mar. Mar 17th, 2026

Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro
Alors que nous entrons dans la troisième semaine du conflit au Moyen-Orient, et que le pétrole semble se stabiliser autour des 100 dollars le baril, cette semaine sera clairement une semaine de banques centrales. Cinq banques centrales majeures vont tenir leurs réunions de politiques monétaires, la Fed demain, ainsi que la BoJ, la BNS, la BoE et la BCE jeudi. Outre les comptes-rendus et les décisions en matière de taux d’intérêt, les investisseurs vont suivre de près les projections en termes de croissance et surtout d’inflation.

La plupart, dont la Fed et la BCE, devraient maintenir leur politique monétaire inchangée. Cela étant, l’augmentation des coûts de l’énergie aura inéluctablement un impact sur l’inflation et, par conséquent, sur les futures politiques monétaires. La situation pourrait même s’aggraver, l’économie risquant d’entrer en phase de stagflation, caractérisée par un net ralentissement économique conjugué à une forte envolée des prix à la consommation.

Un choix cornélien

Les banques centrales sont confrontées à un dilemme : soit soutenir la croissance économique via une politique monétaire plus accommodante, au risque d’accélérer l’inflation, soit juguler la hausse des prix en relevant leurs taux d’intérêts, ralentissant ainsi l’activité économique. Néanmoins, la réaction de chaque institution sera probablement distincte, car les zones monétaires respectives présentent des situations et des caractéristiques très différentes.

La Réserve fédérale américaine est, en principe, moins exposée aux pressions inflationnistes que ses homologues européennes et asiatiques, notamment grâce au fait que les États-Unis sont exportateurs nets de pétrole. Cette situation tempère les effets inflationnistes sur le territoire américain, conférant ainsi à la Fed une marge de manœuvre plus importante pour ajuster sa politique monétaire. Cela étant, les marchés ont ajusté leurs anticipations et s’attendent désormais à une seule baisse de taux en 2026 contre deux en début d’année.

L’Europe en revanche est bien plus dépendante des importations d’énergie que les États-Unis, tandis que la croissance économique reste faible. La BCE a déjà sensiblement abaissé ses taux d’intérêt, et l’inflation est restée jusqu’à présent relativement modérée. Ce qui est certain, c’est que les facteurs qui auraient pu justifier, le mois dernier encore, une baisse de taux, ont disparu.

Du côté du Japon, qui importe environ 85 % de son pétrole du Moyen-Orient, le choix s’annonce aussi cornélien. Une hausse du brut se traduit rapidement par plus d’inflation importée, et peut maintenir l’inflation au-dessus de l’objectif de 2 % de la BoJ. Cela pourrait la pousser à poursuivre la normalisation progressive de sa politique monétaire. Mais cette inflation est surtout liée aux coûts (énergies, transports) et non pas à une demande interne forte, ce qui limite la capacité de la banque centrale à relever rapidement ses taux sans fragiliser la croissance.

La durée sera cruciale.

Une flambée des prix du pétrole à court terme peut généralement être absorbée. Une crise énergétique prolongée serait beaucoup plus problématique. Si les prix se maintiennent au-dessus de 100 dollars le baril pendant plusieurs mois, la pression sur l’inflation et la croissance économique pourrait augmenter de manière significative.

L’enjeu pour les banques centrales sera donc de distinguer un choc temporaire d’un changement structurel du régime inflationniste. Si le pétrole s’installe durablement au-dessus de 100 dollars, les anticipations d’inflation pourraient se réancrer à un niveau plus élevé. Dans ce scénario, la séquence de détente monétaire attendue par les marchés pourrait être nettement repoussée.

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