lun. Mar 16th, 2026

Nicolas Leclerc, cofondateur du cabinet de conseil en énergie OMNEGY,

Donald Trump souhaite qu’une coallition rejoigne les États-Unis afin de rouvrir le détroit d’Ormuz. Au cours du week-end, l’armée américaine a frappé l’île de Kharg, vitale pour les exportations de pétrole de l’Iran. De son côté, l’Iran a attaqué de nombreux tankers, ainsi que le port de Fujairah, qui permet de contourner Ormuz pour exporter du pétrole. La guerre est loin d’être finie. ***

Les bourses mondiales sont à nouveau en baisse, alors que le conflit au Moyen-Orient entre dans sa troisième semaine. Depuis le 1er mars, l’Euro Stoxx 600 a diminué de 6%, le S&P 500 de près de 4%.

Les regards restent rivés sur la situation au Moyen-Orient et le détroit d’Ormuz, puisque 20% du pétrole et 20% du gaz mondial transitent par ce point de passage. Egalement, une grande partie des engrais produits dans le monde ou bien encore de l’aluminium sont exportés via ce détroit. A ces risques de pénurie s’ajoutent la hausse du prix du fret, des assurances maritimes ou encore les temps de voyage pour les navires commerciaux, ce qui risque fortement de pousser le prix des matières premières ou des produits de base à la hausse, avec des répercussions globales sur l’inflation dans le monde, principalement dans les pays développés.

Afin d’empêcher que cette situation ne vienne profondément ralentir l’économie mondiale, Donald Trump a appelé à former une coalition navale internationale pour permettre la réouverture du détroit d’Ormuz. Celle-ci serait composée des principaux pays qui forment le G7. La France, qui préside celui-ci, doit apporter des garanties aux pays qui participeraient à cette opération. L’Iran de son côté, via une annonce officielle de Mojtaba Khamenei, a annoncé qu’elle se préparait à un conflit de longue durée, que le détroit d’Ormuz demeurera clos pour le moment et que les bases américaines de la région seront ciblées.

 

 

Gaz naturel: +2,9% sur les prix pour 2027 et -6 % pour les prix d’avril 2026

Le prix du gaz en Europe a diminué à court terme mais augmenté de façon plus forte en 2027 ainsi qu’en 2028.

Sur les fondamentaux, les flux norvégiens demeurent très stables et élevés, à plus de 2,8 TWh/j. Sur les flux de GNL, les flux sont également élevés, à près de 4,4 TWh/j mais sont en diminution par rapport aux volumes réceptionnés fin février, qui avoisinaient plutôt les 5 TWh/j. Du côté des stocks, ceux-ci sont actuellement remplis à 28,97 % et demeurent en situation de soutirage. Au début du conflit au Moyen-Orient, ceux-ci étaient remplis à 29,98 %. La demande gazière reste très mesurée pour le mois de mars, et se situe près de 10 % en dessous des niveaux de consommation de mars 2025, pour la France, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas.

Globalement, les fondamentaux demeurent robustes, mais une certaine incertitude demeure dans la capacité de l’Europe à remplir ses stockages cet été. En effet, le conflit au Moyen-Orient a mis hors jeu les capacités d’exportation de GNL du Qatar, qui dessert principalement l’Asie (90%) et l’Europe (10%). Bien que ces volumes soient plus faibles à destination de l’Europe, cette situation de blocage du détroit d’Ormuz va pousser les acheteurs asiatiques à attirer des cargaisons en provenance de pays qui livrent traditionnellement l’Europe (États-Unis, Canada, Nigéria, …). Cette crise crée donc les conditions favorables à une concurrence exacerbée entre européens et asiatiques pour se fournir en gaz, pour atteindre leurs objectifs respectifs : stocks à remplir en Europe, climatisation et production d’électricité au gaz pendant la période chaude en Asie.

Les prix augmentent d’ailleurs à plus long terme sur le marché du gaz, puisque le surplus d’offre attendu en 2026 risque de ne pas se matérialiser, du fait du blocage des livraisons de GNL qatari. Cela peut provoquer, de la même manière que pour le pétrole, un déficit d’offre par rapport à la demande, et impliquer des réductions contraintes de consommation du fait d’un prix du gaz trop élevé.

 

Électricité : -4,4 % sur les prix pour 2027 et -0,9 % pour les prix d’avril 2026

 

Les prix de l’électricité ont diminué sur la semaine, pour la première fois depuis le conflit au Moyen-Orient. Les baisses du prix du gaz ainsi que du CO2, et du charbon, ont contribué à ce retour à des prix plus bas.

A court terme, le prix pour le mois d’avril demeure quasiment inchangé, car d’un côté le prix des combustibles fossiles a baissé, mais de l’autre, les températures sont attendues en baisse à partir de la 3ème semaine de mars, passant ainsi sous les normales de saison à compter du 25 mars (1 à 3 degrés sous la normale). La production renouvelable sera, quant à elle, un peu plus aléatoire, entre une diminution de la production éolienne et une hausse de la production solaire. Pour ces raisons, le prix de l’électricité pour une livraison au mois d’avril demeure en équilibre.

