lun. Jan 26th, 2026

Bilan économique de la France : une croissance  économique dans le vert mais sans véritables moteurs

Par Lucile BEMBARON, économiste chez Asterès ,

Sur le papier, la croissance française se maintient en 2025, mais reste faible et dépourvue de véritables  moteurs économiques. Les perspectives pour 2026 apparaissent sensiblement du même ordre. En  l’absence d’une croissance plus robuste, capable d’alimenter durablement les recettes publiques, la  résorption du déficit restera hors de portée. Il apparaît donc nécessaire de recentrer l’action publique sur  des enjeux économiques essentiels, tels que la réindustrialisation, afin de redonner à la croissance des moteurs  durables. 

Selon le classement de la performance économique de 36 pays établi par The Economist début décembre,  l’économie française se hisse à la 11ᵉ place, devant le Japon, les États-Unis et l’Allemagne. Le Portugal arrive  en tête de ce palmarès. Ce classement repose sur l’agrégation de cinq indicateurs, parmi lesquels l’inflation,  la croissance du PIB, la situation du marché du travail et la performance des marchés boursiers. Il convient  toutefois de souligner que ni la dette publique ni le déficit ne sont pris en compte dans cette évaluation. 

La Banque de France table sur une hausse du PIB de 0,9 %, un chiffre légèrement supérieur aux prévisions  formulées à l’automne (0,7%). Mais derrière cette apparente résilience, les fondamentaux restent  fragiles. La consommation des ménages n’est pas au rendez-vous et l’investissement des entreprises reste  encore timide. La croissance est surtout alimentée par des variations de stocks, autrement dit, elle  manque de véritables moteurs. L’horizon semble légèrement meilleur pour 2026 : la croissance est attendue  à 1 %, avec un retour progressif de la consommation et de l’investissement, tendance déjà observée en cette  fin d’année. 

  1. La faiblesse de l’ inflation : l’élement positif de 2025 

Parmi les éléments positifs de cette année, la France connaît un net reflux de l’inflation sans être entrée  en récession. En novembre 2025, l’inflation s’est établie à 0,9 % en glissement annuel (0,8% pour l’inflation  harmonisée). Selon les projections de la Banque de France, l’inflation annuelle atteindrait 0,9 %, un niveau  particulièrement modéré, en grande partie lié à la baisse des tarifs réglementés de vente de l’électricité  intervenue début 2025. L’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) serait de 1,6 %, principalement  portée par la dynamique des services. En 2026, en raison de la stabilisation des prix de l’énergie, l’inflation  devrait légèrement remonter et atteindre 1,3%.  

L’écart d’inflation avec la zone euro s’est par ailleurs fortement creusé : en novembre 2025, l’inflation  harmonisée a atteint 2,1 %, soit un différentiel de 1,3 point avec la France, contre une moyenne  historique de 0,2 point sur la période 1999-2019. 

Cette divergence complique sensiblement la conduite de la politique monétaire de la Banque centrale  européenne. Après une baisse marquée de ses taux directeurs, passés de 4 % à 2 % entre juin 2024 et  juin 2025, la BCE a engagé une phase de pause prolongée. Or, dans un contexte français marqué par  une inflation très faible, une croissance certes positive mais dépourvue de véritable moteur, et des  tensions persistantes sur les obligations souveraines (le taux à dix ans atteignant aujourd’hui 3,56 %,  soit légèrement au-dessus du taux italien) une nouvelle baisse des taux serait souhaitable. Cette  position n’est toutefois pas partagée par l’ensemble des pays de la zone euro, à commencer par  l’Espagne, où l’inflation dépasse 3 % et la croissance demeure robuste. Le maintien des taux  directeurs à 2 % pénalise davantage l’économie française en soutenant des taux obligataires  élevés, ce qui renchérit le coût de la dette publique et freine les investissements des ménages et  des entreprises. 

 

Par ailleurs, l’Agence France Trésor a annoncé devoir emprunter 310 Md€ en 2026, un montant  historique représentant près de 10 % du PIB. Or, les OAT se situent aujourd’hui à des niveaux  particulièrement élevés. Le renouvellement de la dette à ces conditions entraînera mécaniquement un  alourdissement de la charge d’intérêts et, par conséquent, une aggravation du déficit public. L’OAT à  10 ans s’établit actuellement à 3,56 % et celle à 30 ans à 4,45 %. Dans ce contexte, le taux d’intérêt  moyen à moyen et long terme devrait poursuivre sa progression, après avoir atteint 3,14% en 2025,  contre 2,9% en 2024.  

  1. une croissance dans le vert mais sans véritables moteurs 

La croissance économique reste dans le vert et devrait atteindre les 0,9% cette année, contre 1,1% en  2024. Elle demeure toutefois poussive, faute de véritables moteurs. 

Le ralentissement de l’inflation ne s’est pas encore traduit par un redémarrage de la consommation des  ménages. D’après la Banque de France, l’année 2025 serait marquée par une nouvelle hausse du taux  d’épargne, qui atteindrait 18,5 % du revenu disponible brut, après 18,2 % en 2024. La confiance des  consommateurs demeure dégradée : elle s’établissait à 89 en novembre selon l’INSEE, nettement en deçà de  sa moyenne de long terme, proche de 100. 

La consommation des ménages a augmenté de seulement 0,4% en 2025, contre 1% en 2024, mais  devrait davantage progresser en 2026, avec une estimation à +0,8% de la Banque de France. 

En 2025, la croissance économique repose principalement sur les dépenses publiques et les variations de  stocks. La contribution positive du commerce extérieur au T3-2025 s’explique essentiellement par une baisse  des importations, ce qui confirme le caractère atone de la consommation intérieure et ne constitue pas un  signal favorable pour l’activité. En revanche, une tendance plus encourageante se dessine du côté de  l’investissement des entreprises, dont la contribution progresse :  

Pour les entreprises, l’instabilité politique depuis la dissolution de juin 2024 a freiné les  investissements. Néanmoins, depuis le T3-2025, les entreprises semblent se détacher peu à peu du  climat politique, comme en témoignent la reprise des investissements. Les inquiétudes portent  désormais moins sur le contexte politique que sur les hausses de prélèvements à venir. La fiscalité  globale des entreprises devrait en effet augmenter en 2026, affectant les grands groupes comme les plus petits commerces, ce pourrait peser sur les décisions d’investissement et conduire à des reports  de projets. 

Pour 2026, quelques signaux favorables émergent, à commencer par la poursuite de l’investissement  des entreprises et une reprise progressive de la consommation des ménages. La croissance resterait  toutefois cantonnée autour de 1 %, un niveau trop faible pour s’attaquer sérieusement au déficit public. Celui ci devrait d’ailleurs s’établir une nouvelle fois au-delà de 5 % du PIB en 2026 (-5,3 % selon les comptes  publics), pour la quatrième année consécutive.  

Sans une croissance plus robuste pour alimenter durablement les recettes de l’État, la résorption du  déficit restera hors de portée. L’économie française ressemble à une économie «édredon » : elle amortit les  chocs et évite la récession, mais peine à accélérer. D’où l’urgence de s’intéresser davantage à la  réindustrialisation et de redonner à la croissance de véritables moteurs économiques. 

 

 

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