lun. Fév 2nd, 2026

Par le Cercle de l’Épargne,

Comme toute nouvelle révolution technologique, l’intelligence artificielle (IA) est susceptible d’accroître les inégalités de revenus et de patrimoine au sein des populations. Il en fut de même lors des précédentes révolutions industrielles.

Dans les prochaines années, le développement de l’intelligence artificielle aura des effets sur l’emploi en provoquant des destructions et des créations, comme ce fut le cas lors des précédentes révolutions industrielles. Des voix se font entendre sur la possible survenue d’un tsunami en la matière. Or, lors de chaque mutation technologique de grande ampleur, le bilan a été favorable, les gains de productivité générant un accroissement des richesses aboutissant à augmenter le nombre d’emplois.

L’Organisation internationale du travail estime à près de 40 % la proportion des emplois potentiellement affectés par l’IA. Des secteurs sont particulièrement concernés : la finance, les services aux entreprises, la communication, etc.

Aux États-Unis, le pays le plus avancé dans l’utilisation de l’IA, l’emploi est en léger recul dans l’industrie manufacturière et reste stable dans le commerce de détail. Il augmente dans la construction, l’éducation et la santé, ainsi que dans les hôtels et restaurants.

L’IA accentue la polarisation des emplois avec des créations d’emplois à forte valeur ajoutée (chercheurs, ingénieurs, etc.) et le remplacement d’emplois moyennement qualifiés par des emplois moyennement peu qualifiés. Cette situation accroît les inégalités de revenus entre les salariés.

Les secteurs d’activité où le développement de l’intelligence artificielle est rapide enregistreront des gains de productivité importants, à l’inverse des secteurs où l’IA restera peu utilisée. Il y aura donc une divergence de la productivité entre les secteurs utilisateurs de l’IA et les secteurs où l’IA se développe peu.

Les salaires entre les secteurs d’activité pourraient donc diverger entre ces deux segments de l’économie.

Aux États-Unis, la productivité par tête a progressé de plus de 30 % entre 2010 et 2025, contre moins de 20 % pour l’ensemble de l’économie. Preuve de l’importance croissante du secteur des technologies de l’information et de la communication dans l’économie américaine, la valeur ajoutée de ce secteur au sein du PIB est passée de 2,5 à 7,2 % entre 2002 et 2025.

Pour le moment, l’IA joue contre les revenus. La question cruciale est donc celle de la diffusion de celle-ci au sein d’un grand nombre de secteurs et de la baisse des prix qu’elle peut générer.

Si les gains de productivité restent captifs du secteur des TIC, il y aura un appauvrissement d’un grand nombre de salariés. En revanche, comme cela a été le cas lors des précédentes mutations technologiques, il y aura un effet positif, avec certainement un décalage dans le temps.

Un autre phénomène en cours provient de la montée des inégalités de patrimoine et peut provoquer des tensions sociales.

Le développement de l’IA implique une hausse de la valorisation boursière des entreprises qui développent des modèles d’IA (Alphabet, Tesla, Microsoft, Meta, Apple, Amazon), des fournisseurs de ces entreprises (Nvidia, les producteurs d’électricité, les gestionnaires de réseaux électriques ou de réseaux d’alimentation en eau), ainsi que des entreprises grandes utilisatrices de l’IA.

La capitalisation des « sept magnifiques » a été multipliée par deux depuis 2022, tandis que l’indice des 500 premières entreprises américaines a augmenté de 50 %.

Les détenteurs d’actions des entreprises des TIC bénéficient d’une augmentation de leur patrimoine potentiel. En 2025, alors que les 1 % des Américains possédant le patrimoine le plus important détiennent 49,8 % des actions et parts de fonds mutuels, et que les Américains situés entre le 90e et le 99e percentile de richesse détiennent 37,3 % des actions et parts de fonds mutuels, les 50 % d’Américains au patrimoine le plus faible ne détiennent que 1,1 % des actions et parts de fonds mutuels.

La hausse de la richesse boursière accroît donc les inégalités de richesse. Ce phénomène est évidemment réversible. La valorisation des entreprises des TIC est aujourd’hui jugée excessive et une correction n’est pas impossible dans les prochains mois.

Les investisseurs commencent à se reporter sur les actions des entreprises japonaises ou coréennes spécialistes de l’IA.

Depuis la présentation de ChatGPT en novembre 2022, l’IA s’est diffusée à très grande vitesse, comme une évidence. Comme les précédentes révolutions technologiques, l’IA suscite des peurs avec, à la clef, la destruction de nombreux emplois et la montée des inégalités.

Si ces craintes ne sont pas sans fondement, elles ne doivent pas conduire à condamner cette technologie qui constitue une source potentielle de gains de productivité dont les économies manquent cruellement à l’heure actuelle.

 

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