mer. Fév 25th, 2026

Les marchés financiers évoluent dans un environnement où les tensions géopolitiques demeurent élevées, tandis que les grandes banques centrales avancent avec prudence sur le terrain monétaire. Entre risques politiques persistants, signaux macroéconomiques contrastés et rotations sectorielles marquées, les investisseurs composent avec une visibilité toujours imparfaite.

Tensions géopolitiques : un facteur de volatilité durable

Les préoccupations géopolitiques restent au cœur du paysage global. Les négociations diplomatiques entre l’Ukraine et la Russie, organisées à Genève, se sont soldées par un nouvel échec, les divergences territoriales demeurant irréconciliables. Dans le même temps, les discussions entre les États-Unis et l’Iran ont été prolongées de quinze jours, sans avancée décisive, tandis que le déploiement de l’armada américaine dans la région se poursuit.

Les déclarations de Donald Trump ont ravivé le risque d’une action militaire américaine, renforçant les inquiétudes autour d’une fermeture partielle du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 % de la production mondiale de pétrole brut. Ce contexte soutient la prime de risque sur l’or noir, avec un Brent évoluant dans une zone de 70 à 72 dollars le baril, et renforce l’attrait pour les actifs refuges, notamment le franc suisse et l’or.

Banques centrales : patience et prudence

Sur le plan macroéconomique, la semaine a été marquée par des signaux contrastés. Aux États-Unis, malgré un ralentissement attendu du PIB au quatrième trimestre 2025, l’économie continue d’afficher une résilience notable. La production industrielle reste solide et la dynamique de l’emploi demeure globalement stable.

Les minutes récentes du FOMC mettent toutefois en lumière des divergences croissantes entre les gouverneurs. Si l’inflation reste au-dessus de l’objectif de la Réserve fédérale, sa décélération plus rapide qu’anticipé, combinée à une croissance toujours robuste, plaide en faveur d’une posture attentiste avant toute nouvelle baisse des taux.

Au Royaume-Uni, la situation est plus délicate. La dégradation du marché du travail, avec un taux de chômage atteignant 5,2 %, son plus haut niveau depuis cinq ans, alimente les anticipations de deux baisses des taux directeurs d’ici le mois de juin.

Au Japon, la Première ministre Sanae Takaichi a présenté un cadre budgétaire pluriannuel visant à contenir l’endettement public tout en soutenant la croissance via des investissements stratégiques. Cette annonce a été favorablement accueillie par les marchés, entraînant un repli des taux souverains japonais et un raffermissement du yen. La décélération de l’inflation à +1,5 % en janvier permet, pour l’instant, à la Banque du Japon de différer ses hausses de taux.


Actions européennes : entre incertitudes géopolitiques et dynamique sectorielle

En Europe, l’aversion pour le risque demeure perceptible, en particulier autour des implications de l’intelligence artificielle et des investissements nécessaires à son déploiement. Si certaines annonces positives ont permis une accalmie, le développement complet de l’écosystème IA reste encore attendu pour rassurer durablement les investisseurs. Les secteurs des logiciels, à l’image de Dassault Systèmes, et des médias restent pénalisés par le risque de disruption.

Le contexte géopolitique pèse également sur le sentiment de marché, entre l’échec des discussions russo-ukrainiennes et les tensions persistantes au Moyen-Orient, renforcées par des exercices militaires conjoints entre l’Iran et la Russie et une fermeture partielle du détroit d’Ormuz.

Sur le plan microéconomique, le secteur de la défense continue de se distinguer. BAE Systems a confirmé une dynamique particulièrement solide, avec un carnet de commandes record et un chiffre d’affaires supérieur aux attentes, accompagné d’un relèvement de sa guidance de free cash-flow pour la période 2024-2026. Exail affiche également une visibilité élevée grâce à un carnet de commandes record.

