Par Claudia Panseri, Chief Investment Officer, UBS WM France, UBS Europe SE, Succursale de France
La Réserve fédérale américaine (Fed) se réunira les 16 et 17 juin sous la présidence de Kevin Warsh, devenu le dix-septième président de l’institution lors d’une cérémonie symbolique à la Maison Blanche, une première depuis 1987.
Jerome Powell, après huit années à la tête de la Fed, demeure au conseil des gouverneurs — une situation inédite depuis près de 80 ans, perçue comme un signal fort en faveur de l’indépendance de la banque centrale face aux tensions avec la présidence Trump.
Warsh prend ses fonctions à un moment charnière pour la politique monétaire américaine : la croissance reste soutenue par l’investissement, tandis que la consommation ralentit et que l’inflation demeure élevée.
Le conflit en Iran n’a pas remis en cause la dynamique : au premier trimestre, la croissance du PIB est restée en ligne avec la tendance, le repli de la consommation étant compensé par la progression des investissements en intelligence artificielle. L’impact du pétrole et des droits de douane sur l’inflation devrait culminer cet été, avant de s’atténuer au second semestre.
Dans ce contexte, nous anticipons une baisse des taux directeurs de la Fed en fin d’année.
Trois orientations accommodantes
Warsh prend la tête de la Fed en affichant trois orientations globalement accommodantes.
Il considère que l’intelligence artificielle exerce une pression désinflationniste durable. Selon lui, la vague de productivité liée à l’IA pourrait permettre à la Fed de baisser ses taux sans risquer de raviver l’inflation.
L’IA devrait, d’après Warsh, accroître la production par travailleur et réduire les coûts marginaux, rendant la plupart des biens et services moins chers.
Il invite ainsi les décideurs à anticiper ces gains de productivité, même s’ils ne sont pas encore pleinement reflétés dans les statistiques officielles.
Warsh pense également qu’une diminution de la taille du bilan de la Fed pourrait réduire les pressions inflationnistes et offrir une marge de manœuvre pour abaisser les taux directeurs.
Il estime que la Fed ne devrait plus détenir d’obligations d’État à long terme, car cela fausse artificiellement le coût de financement du gouvernement et brouille la frontière entre politique monétaire et budgétaire.
Il préconise une réduction lente du bilan coordonnée avec le Trésor, afin d’aligner les avoirs de la Fed sur les émissions du gouvernement.
Enfin, Warsh privilégie les mesures d’inflation « ajustées », qui excluent les variations extrêmes ponctuelles, à la hausse comme à la baisse.
Selon lui, cela donne une image plus fidèle de la tendance sous-jacente de l’inflation, contrairement à l’inflation dite « core » qui exclut systématiquement l’alimentation et l’énergie, quel que soit leur niveau de prix.
Il préfère également viser une fourchette-cible plutôt qu’un objectif strict de 2,0 %. Dans le contexte actuel, cela implique une posture plus accommodante.
Trois facteurs supplémentaires en faveur d’une baisse des taux
Au-delà des changements liés à l’arrivée de Warsh, trois facteurs supplémentaires pourraient ouvrir la voie à de nouvelles baisses de taux :
- Le départ probable de Powell de la Fed avant la fin de l’année, qui offrirait la possibilité de nommer un successeur plus favorable à des baisses de taux.
- Un repli attendu des prix du pétrole, à mesure que le conflit au Moyen-Orient se résorbe.
- Un marché du travail qui devrait rester flexible, l’IA contribuant à réduire le nombre d’offres d’emploi malgré une économie globalement solide.
Dans ce contexte, il est probable que la Fed maintienne ses taux d’intérêt inchangés lors de la réunion des 16 et 17 juin, avant d’envisager une baisse de 25 points de base en fin d’année.
Que peut-on attendre de la BCE ?
La Banque centrale européenne se réunit le 11 juin.
Après avoir abaissé ses taux de manière rapide au cours des deux dernières années, la BCE affiche désormais une politique monétaire neutre.
Par rapport à la Fed, la BCE accorde sa priorité à la lutte contre l’inflation plutôt qu’à la croissance.
Dans ce contexte, nous prévoyons une hausse de taux de la BCE en juin, suivie d’une seconde en juillet.
Le calendrier des ajustements demeure incertain et dépendra des prochaines données économiques ; il est donc possible que la BCE reporte la deuxième hausse à septembre.
Définitions des préférences en matière de classes d’actifs
Les préférences en matière de classes d’actifs fournissent l’orientation générale pour la prise des décisions d’investissement.
Ces préférences reflètent le jugement collectif des participants à la réunion de la House View. Ce jugement est fondé principalement sur les performances globales escomptées pour les indices liquides et les indices les plus courants, les scénarios de la House View et les convictions des analystes à l’horizon des douze prochains mois.
À noter que l’allocation d’actifs tactique (TAA) au niveau de nos différentes stratégies d’investissement peut ne pas s’aligner sur ce jugement pour diverses raisons, notamment les contraintes liées à la construction du portefeuille, à la concentration et aux possibilités d’emprunt.
Attractif
Appréciation attribuée lorsque la classe d’actifs est jugée intéressante. Il convient de s’intéresser de près aux opportunités qu’elle offre.
Neutre
Appréciation attribuée lorsqu’aucun gain ou perte de grande ampleur n’est anticipé. Il convient alors de maintenir la position dans une optique de plus long terme.
Peu attractif
Appréciation attribuée lorsque la classe d’actifs est considérée comme dépourvue d’intérêt. Il convient de se tourner vers d’autres opportunités.
Pour les actions
Nous appliquons un système à cinq niveaux avec deux appréciations supplémentaires :
Très attractif : appréciation attribuée lorsque la classe d’actifs est considérée comme particulièrement attractive. Il convient de renforcer l’exposition aux titres concernés.
Très peu attractif : appréciation attribuée lorsque la classe d’actifs figure parmi les moins attractives. Il convient de se tourner vers des opportunités plus intéressantes.
En présence de plusieurs classes d’actifs dont des actions, la catégorie « très attractif » est incluse dans la catégorie « attractif », et la catégorie « très peu attractif » dans la catégorie « peu attractif ».