A plus long terme, le prix de l’électricité a diminué de manière plus notable, malgré la remontée des prix du gaz sur les échéances 2027 et 2028. La disponibilité nucléaire se situe actuellement à 47,6 GW avec 44 réacteurs actifs, et permet amplement de couvrir le gros de la demande française, qui se situe actuellement à 55,6 GW. Le fossile demeure quasiment absent du mix électrique français (2,6% de la production sur la semaine passée) et rassure le marché français. La baisse du prix des quotas a également joué sur la diminution des prix à terme.

 

Pétrole : +13,22 % sur le prix du pétrole brut

Le prix du pétrole a de nouveau fortement augmenté sur la semaine, avec une volatilité exacerbée par les annonces de l’exécutif américain.

Ce matin, le pétrole est en hausse de plus de 2 % et son prix s’éloigne petit à petit de la zone des 100 $ le baril, pour atteindre 105 dollars.

La semaine passée, de nombreux événements ont continué d’agir sur les prix du pétrole, avec une faveur à la hausse. Le détroit d’Ormuz demeure pour l’heure toujours clos, ce qui ne pourra qu’alimenter une progression du prix du pétrole. Celui-ci a pourtant chuté de manière vertigineuse lorsque Donald Trump a annoncé, lors d’une prise de parole, que la guerre en Iran était gagnée et bientôt terminée. Ces propos ont toutefois été nuancés par plusieurs autres porte-paroles de l’armée américaine ou du milieu politique américain. Ce postulat est battu en brèche par Israël, ou bien même par l’Iran, qui s’attendent de part et d’autre à un conflit qui va s’installer dans la durée.

De nombreuses frappes et attaques de drones ont été répertoriés la semaine passée, ciblant des sites stratégiques en Iran, tels que l’île de Kharg, qui concentre 90% des capacités d’exportation de pétrole du pays, ou bien encore des tankers proches du détroit, des installations pétrolières (raffineries, sites de stockage, ports).

De son côté, l’Agence Internationale de l’Energie a annoncé une mise sur le marché de volumes records de pétrole, provenant des stocks stratégiques d’un ensemble de pays (États-Unis, Europe, certains pays d’Asie), aux alentours des 400 millions de barils. C’est bien plus que les 182 millions libérés lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine en 2022, mais cela ne permettra certainement pas de compenser les 19 millions de barils par jour transitant habituellement par Ormuz (14 millions de brut, 5 millions de produits raffinés). Pour tenter de rassurer le marché et de lui apporter un semblant de détente, les États-Unis ont également accordé une période de 30 jours pendant laquelle des pays, comme l’Inde, pouvaient se fournir en pétrole russe.

Les prix du pétrole devraient toutefois encore monter pour contraindre la demande à s’aligner avec l’offre, qui est fortement réduite. Cette situation risque de provoquer une remontée notable de l’inflation et plonger l’économie mondiale dans une sévère récession si le détroit demeure fermé pour plusieurs semaines ou mois.

Co2: -2 % sur le prix des quotas pour décembre 2026

 

Le prix du CO2 a légèrement diminué sur la semaine et continue d’évoluer dans une zone de prix proche des 70 €/tonne.

Malgré la crise au Moyen-Orient et des prix du pétrole, du gaz et du charbon bien plus élevés qu’en début d’année, les quotas demeurent dans une fourchette de prix mesurée. Les incertitudes réglementaires en Europe et la remise en question du fonctionnement actuel des EUA pèsent plus que le conflit sur sa trajectoire.

Le Conseil européen doit se réunir cette semaine pour apporter des mesures sur le soutien à l’industrie européenne, qui concernera au passage le devenir des quotas carbone, qui pourront faire l’objet d’une modification de leur mécanisme dans les prochains mois.

 

Charbon: -2,4 % sur la tonne de charbon

 

Le charbon a perdu un peu de hauteur mais son prix demeure bien au-dessus des 100 €/tonne.

La demande pour le charbon reste modérée, malgré le fait que les centrales fonctionnant avec ce combustible soient plus compétitives que celles au gaz, pour produire de l’électricité.

Les températures plus froides à venir pour la semaine ainsi que la poursuite du conflit au Moyen-Orient pourraient cependant continuer à soutenir son prix à des niveaux élevés.

 

Prix du gaz dans le monde ­:

 

Les prix du gaz en Asie et en Europe s’échangent à présent aux alentours de 50 – 55 €/MWh pour acheter du GNL.

Jusqu’en fin de semaine, le prix en Europe était plus compétitif pour attirer des cargaisons, mais vendredi, les prix asiatiques ont bondi, et ont offert un supplément de plus de 5 €/MWh par rapport au prix en Europe. C’est la raison pour laquelle les prix du gaz sur le TTF ou le PEG sont en hausse de plus de 3% ce matin, afin de recoller au prix asiatique et rester compétitif.

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