À l’inverse, Airbus a déçu avec des perspectives jugées prudentes, malgré des résultats annuels conformes aux attentes, soutenus par la performance de sa division Défense & Spatial. Dans les télécoms, le marché a salué le nouveau plan stratégique « Trust the Future » d’Orange, axé sur la continuité et le développement des services. GTT a publié des résultats en ligne avec ses objectifs, tout en présentant des perspectives 2026 prudentes mais cohérentes avec le consensus. Enfin, chez Renault, la performance financière compense partiellement la faiblesse de l’activité automobile.


Actions américaines : rotation sectorielle et dispersion accrue

Aux États-Unis, les marchés ont progressé dans un contexte mêlant résilience macroéconomique, tensions géopolitiques et débats persistants autour de l’IA. Lors de cette semaine écourtée par le Presidents’ Day, le S&P 500 progresse de 0,38 %, le Nasdaq de 0,6 % et le Russell 2000 de 0,69 %.

Derrière ces performances se cache toutefois une forte dispersion. Le leadership du marché est moins concentré sur les grandes capitalisations technologiques, au profit de segments plus cycliques et orientés « value ».

Les indicateurs économiques confirment une normalisation progressive de l’économie américaine, sans perte marquée de dynamisme. En décembre, les commandes de biens durables ont reculé de 1,4 %, conformément aux attentes, tandis que les composantes hors transports ont surpris positivement. La production industrielle de janvier progresse de 0,7 %, témoignant d’une activité manufacturière toujours solide.

Les investissements continuent de s’accélérer, notamment autour de l’IA et des infrastructures. Les dépenses dans les data centers et les semi-conducteurs soutiennent les acteurs de l’infrastructure, tels que Cadence Design Systems et Analog Devices. À l’inverse, certains acteurs des logiciels et de la cybersécurité, comme Palo Alto Networks, ont été sanctionnés malgré une bonne dynamique opérationnelle.

Sur le plan sectoriel, l’énergie surperforme, portée par des publications robustes comme celle d’Occidental Petroleum. L’industrie bénéficie également d’une forte dynamique, illustrée par Deere et Quanta Services. À l’inverse, la consommation de base recule, pénalisée par des perspectives prudentes, notamment chez Walmart.


Marchés émergents : dynamiques contrastées

La plupart des marchés asiatiques sont restés fermés à l’occasion du Nouvel An lunaire. Sur la période, l’indice MSCI EM progresse légèrement, tandis que les performances restent hétérogènes selon les régions.

En Chine, le président Xi Jinping a réaffirmé sa volonté de faire de la demande intérieure le principal moteur de la croissance. Dans le même temps, le département américain de la Défense a ajouté plusieurs groupes chinois, dont Alibaba, Baidu, BYD et Huawei, à une liste d’entreprises liées à l’armée chinoise. Sur le plan microéconomique, Meituan a publié des résultats conformes aux attentes mais anticipe encore des pertes au premier trimestre 2026.

En Inde, l’accentuation du déficit commercial et les annonces massives d’investissements dans l’IA contrastent avec les inquiétudes macroéconomiques. En Amérique latine, le Brésil, le Mexique et l’Argentine affichent des trajectoires différenciées, entre réformes structurelles, performances d’entreprises et stabilité budgétaire retrouvée.


Crédit et allocation : retour de la diversification

Sur les marchés du crédit, le calme est revenu après les inquiétudes liées à l’impact de l’IA sur les modèles économiques des entreprises de logiciels. Les tensions géopolitiques ont néanmoins entraîné une légère remontée des primes de risque, tandis que les taux souverains ont reculé.

Les indices Investment Grade et High Yield affichent une performance globalement neutre sur la semaine. Le mouvement de désinflation a toutefois permis le retour d’une corrélation négative entre actions et obligations, redonnant aux Treasuries américains leur rôle de diversification et de protection.

Dans ce contexte, la visibilité reste favorable aux actions, soutenues par une saison de résultats solide et des croissances nominales encore robustes. À court terme, la volatilité géopolitique incite toutefois à une diversification accrue, notamment via les segments actions délaissés ces dernières années (small caps, value, actifs physiques) et les marchés de taux. Nous conservons ainsi une vue positive sur les emprunts d’État américains et le segment Investment Grade, tout en adoptant une position désormais neutre sur le dollar face à l’euro.

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