et certains secteurs cycliques, devant rester en difficulté.
Cela est encore plus évident à l’extrémité courte de la courbe de crédit. Le segment « investment grade » à 1-3 ans, y compris certains instruments subordonnés, continue d’offrir des rendements attractifs. À l’inverse, les domaines où les spreads se sont à nouveau resserrés — en particulier la dette bancaire (notamment Tier 2) et les instruments hybrides ou seniors émis par des entreprises non financières — justifient une réduction de l’exposition, car les valorisations ne compensent plus de manière adéquate le risque pris.
La question des actifs privés continue également de retenir toute l’attention. Les compagnies d’assurance fortement exposées à ces instruments pourraient se retrouver à nouveau sous pression si des tensions liées à la volatilité ou à la liquidité devaient réapparaître. Enfin, une nouvelle phase de resserrement des spreads sur les indices iTraxx pourrait offrir un point d’entrée intéressant pour mettre en place des couvertures efficaces et peu coûteuses.
En résumé : les risques liés à la croissance étant toujours sous-estimés et les spreads déjà fortement comprimés, le marché appelle désormais à une approche sélective et défensive, plutôt qu’à une recherche agressive du bêta, mais il est possible de trouver de la valeur dans le segment 1 à 3 ans, à condition de continuer à privilégier la diversification.


Fabrizio Viola, Senior Portfolio Manager
