jeu. Jan 22nd, 2026

Commentaire de Jean-Paul van Oudheusden, analyste de marchés chez eToro

En un peu moins de deux ans, Porsche est passée du statut de coqueluche boursière à celui de valeur à la traîne. La chute du cours de l’action, de 120 € à 40 € depuis son introduction en Bourse, s’explique par la revalorisation à la baisse d’un constructeur automobile emblématique qui produit exclusivement en Allemagne, dans un contexte de profonds bouleversements géopolitiques. La question qui préoccupe aujourd’hui les marchés est simple : le point bas a-t-il été atteint et la voie d’un redressement peut-elle s’ouvrir à partir de 2026 ?

Plusieurs obstacles sur la route

Dans une nouvelle publication parue hier, Porsche a dressé le bilan de l’année 2025. À l’échelle mondiale, les livraisons ont reculé de 10%. En Chine, la baisse atteint même 26%. Pendant des années, la Chine a été le moteur de la croissance de la marque, mais ce moteur cale désormais sous l’effet conjugué d’un ralentissement de la demande pour les voitures de luxe et d’une concurrence féroce, notamment sur les Taycan et Cayenne. La situation est d’autant plus délicate que Porsche repose sur une image haut de gamme fondée sur la discipline des prix, la rareté et des marges élevées. Si le marché impose des rabais, c’est tout le modèle de revenus qui se retrouve sous pression.

À cela s’ajoute la géopolitique. Aux États-Unis, le régime tarifaire sur les voitures européennes a été ramené à 15% en 2025, mais le sujet reste sensible. De nouvelles menaces pourraient émerger rapidement et rebattre les cartes. Comme Porsche ne produit pas aux États-Unis, toute variation des droits de douane se répercute directement sur ses marges.

De son côté, l’Union européenne tente de protéger son industrie automobile en imposant des droits supplémentaires sur les véhicules électriques chinois, pouvant aller jusqu’à 45%. Cette mesure peut offrir un répit temporaire face à la concurrence sur les prix, mais elle accroît aussi le risque de représailles à l’encontre des marques européennes. En Allemagne, en particulier, les positions divergent quant à la stratégie à adopter dans cette guerre commerciale.

Une direction confiante, mais aux leviers limités

Les investisseurs les plus optimistes ont retenu du discours de la direction, hier, que 2025 constituerait le point bas du cycle. Le directeur financier a évoqué un « creux » et anticipe une amélioration sensible dès cette année, avec notamment un redressement des marges vers 10 %. La feuille de route n’offre aucune garantie, mais elle est claire : restructuration, réduction des coûts et stratégie plus réaliste sur les véhicules électriques, davantage guidée par la demande des clients que par les contraintes réglementaires.

Reste à savoir si cela suffira à ancrer durablement le cours de l’action. Porsche fait face à trois défis majeurs à l’horizon 2026, dont la plupart échappent largement à son contrôle : la stabilisation des ventes en Chine, la prévisibilité de la politique américaine et le redressement des marges. Si deux, voire trois, de ces conditions sont réunies, le niveau de 40 € pourrait apparaître rétrospectivement comme un point de retournement. Dans le cas contraire, il ne s’agira peut-être que d’une simple étape sur une trajectoire encore incertaine.

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