Conflit au Moyen-Orient : malgré la libération de 400 millions de barils de pétrole par les États du G7, l’Iran commence le minage du détroit d’Ormuz et accroît la pression sur le cours de l’or noir
La valeur du baril de pétrole est repartie à la hausse ce mercredi et flirte de nouveau avec les 100$. Le même jour, pour tenter de compenser l’envolée des cours, les pays du G7 ont pourtant annoncé le déblocage de 300 à 400 millions de barils tirés de leurs réserves stratégiques. Il s’agit d’un volume sans précédent dans le cadre de ce dispositif activé à cinq reprises par le passé pour limiter la casse en cas de mouvements brusques sur les marchés. À titre de comparaison, ces mêmes pays avaient libéré 182 millions de barils en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Au total, ils disposent de 1,2 milliard unités pour parer à toute éventualité.
Pourtant, malgré cette décision historique, la hausse du cours du pétrole se poursuit, les analystes estimant que la proposition reste insuffisante pour apaiser les craintes. De quoi renforcer les doutes des marchés sur les déclarations américaines quant à une issue rapide du conflit, dont personne ne voit, à ce stade, en quoi elle pourrait constituer un succès opérationnel. Les visions stratégiques divergent par ailleurs entre Israël, qui souhaite poursuivre et intensifier les opérations pour faire tomber le régime iranien, et l’administration américaine qui craint le ressenti de l’inflation aux États-Unis et le spectre d’une sanction électorale lors des Midterms en novembre.
Depuis le 28 février et les premières frappes lancées par les États-Unis et Israël, le trafic maritime est pratiquement à l’arrêt dans le détroit d’Ormuz. Ce corridor maritime essentiel relie le golfe Persique au golfe d’Oman. Environ 20 % du pétrole et du gaz mondiaux y transitent en temps normal.
L’Iran estime avoir tout intérêt à poursuivre ce blocage et passe un nouveau palier en déployant des mines marines. Une arme redoutable pour semer le chaos. Le pays n’aurait besoin de déployer que 5% de son arsenal disponible pour bloquer la circulation pendant plusieurs mois. Pour l’Iran, cette solution simple et économique vise à bouleverser les équilibres du conflit. Compte tenu du danger pour la navigation commerciale, les assureurs et les armateurs n’ont pas d’autres choix de que de se retirer immédiatement de la zone.
Dans un scénario défavorable, si le trafic était perturbé pendant trois mois, cela pourrait conduire à la perte de 1.380 millions de barils de brut, avec un prix du Brent qui resterait au-dessus de la barre des 100 dollars jusqu’au 3e trimestre. En parallèle, le prix du contrat à terme TTF serait lui aussi multiplié par deux par rapport à février.
Au-delà des mines, l’Iran procède aussi à des attaques par drones explosifs de navires commerciaux situés au large des côtes irakiennes et des Émirats arabes unis. Depuis mercredi, six navires commerciaux ont été touchés par ces frappes et ce nombre pourrait encore grandir. Bien qu’elle a été initiée par Israël et les États-Unis, l’Iran a tout intérêt à faire durer cette guerre et à en accroître le coût pour ses adversaires. Dans cette optique, Téhéran poursuit sa stratégie et avertit que « le monde entier doit se préparer à ce que le prix du baril atteigne 200 dollars ».
Grégoire KOUNOWSKI
Investment Advisor chez Norman K
